« Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire,
Le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Rousseau,
Si on tombe sur un os, c’est la faute à Urios ! »
Reprennent en chœur les Misérables.
Depuis que les logorrhées radio-télévisuelles et les réseaux sociaux se sont installés comme les puits de pensée de notre XXIème siècle, celui des lumières vacillantes, les jugements sont sans appel. La crise de foi (sans e) et le coup de balai planeraient-ils sur le stade Michelin ?

Une explication du présent ne saurait faire fi de l’observation du passé. Accueilli tel le Messie à la bascule des années 2022-23, le vigneron du Minervois avait accepté l’offre de l’ASM de venir sauver le chef-d’œuvre en péril avec ce mot : « je ne vais pas refuser de conduire une Ferrari ! » Sauf qu’une fois installé au volant l’homme providentiel n’allait pas tarder à constater que ladite Ferrari roulait sur trois pattes en mode diesel.
Après le Bouclier de 2017 et le trompe-l’œil de la finale de 2019, le club s’était mis à tanguer en roue libre avec du jeu dans la direction à la veille de franchir les périlleuses ornières du Covid.
Sauve qui peut
Six mois après l’arrivée de Christophe Urios, le tout neuf président Jean-Claude Pats, conscient que l’ASM, en fort déficit, risquait d’être recalée au contrôle technique, annonçait la couleur : « Avec des fonds propres à zéro, la trésorerie aussi ou presque, le club allait être relégué et, au pire, pouvait disparaître ! » Afin d’écarter ce cataclysme, le groupe Michelin injectait donc 11M€ pour devenir, en juin 2023, l’unique actionnaire de l’ASM Rugby.

Après les départs ou arrêts successifs des Kayser, Para, Lopez, Rougerie, Fofana, Iturria ou Penaud, pour ne citer qu’eux, la liste des internationaux tricolores avait chuté à zéro, privant le club des ‘’crédits bleus’’ qui autorisent le dépassement du salary cap (la masse salariale) à raison de 180 000€ par joueur (1). Ajoutez à cela des situations conflictuelles avec quelques ex ou futurs (Haouas) acteurs du terrain venues plomber le tiroir-caisse jaune et bleu, comment, dans ces conditions, recruter haut de gamme et faire preuve d’attractivité ?
La route qui permettrait de retrouver le lustre des douze ou treize glorieuses ayant généré deux Brennus et quelques belles aventures européennes ne pouvait qu’être longue et demander patience.
Sans exonérer le club des erreurs de casting qui ont pu jalonner les dernières saisons, point n’est besoin d’être diplômé des hautes études de la balle ovale pour constater qu’il n’est toujours pas armé pour courir derrière le lièvre européen, ni même pour afficher la sérénité qui lui permettrait d’envisager de jouer les premiers rôles dans un Top14 de plus en plus serré et exigeant.
« Nous ne sommes pas encore une grande équipe… » avouait Christophe Urios après la défaite contre Glasgow qui enterrait les espoirs européens «…on a encore du travail à faire tant sur la qualité des joueurs que sur le labeur et la croyance en ce qu’on fait. »
Relever le niveau
Le labeur et la croyance sont deux valeurs indissociables qui peuvent être sublimées par le quotidien de la préparation des troupes et le charisme du général et de ses officiers. Les critiques émises à cet égard par quelques ex de la maison, condensées parfois dans des ‘’like’’ instagrammés faisant les choux gras de la presse spécialisée, sont-elles à prendre au pied de la lettre ?
Pour toute réponse, le président Pats s’en remet à Albert Einstein : « Les faibles se vengent, les forts oublient et les intelligents ignorent. » (2) Autrement dit plus trivialement : ‘’les chiens aboient, la caravane passe’’ !
Pour ce qui concerne la qualité des joueurs, l’intellect fait place à la réalité du terrain. Sans avoir la prétention de réendosser la chasuble du ‘’monstre à seize pattes’’ des seventies, et même si la vérité d’un match n’est pas forcément celle du suivant, le pack jaune et bleu semble avoir retrouvé assez de couleurs pour marquer quelques points.
Les grincheux, n’ayant pas toujours tort, diront qu’à part ça on ne se régale pas tous les week-ends. « C’est ben vrai ça! »aurait affirmé la mère Denis.

Travailler sur la qualité des joueurs peut donc consister à élever le niveau de l’effectif en important quelques talents sudistes (moins chers que les tricolores) capables d’entraîner dans leur sillage les produits AOC du centre de formation. Le club s’y emploie, ainsi qu’en témoigne le gros turn over annoncé pour la saison prochaine avec, notamment, le recrutement des deux attaquants néozélandais Aj Lam et Nanai-Seturo et du seconde ligne australien Darcy Swain.
La bride sur le cou
« Marre de la discrétion, place au caractère ! » En adoubant Christophe Urios en janvier 2023, le président Jean-Michel Guillon avait annoncé la couleur. En douceur, l’ASM jouait, à la portugaise, sa révolution des œillets.
Dans un club où, historiquement la communication n’a jamais été portée comme une vertu cardinale, il avait trouvé non pas ‘’à qui parler’’ mais bien ‘’qui allait parler’’.
Alors, bien sûr, l’homme peut agacer son auditoire en sortant des sentiers battus et du consensuel bon genre. Navigant entre le ‘’stand up’’ et le ‘’one man show’’ devant les médias toujours à l’affût de la ‘’punchline’’ qui fera le bon titre accrocheur.
Le dégraissage effectué au niveau du conseil d’administration lorsque Jean-Michel Guillon laissait le fauteuil à Jean-Claude Pats ne pouvait que conforter l’entraîneur en chef dans son rôle de tribun.
Entre un président encore très impliqué dans son poste de directeur du personnel du groupe Michelin, le directeur général accaparé par le redressement de l’économie du club et une quasi absence de leaders charismatiques chez les acteurs de terrain, la voix d’Urios est libre, avec la bride sur le cou.

Quant à la question ‘’faut-il le virer ?’’ elle ne se pose que dans la tête des théoriciens de la crise.
« J’ai découvert un homme authentique » affirmait le président Guillon en l’accueillant à Clermont « un homme droit, direct, qui partage nos valeurs. Je suis convaincu du bon choix. » Le même discours animait le président Pats fin 2024 en renouvelant le contrat de l’entraîneur en chef jusqu’en 2027 avec une option sur 2028. Une confiance présidentielle réaffirmée tout récemment en réponse aux états d’âme de certains.
Et puis, s’il fallait virer Urios, le club disposerait il des moyens financiers pour assumer cette rupture ? On peut en douter dans la conjoncture actuelle aggravée par le zéro pointé de la Champions Cup.
‘‘Make ASM great again’’… même si la Ferrari ne roule encore que sur trois pattes dans le brouillard du Top14.

(1) Il ne s’agit pas d’une prime versée au club mais d’une autorisation de dépassement
du salary cap…à condition de trouver les sous.
(2) La Montagne. 6 janvier 2026.







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