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Photo Valentin Uta.
Edito

Nous n’irons plus boire au Buffet de la gare…

Le lieu participait à l'histoire du quartier. Mais qu'importe, comme la Maison de la Presse à Jaude ou la brasserie de la gare routière, il devait disparaître. Bonjour tristesse...

Disparue depuis belle lurette, la brasserie de la gare routière au charme indéniable et à l’architecture art déco. Le joyeux brouhaha qui mêlait les buveurs invétérés au comptoir et les clients venus avaler un repas a cessé. Le lieu qui contribuait grandement à l’ambiance du Festival du Court-Métrage, dont il était un complément indispensable, n’a toujours pas été remplacé.

Sans âme

Le quartier de la gare, qui n’avait pas besoin de cela, vient aussi de perdre une institution. Un endroit qui était intimement lié à son histoire : la brasserie que l’on nommait familièrement  le Buffet de la Gare. Ouverte le dimanche et les jours fériés, on pouvait venir y consommer un café ou y avaler un demi sur le zinc, après avoir acheté le journal au kiosque ou dans l’attente d’un train qui, bien entendu, aurait du retard. Le duo espiègle Chevalier et Laspalès n’a pas tout à fait tort lorsqu’il croque avec délice les bonnes habitudes de notre vénérable compagnie de chemin de fer… Le  Buffet de la Gare supprimé sur l’autel de la modernité et des travaux conduits par la SNCF dans le hall. En lieu et place, un commerce sans âme, comme il en existe partout sur les autoroutes, mélange inqualifiable de supérette, de tabac, de bar et de boutique de journaux. Où se côtoient les chips, Voici et Gala, quelques viennoiseries, les bouteilles de Coca et les paquets de cigarettes aux photos dissuasives… Et quelques chaises et tables pour qui aurait l’idée saugrenue de s’y installer.

Les trains passent

C’était donc cela que nous mijotait la SNCF à l’issue d’interminables travaux : un hall certes spacieux et lumineux qui a bénéficié d’un lifting bienvenu, une table de connexion pour un accès WiFi gratuit et illimité et un piano (!) pour qui se sentirait l’âme d’un virtuose avant de composter son billet… En vérité, le meilleur est à l’extérieur où le parvis recouvert d’une verrière et le coup de peinture donné aux bâtiments tendent à améliorer le paysage. Toutefois, la perte de la brasserie a définitivement fait de la gare un lieu de passage impersonnel et non plus un espace de vie et d’échange. Or, les projets urbains  les mieux réussis sont ceux qui préservent l’histoire et l’identité tout en apportant un souffle nouveau et une vision d’avenir. Rien de tout cela à la gare de Clermont qui, bien-sûr, regarde passer les trains…

À propos de l'auteur

Marc François

Marc François

A débuté le métier de journaliste parallèlement sur une radio libre et en presse écrite dans les années 80. Correspondant de plusieurs médias nationaux, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Info Magazine (Clermont, Limoges, Allier) pendant 9 ans, il a présidé le Club de la Presse Clermont-Auvergne entre 2009 et 2013. Il est l’initiateur de 7 Jours à Clermont.

4 Commentaires

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  • Je suis une fois de plus d accord avec vous. Il y une incapacité à Clermont de meler tradition et modernité. Il suffit de voir ce qui est construit depuis 30 ans sans charme ni respect de l identité régionale du moderne froid et triste… (sans parler des villas 1900 et immeubles volvic rasées…)pauvre Clermont. Ça donne envie de partir.

  • Quand on pense que la ville se bat pour présenter sa candidature comme ville culturelle européenne ! Qu’est ce qu’il y a à fermer encore? Le Rio? Bientôt le Centre Jaude et Maitre Kanter passeront pour des fleurons de la vie clermontoise. Ça en devient caricatural. Une sorte de sabotage. Organisé? Qui sait à ce niveau de sophistication. destructrice.

  • Non, Marc, je ne te dis pas bravo pour ton édito ! Car il n’aurait jamais dû exister… Comment peut-on désincarner ainsi un lieu de passage, certes, mais aussi un rendez-vous de vies ? Au nom de l’inexorable évolution des choses ? Peut-être… Mais alors qu’on cesse de nous bassiner avec le progrès, lequel tend forcément vers une amélioration du sort de tous et de chacun.
    “Le vrai progrès, c’est une tradition qui se prolonge”, écrivit Michel Crépeau… La mort du Buffet de la Gare ressemble donc étrangement – à tous les sens du terme – à un faux progrès, à une trouvaille toxique de quelque « sachant » bien davantage préoccupé par sa prochaine « promo » que par l’intérêt général. Rayé de la carte des vraies métropoles, Clermont n’a vraiment pas besoin de perdre de l’épaisseur humaine. De la vraie.
    Si, bravo, Marc, d’avoir appuyé là où ça fait mal au cœur !…

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