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Mathieu Théron et Ralph / GAEC Elevage Théron Cantal.
Mathieu Théron et Ralph / GAEC Elevage Théron Cantal.
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Jacques Chazalet, président du Sommet de l’élevage : « s’il n’y a plus d’élevage, il n’y a plus de territoire »

Le sommet de l'élevage 2023 a ouvert ses porte avec un nouveau slogan "Le Mondial de l'élevage durable" effet de mode ou changement de modèle ? Le président Jacques Chazalet apporte des réponses.

Cette semaine, l’épicentre de l’élevage se situe à la grande Halle d’Auvergne : 200 000 m² d’exposition,  83 000 m² de stands, 2 000 animaux, 1 550 exposants, 70 races, 105 000 visiteurs, 80 pays… en font la plus grosse manifestation du genre en Europe. Mais derrière ce gigantisme qui laisse imaginer que tout va bien au pays des éleveurs, se pose désormais clairement des questions fondamentales : souveraineté alimentaire, gestion de l’eau, réchauffement climatique, qualité de la viande, bien-être animal… tout ce que l’on peut regrouper sous le vocable développement durable. Si cette notion était quasi inexistante en 1992, année de création du Sommet, elle s’affiche désormais clairement avec le sous-titre Le Mondial de l’élevage durable. Indispensable évolution ou greenwashing ? Nous avons rencontré Jacques Chazalet, président du Sommet de l’élevage pour en savoir plus.

7 jours à Clermont : Sur l’affiche 2023, en dessous du nom Sommet de l’élevage, on a vu apparaître Le Mondial de l’Élevage Durable : C’est un changement d’image ?
Jacques Chazalet : Ce n’est pas un changement d’image. C’est une mise en valeur de ce que l’on fait depuis toujours dans nos régions, en comparaison d’autres régions qui ont misé davantage sur ce que l’on a appelé l’intensif, c’est à dire avoir plus de vaches à l’hectare. La ringardise qui était notre handicap à un moment donné, devient un atout et nous permet de mettre en avant le territoire.

7JàC : Peut-on parler d’un système complexe et menacé ?
J.C : C’est vrai qu’il y a complexité avec l’agronomie et l’élevage. Le lien entre la culture, la prairie, la biodiversité des prairies, les systèmes d’élevage avec leur diversité de races, d’espèces, de modèles… cette complexité nécessite de la promotion car le système est menacé comme d’autres systèmes. D’autre part c’est une prise de conscience de la part des politiques de se dire que s’il n’y a plus d’élevage, il n’y a plus de territoire, et la ruralité se fermera. C’est un enjeu colossal pour l’aménagement du territoire pour la France mais aussi en terme d’économie et de souveraineté alimentaire. Nous avons donc décidé de porter ces valeurs car elles sont un atout considérable pour l’avenir.

7JàC : Est-ce que la profession d’éleveur a besoin d’évoluer parce que les modèles ont changé ?
J.C : Tout à fait, il y a une volonté de la profession et si le Sommet en est la vitrine c’est que derrière cette vitrine il y a déjà un fond de commerce. Que tous les éleveurs évoluent, probablement pas, mais notre volonté c’est justement d’en faire la vulgarisation, c’est de montrer aussi des nouvelles techniques, de nouvelles méthodes de fonctionnement. C’est cela l’intérêt du Sommet de l’élevage, des réunions, des rencontres, du partage d’expérience, des apports scientifiques car il ne faut pas oublier que des scientifique ont rédigé le Manifeste de Dublin pour démontrer tous les bienfaits de l’élevage sur l’environnement, la durabilité et l’agroécologie. C’est donc note job d’en faire la promotion.

Jacques Chazalet : Pendant qu’on dit qu’il faut sauvegarder l’élevage, il ne faut pas oublier que l’on importe énormément.

7Jours à Clermont : L214 a encore manifesté place de Jaude en marge du Sommet. Vous dialoguez avec les membres de cette association ?
Jacques Chazalet : C’est compliqué. On a essayé de discuter avec eux. On est dans un pays démocratique et libre… chacun s’exprime. Ce qui est regrettable c’est que l’on applique pas le Traité de Voltaire sur la tolérance. Je ne suis pas d’accord avec vous mais je vais discuter et essayer de comprendre. Cela ne se pratique pas et en plus avec les réseaux sociaux c’est compliqué… Donc nous, on mène notre vie. Au delà des agriculteurs, on espère arriver à convaincre nos concitoyens car ils ont un rôle essentiel. Pendant qu’on dit qu’il faut sauvegarder l’élevage, il ne faut pas oublier que l’on importe énormément. Aujourd’hui, on importe la moitié des poulets cela veut dire que l’on est plus autosuffisant et que ce que l’on importe n’est pas fabriqué comme chez nous. Sur le mouton, l’agneau, c’est 60% et sur la viande bovine c’est 20%, bientôt 25%. Donc cela veut dire que c’est aux consommateurs de faire des efforts, de choisir par leurs achats le modèle qu’il voudront faire perdurer.

7JàC : Ces consommateurs vous les invitez sur le Sommet ?
J.C : Le Sommet, il faut bien le reconnaître n’est pas ouvert au grand public mais il n’est pas fermé non plus. Il est aussi ouvert aux relais d’opinion mais c’est vrai qu’il y a une interrogation à avoir de notre côté, nous organisations professionnelles, une capacité à mieux communiquer. Les jeunes ouvrent davantage leurs fermes, il y en a de plus en plus qui le font et automatiquement, les gens prennent conscience du travail et des méthodes. C’est la meilleure pédagogie. Nous avons des idées et nous réfléchissons à faire un salon plus orienté vers le consommateur du style de la fourche à la fourchette. Ce ne sont pas les idées qui manquent mais les moyens…

À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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