La peinture a longtemps été la seule manière de figer le temps, de rendre définitif un instant donné. Et puis, dans la première moitié du XIXe siècle, un certain Joseph Niepce a inventé la photo, révolutionnant la manière de rendre le temporaire définitif. Les peintres ont dès lors commencé à envisager leur travail différemment, à ne plus être des simples reprographes de l’instantané, mais plutôt des capteurs d’atmosphères éphémères près à bousculer les conventions pour s’éloigner de la réalité brute, laissée en pâture à la photographie.
L’image d’Épinal du peintre posant son chevalet dans un lieux qui l’inspire, semble presque appartenir aux fantasmes lorsque l’on s’intéresse à la peinture de Christine Safa, artiste née en 1994, diplômée de l’École nationale supérieure des Beaux-arts de Paris en 2018. La jeune artiste franco-libanaise a besoin que le temps fasse son effet pour se mettre à l’œuvre dans son atelier. « J’appréhende mes peintures comme des hommages, des fragments de souvenirs, ce qui reste. C’est ce qui reste que je peins. À mesure que je peins j’engendre le contour, la forme de ruines de souvenirs qui accueillent et subissent le temps ; qui pour moi signifie mon vécu de ces paysages intérieurs. Les figures s’y posent, s’effacent, deviennent couche de peinture. La couleur se sature ou laisse transparaître la lumière. Un discernement d’états émotionnels, dictés par la quête d’une lumière familière» explique-t-elle.
Images et souvenirs superposés
De chair et de pierre nom de l’exposition de Christine Safa présentée actuellement au FRAC Auvergne, nécessite d’être visitée en prenant le temps nécessaire pour entrer dans les tableaux, pour les décrypter et découvrir tout ce qui les compose. Ce qui semble être, de prime abord, une barrière rocheuse sur fond d’horizon s’avère être, en réalité, le corps de l’artiste. Ce qui ressemble à une montagne devant une autre montagne, est une épaule. Comme le précise Laure Forlay, commissaire de l’exposition “Les sensations sont demeurées en latence et se sont gorgées de souvenirs, d’images autres, qui sont venues se superposer et donner de nouvelles formes à l’image première. Les strates de peinture, la confusion des couleurs, l’imprécision des contours racontent la difficulté à se souvenir précisément des choses vécues, de leur forme, de leur densité”. La peinture de Christine Safa peut aussi se regarder de très prêt, pour mieux appréhender la matière mise en œuvre et le traitement de la couleur. L’artiste travaille à partir de pigments purs broyés puis mélangés à l’huile, (une technique qui renvoie aux peintres italiens du XVe siècle) sur une toile préparée au préalable, qui confère un rendu final très mat.
Dialogue avec Christine Safa
La rencontre se déroulera ce jeudi 15 février à 18h00, dan les locaux du FRAC Auvergne,6 rue du Terrail à Clermont, entrée libre.
Exposition De chair et de pierre jusqu’au 3 mars 2024, du mardi au samedi de 14h à 18h et le dimanche de 15h à 18h.














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