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Xavier Felgeyrolles/ Photo 7 Jours à Clermont
Xavier Felgeyrolles/ Photo 7 Jours à Clermont
Culture

Xavier Felgeyrolles : Jazz en Tête a gardé une certaine éthique dans la musique

À la direction artistique du Festival Jazz en Tête depuis 1988, Xavier Felgeyrolles arrive chaque année à présenter une programmation sans compromis et toujours représentative de la vitalité du jazz.

La 38e édition du Festival international Jazz en Tête débute cette semaine à Clermont. 5 Jours durant, le haut du panier du jazz mondial va se retrouver sur la scène de la Maison de la Culture et dans les incontournables jam sessions après les concerts. Comme c’est le cas depuis 1988, Xavier Felgeyrolles est aux manettes artistiques. Il possède une parfaite connaissance du jazz et à chaque édition, l’alchimie opère grâce à un un savoir-faire unique en terme de programmation et une capacité à repérer les bons artistes aux bons moments.

Au moins trois générations de jazz représentées

Olivier Perrot : Vous faites partie des personnes fondatrices de Jazz en Tête en 1988. Est-ce que le temps a rendu votre travail de programmateur plus facile ?
Xavier Felgeyrolles : Pas de facilités mais toujours des envies de programmer. Par exemple réunir pour la soirée de clôture deux pianistes de cette acabit (Sulivan Fortner et Gonzalo Rubalcaba), c’est un honneur et un plaisir aussi, tout comme réunir Dado Moroni et Stéphane Belmondo ou Dave Holland. Les temps ont changé, il y a d’autres contraintes, de transport notamment et les tournées sont beaucoup plus tendues. Et puis la discussion est longue, on peut ouvrir la musique à beaucoup de choses, mais cela reste un festival de Jazz. Je ne veux pas partir sur ce qu’est ou n’est pas le jazz, ce sont des discussions sans fin.

O.P : En regardant le programme 2025 et les précédents, on constate le retour de certains musiciens. On pourrait penser à des redites mais en fait mais il y a une logique dans ces retours…
X.F : Il y a une logique et ensuite les musiciens ne sont jamais venus avec les mêmes formations, la même idée de concert. Et puis c’est normal, il y a des musiciens qui sont très créatifs, très productifs, qui ont plein d’idées. Dave Holland par exemple, c’est extraordinaire. Il a 78 ans, il est dans plus de 1 000 albums, il faut voir le nombre de projets auxquels il a adhéré. Il faut voir le nombre de disque dans lesquels jouent Dado Moroni ou Gonzalo Rubalcaba, c’est prodigieux. Walter Smith a moins de  50 ans mais il est déjà dans plus d’une centaine d’albums. En fait cela correspond à leurs production réelles, au fait d’être imaginatifs, de toujours inventer des choses.

O.P : Au fil du temps Jazz en tête est resté un miroir de l’évolution du jazz ?
X.F : Oui je le pense sincèrement. Chaque année il y a au moins trois générations de jazz représentées. On a pas tout en une dizaine de concert, il faut faire des choix, certains choix sont parfois difficiles parce qu’en fait il y a des soucis de budget, de transport, mais il faut savoir rebondir et surtout amener des nouveaux publics. Beaucoup de gens ne s’intéressent pas beaucoup au jazz, mais le tout c’est que quand quelqu’un entre dans la salle, il puisse se dire « ah c’est ça, on ne s’est pas foutu de moi »… il aime, il aime pas mais il se rend rend compte que ce n’est pas ordinaire.

O.P : Quelle est  aujourd’hui la place du jazz dans la diffusion de la musique notamment dans les médias ?
X.F : Il y a des émissions qui y sont consacrées, mais c’est portion congrue, il ne faut pas se mentir. Il y a beaucoup de musiques qui sont jazzifiées, ça il faut le reconnaître, il y a du jazz partout mais c’est un peu l’effet Canada Dry. Il y a beaucoup de musiques jazzy, il y  en a partout, de toute façon le jazz a toujours eu une grande influence sur les musiques, mais des musiques jazz jazz… je le dis souvent on peut aller où on veut du moment que l’on sait d’où on vient et c’est un grand principe de la programmation de Jazz en Tête.

O.P : Vous avez toujours voulu  imposer le festival de Clermont au niveau international. Quelle est sa place aujourd’hui ?
X.F : Ce qui est clair, c’est que c’est un festival très coté, justement parce qu’il a gardé une certaine éthique dans la musique. Il y a beaucoup d’endroits dédiés au jazz, il faut toujours savoir où l’on se trouve. Mais en tout cas, dans les festivals d’automne et les tournées internationales, il a une certaine cote. Et de toute façon s’il ne l’avait pas, Dave Holland qui a une grosse tournée en octobre n’aurait pas ajouté la date clermontoise, mais il est très content de venir. Dado Moroni qui est très pris est aussi content de le faire. Le fait que Theo Croker, qui fait beaucoup de dates, décide de faire capter son concert à Clermont, cela a bien une signification.

« Le jazz et beaucoup d’autres musiques fonctionnent avec des histoires familiales, d’amitiés »

O.P : On le sait Jazz en Tête n’a pas un gros budget, est-ce que finalement cette économie de moyens l’a rendu plus créatif dans sa programmation ?
X.F : Oui et non c’est à dire qu’à des moments c’est un peu limite, à d’autres moments, oui on pourrait dire cela, mais en fait il y a des choses que l’on ne peut pas se permettre. On a beaucoup de problèmes avec les transports, c’est un lieu commun, on a beaucoup d’allers-retours à faire sur Lyon, c’est un budget, donc ça limite certains concerts, cela fait partie de l’équation.

O.P : Est-ce toujours vrai que les musiciens sont attaché au festival de Clermont et son ambiance familiale ?
X.F : Ah oui et c’est important. J’ai été road manager pour de grandes tournées, le jazz et beaucoup d’autres musiques fonctionnent avec des histoires familiales, d’amitiés. Il y a des gens auxquels on s’attache et qui s’attachent à Clermont et ils sont très contents de revenir. Par exemple Ameen Saleem, bassiste qui vient avec Scott Tixier a été le bassiste attitré de Roy Hargrove et Kenny Garrett ; il a quelques jours, il accepte de venir comme cela, faire le hors les murs, parce que c’est Clermont, qu’il nous connait, ça fait plaisir quand même.

38e édition de Jazz en Tête du 21 au 25 octobre 2025. Maison de la Culture de Clermont.
La programmation est à retrouver sur le site web du festival.

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À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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