Accueil » Culture » Cosmodiscussion avec Aki Kuroda
Aki Kuroda / Photo Olivier Perrot
Aki Kuroda / Photo Olivier Perrot
Culture

Cosmodiscussion avec Aki Kuroda

Actuellement exposé à la Galerie Louis Gendre de Chamalières, Aki Kuroda est une figure majeure de l'art contemporain. Si sa première exposition dans la métropole de Clermont remonte à 1992 au MARQ, il a, depuis, exposé dans le monde entier en collaborations avec Yoyo Maeght, en particulier à Pékin où son travail a été présenté au Beijing Art Museum of Imperial City, chose rarissime pour un japonais.

Des travaux récents du peintre japonais résident parisien depuis plusieurs décennies sont actuellement présentés à la Galerie Louis Gendre & Ko de Chamalières. Définir la peinture d’Aki Kuroda serait une gageure. Elle est comme lui, simple et complexe, mystérieuse et attachante à prendre souvent au second  degré comme pour mieux appréhender l’inconnu et l’immensité du cosmos, un mot qui revient constamment dans son quotidien. Sur la porte de son atelier, est d’ailleurs écrit en toute lettre Cosmogarden Factory .
Pour cette nouvelle exposition Aki Kuroda n’a pas donné de consignes, il a laissé Louis Gendre se débrouiller. Découvrant l’accrochage, lui qui peint de très grands formats,  a apprécié la présentation de nombreux petits tableaux trouvant l’ensemble « très frais ».

Olivier Perrot : Votre production est multiple. Y-a-t-il un style Kuroda ?
Aki Kuroda : Je ne calcule jamais. Ce ne sont pas des choses programmées… tout à coup, ce tableau un peu géométrique ou cet autre très expressionniste… je les fais en même temps, j’ai besoin de ce en même temps. Si je travaille tout le temps le géométrique, je m’ennuie tout de suite. Je peux continuer mais la force de mon énergie retombe. Donc quand je travaille sur la géométrie, j’ai besoin de quelque chose d’opposé. C’est vrai, dans ce cas, que le style est différent, mais pour moi le style n’est pas important.

O.P. : Pourtant parfois, un style, aide à mieux appréhender une œuvre.
A. K : À une époque le style était très important, c’était l’art est un style. Mais maintenant tout le monde parle de style et c’est devenu comme un logo… un logo Vuitton, Chanel et il y a des gens qui achètent pour les logos. Par exemple, Hermès : derrière ce logo il y a plein plein de produits, bons et mauvais, on ne sait pas exactement mais des gens achètent à cause du logo. C’est maintenant aussi le cas pour la peinture et le style devient important pour les gens, ça c’est sur. En tant que créateur, j’ai besoin de rencontrer quelque chose d’étonnant, y compris de moi-même d’ailleurs, parce que je suis quelqu’un qui s’ennui tout le temps. Alors je cherche une sorte de petite aventure tous les jours, j’en ai besoin. Avec la peinture je ne peux pas faire tout le temps la même chose. J’essaie de ne pas définir des choses très claires, je n’aime pas cela d’ailleurs, c’est pour pouvoir avancer.

Tableau Aki KurodaO.P. Cependant y’a-t-il un fil rouge dans votre production ?
A. K : Oui on retrouve des éléments communs, ce n’est pas exprès mais cela vient de moi. Il y a le cosmos, éternellement, immense et cela rentre dans ma tête. Immense et en même temps infiniment petit. Je fais du grand, du petit, j’essaie de bouger au maximum et on peut trouver plein de chose dans le mouvement. Je suis comme le pêcheur. J’essaie de pêcher toutes sortes de choses. Ce fil rouge n’est pas calculé, cela vient comme ça. De toute façon mon univers est limité… quand même.

O.P : Justement, cet univers Kuroda : est-il clos ou se nourrit-il de l’extérieur ?
A.K : De l’extérieur parce que je cherche tout le temps le passage. Même dans le chaos, l’univers très chaotique, j’essaie de trouver le passage. Le monde actuel devient tellement compliqué, la technologie avance, il y a énormément de catastrophes naturelles, il y a la guerre partout et tout cela vient de nous. De ces trois ou quatre choses, j’ai essayé de tirer une image de notre époque, mais pas trop calculée, ni trop analysée. C’est mon corps qui ressent les choses qui ressortent dans la peinture.

O.P. C’est pour cela que l’on retrouve dans votre peinture des personnages rassurants comme des lapins ou même votre visage avec des autoportraits ?
A.K : Le monde est tellement sombre actuellement que j’ai besoin d’humour, d’un peu de comique. Ma tête est un peu triste, mais j’ai un peu un côté comique… donc j’essaie de tout sortir, sans trop calculer, sans marketing. Les lapins, les gens aiment ou pas, chacun son choix. Mais moi, je doute tout le temps, alors tous les jours je change, comme Rocky court.

O.P : Changer tous les jours, cela veut dire que vous êtes un personnage multifacette ?
A. K : Je n’aime pas être une seule chose. J’ai essayé d’y échapper mais c’est impossible. Je sais que c’est impossible par rapport au système et aujourd’hui, tout entre dans ce système où tout est devenu précis. On ne peut plus faire comme avant, dans les années 60 ou plus tard le post structuralisme. Comment faire aujourd’hui puisque la peinture est déjà complètement dans le système. C’est ça la grande question. Est-ce qu’il y a encore la possibilité de me montrer moi, dans un néo existentialisme en utilisant quand même l’idée de science, parce que la science c’est objectif et que le monde est instable. Ce n’est pas facile à bien expliquer… avec mon travail j’essaie de trouver le passage pour aller je ne sais pas trop où mais pour trouver un autre monde toujours avec de l’énergie à donner aux spectateurs et à moi-même aussi.

O.P : Puisque le monde change, est-ce que cela veut dire que le Aki Kuroda d’aujourd’hui ne peint pas comme le Aki Kuroda d’il y a vingt ans ?
A.K : J’ai toujours cherché la même chose. Ce que je vais dire est un peu une contradiction. Actuellement ce qui est important c’est la poésie. Elle est très rare et très demandée par la plupart des gens. À la fin du film Blade Runner, il y a un androïde qui cherche sa fille et il y a de la neige qui tombe. Cela devient blanc, blanc, blanc, c’est assez poétique. Cela veut dire qu’après le développement de l’ASI, la super intelligence artificielle, il y a la possibilité d’espace intérieur et de temps, un espace qui bouge puisque chacun est différent. C’est ce moment qui crée la poésie que la machine ne peut pas arriver à créer. La deuxième chose est liée à notre corps. Il est composé de cellules qui vivent et qui meurent tout le temps. Même après la mort votre corps est 100% différent et pourtant c’est vous. Avec cet ensemble de mort et de vie on peut créer quelques chose de poétique. C’est en tout les cas le genre de chose que je pense aujourd’hui. Quand je regarde certaines toiles, assez géométrique, assez pop, il n’y a pas de poésie, peut-être qu’il faut en mettre. Dans mon travail c’est l’espace et le temps qui peuvent apporter quelque chose de différent et la part de poésie.

Exposition Aki Kuroda jusqu’au 11 mai 2024,  Galerie Louis Gendre & Ko 7, rue Charles Fournier à Chamalières

Tableau Aki Kuroda 2

À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

Commenter

Cliquez ici pour commenter

Sponsorisé

Les infos dans votre boite

Sponsorisé