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Stéphane et Joël, L'Étrange Festival Photo Olivier Perrot
Stéphane et Joël, L'Étrange Festival / Photo Olivier Perrot
Culture

Étrange, étrange comme c’est bizarre

Organisé par l'association La Boîte Noire, la 8e édition de l'Étrange Festival de Clermont invite le public à découvrir une sélection de films atypiques durant une semaine. La programmation reflète la diversité d'une production cinématographique ignorée par les circuits commerciaux.

Le 4 novembre, l’association La Boîte Noire, va ouvrir le 8e épisode de L’Étrange Festival, manifestation clermontoise qui explore les marges cinématographiques. Durant une semaine, quelques pépites de la production que l’on ne voit jamais en salle ou très rarement sur les plateformes, vont être projetées.
L’Étrange Festival de Clermont est une déclinaison de celui de Paris, qui depuis plus de 30 ans offre à voir des films bien éloignés des blockbuster et parfois même du cinéma d’Art & Essai.
Au sein de La Boîte Noire, on retrouve des passionnés et surtout des spécialistes d’un cinéma inclassable, à l’image de Joël Caron et de Stéphane Haddouche, intarissables dès qu’ils évoquent leur manifestation et ce cinéma qui reste trop souvent dans l’ombre.

Olivier Perrot : Où en êtes vous de votre combat contre cette image de festival de films d’horreur associée à l’Étrange Festival ?
Joël Caron : On essaie de se débarrasser de cette étiquette difficile à décoller.
Stéphane Haddouche : Au départ c’était plutôt du fantastique et un peu d’horreur, mais je pense qu’il s’agit d’idées préconçues, qui posent assez facilement l’image d’un festival. Si on tape “Étrange Festival” sur Internet, on tombe sur celui de Paris et l’on voit tout ce qui peut se passer. Étrange ne veut pas dire que l’on s’oriente vers le fantastique ou des choses violentes. On en a, car cela fait partie de la programmation, mais c’est deux ou trois films sur la vingtaine proposée. Donc cela ne peut pas être cette étiquette là.

Remplir une niche

O.P : Vous travaillez toujours sur ce cinéma qui échappe à la diffusion grand public ?
J.C : Oui on tâche vraiment de remplir une niche et on propose des choses qui ne sont pas vues, aussi bien en patrimoine que sur des nouveautés, des inédits et sur tous les sujets, que ce soit de l’animation, du documentaire, de la comédie, de l’expérimental. Par exemple on a cette année un film fait en Intelligence Artificielle qui traite de la correspondance de Lovecraft avec Pessoa… c’est expérimental, mais c’est prodigieux, c’est quelque chose que l’on a jamais vu ailleurs et qu’on ne verra plus ailleurs ou peut-être sur des plateformes. Notre festival joue dans ce sens là, on présente des choses qui risquent de disparaître ou qui ont disparu et que l’on a envie de faire découvrir à un public le plus large possible.

O.P : Justement qui sont les gens qui composent ce public ?
S. H : On a du mal à cerner qui le compose. L’an dernier, on a eu beaucoup d’étudiants, orientés sur le cinéma avec un gros bouche à oreille. Mais on ne sait pas exactement s’ils sont dans ce genre de cinéma ou si ils suivent simplement leurs amis parce que le cinéma reste un lieu fréquenté à plusieurs.
J. C : Cette année on va faire une enquête sociologique pour mieux connaître ce public et savoir exactement d’où il vient. Cela nous permettra de savoir comment faire grossir le festival, améliorer, ramener d’autres spectateurs. En 2024 on a touché beaucoup de jeunes en utilisant les réseaux sociaux. On a des bénévoles qui ont 20 ans et qui ont fait un gros travail sur Tik Tok notamment.

L’Étrange Festival a doublé le nombre de spectateurs

O. P : Considérez-vous que l’Étrange Festival a pris sa place dans la métropole clermontoise ?
J. C :  Oui, on peut dire qu’il y a une progression, non seulement sur l’ambition que l’on a de présenter des films, mais aussi sur le public qui a suivi. L’an passé on a eu une augmentation de 63%… on a doublé le nombre de spectateurs. Le public, mais aussi les collectivités locales, département, mairie… on est reconnu et on est dans leur stratégie et elles nous accompagnent.

O.P : L’industrie du cinéma serait plutôt à la baisse alors que vous annoncez des chiffres à la hausse. Cela prouve la pertinence de votre travail par rapport à un problème d’offre…
J.C : Oui je pense, mais Stéphane pourrait en parler aussi avec Ciné Fac et des séances qui sont pleines. Le Cercle des Amis du Cinéma a fait un carton avec son Festival Japonnais. Je crois que les gens sont friands de choses que l’on a pas l’habitude de voir. Le grand public je ne sais pas où il est, je ne sais même qui c’est, je ne sais pas quel est le notre, c’est pour cela que l’on va mener notre enquête avec deux étudiantes en socio.
S.H : Après, les plateformes et les grands groupes qui produisent, ont tendance à niveler et pas forcément vers le haut. Ils partent vers la standardisation des histoires, c’est un peu toujours la même recette. Alors nous on veut proposer quelque chose qui soit hors case, aussi bien sur l’esthétique, sur les scénarios, sur les histoires racontées et sur la manière de les mettre en scène, c’est cela qui fait la différence.
J. C : Les histoires sont toutes les même, il y en a 7 ou 8 dans le monde et nous, on met un point d’honneur à valoriser le regard du réalisateur qui pose des questions, sans proposer nécessairement des réponses, et c’est le spectateur qui doit les trouver.

O. P : Comment avez-vous bâti la programmation de la 8e édition ?
S. H : On a fait de la veille, on a cherché quels étaient les prochains films de patrimoine, on a regardé ce qui se passe dans les autres festivals, on a cherché les avant-premières… et aussi des réalisateurs comme Hélène Cattet et Bruno Forzani dont on savait qu’ils sortaient un nouveau film. On va présenter leur premier film Amer et ils ont une carte blanche. On a également proposé à François Cognard journaliste réalisateur et aussi au critique Julien Sévéon une rencontre à la Librairie Les Volcans pour qu’ils puissent confronter leurs expériences et aborder l’évolution du cinéma par rapport à cette niche que l’on essaie de défendre.
J. C : On a aussi Benoît Delépine dans les invités… on est contents parce que c’est Groland et que l’on a des passeports grolandais. Il sera là pour présenter son nouveau film Animal totem. Il est un peu farfelu et c’est exactement le type personne que l’on a envie d’accompagner.

L’Étrange Festival, 8e édition du 4 au 11 novembre 2025, Ciné Capitole, place de Jaude.
Grille du programme sur le site web de la manifestation 

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À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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