Sur Oman, il y a bien sûr, les écrits de Wilfred Thesiger, mais c’est si loin. Bien sûr les médias évoquent parfois ce sultanat singulier dans l’échiquier des proche et moyen orient.
Oman : l’esprit libre
Bien sûr, on peut avoir en tête ce peuple de pêcheurs et de marchands qui rayonnèrent entre la côte Malabar et Zanzibar. Bien sûr on peut fantasmer sur ses déserts immenses et ses tribus farouches, dans un mélange rêveur aux effluves d’encens. Mais cela fait un bien maigre bagage qui n’alourdit donc pas ceux emportés. Rarement je serai parti en voyage avec si peu de références, le gage de n’y rien rechercher, de pouvoir donc tout y trouver… ou rien.
Et j’ai trouvé bien trouvés une singularité au fil d’un road-trip de trois semaines entre mer, montagnes et désert. Oui, ce petit sultanat (cinq millions d’habitants sur un territoire grand comme l’Italie) déploie sans contestation possible des paysages fabuleux.
Si la côte reste assez monotone et somme toute ordinaire, si le désert ressemble tant à un désert, ce sont les montagnes omanaises qui captent le mieux le regard. Les djebels Sham et Akhdar élèvent leurs canyons et sommets dans un vertige de roches aux couleurs changeantes. Une faune discrète et une flore sèche, où les genévriers règnent en maître, se parent de poussière. Ponctuées de petits villages accrochés aux parois ou reposant sur ses plateaux, ces montagnes s’érigent en forteresses que les wadi encaissés agressent et sculptent, grignotant les bases et franges, prenant leur temps.
Des paysages somptueux
Cette partie du Hajar est un régal pour les yeux, un bonheur pour les amateurs de conduite hors-pistes, un beau terrain de jeux pour les randonneurs, grimpeurs, canyoneurs, via ferrateurs et autres parapenteurs. Près des villages, les sources et cultures en terrasses ne sont jamais loin. Le maître des eaux est aux commandes pour réguler les flux des falaj (1) entre les parcelles. Il faut se promener dans ces oasis pour approcher un mode de vie ou subsistent encore tradition et coutumes. Après sa tournée, le maître des eaux aura vite fait de repartir dans son 4×4 dernier cri !
Ces deux djebels cachent par leur notoriété une autre partie du massif, plus à l’est. Posée à la verticale avec la mer et le désert pour piédestal, cette partie du Hajar plus aride et sauvage semble inaccessible. Prendre les pistes qui s’y engagent est une expérience en soi, pour s’enivrer des vertiges et fractures qui façonnent le massif. M’y perdre remplit mes appétits de montagne et d’isolement. Je n’y manquais aucun point de vue, aucune sensation, aucune émotion, brute.
Un pays sans histoire
Seulement voilà, car il y a un mais, Oman ne me sera donc que paysages et lumière. C’est déjà beaucoup.
Mais la montagne reste la montagne, ici ou ailleurs. Le désert reste le désert, ici ou ailleurs. La mer tout autant : plongeant avec une tortue aux Daymanyiat, je reprenais l’air en surface (les tortues sont bien meilleures apnéistes que moi) et je me crus aux Lavezzi !
De patrimoine bâti, il n’est guère question au sultanat qui exhibe en la matière et surtout ses vestiges de forts ruinés ou trop proprement rénovés et ses villages de pisé abandonnés, dans une répétition presque lassante, si ce n’est leur environnement. D’aventure, il n’est guère question non plus. Oman est dorénavant un pays riche, moderne, sillonné d’autoroutes. Y aller est simple, sur, confortable.
Les Omanais sont aimables, assurément, mais les nouveaux bédouins passent plus de temps à parier sur les courses de dromadaires, balader les touristes ou s’amuser des omanais de la côte qui, pour leurs loisirs, viennent exhiber dans les sables leur (monstrueux) 4×4 et faire bataille de dune bashing.
Pas d’omanais dans les auberges, échoppes ou oasis. C’est avec des pakistanais, sri lankais et autres indiens que l’on échange alors. L’Histoire n’a pas de traces à Oman, ce qui ne veut pas dire qu’Oman n’a pas d’Histoire. Oman est paysage, une destination à ne pas manquer en famille ou pour le grand air. Une destination où l’on compare. Une destination de tourisme, pas de voyage.
(1) Canaux d’irrigation






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