Le voyage particulièrement alimentait ces échanges.
J’aurais voulu et aimé les renouveler tout récemment à propos de Jérôme Ferrari (1) qui aurait préféré que l’on eut tué le « premier voyageur », éviter ainsi les suivants et ne pas devoir se soumettre à « cette épouvantable dialectique qui nous oppose et nous lie indéfectiblement dans un face à face de corruption mutuelle où chacun révèle les vices de l’autre en lui exhibant les siens ».
Un sujet qui nous aurait, avec gourmandise, conduit à des débats infinis !
Premier voyageur rencontré, Michel le fut en tant que premier ami à mon arrivée à Clermont-Ferrand, il y a trente-trois ans. Une amitié singulière dans une découverte mutuelle et immédiate de tant de convergences : politiques, sociales, culturelles, littéraires, musicales…
Le désordre du Monde nous passionnait tout particulièrement et aller voir nourrissait nos vacances en voyages croisés. Oui, le voyage était au cœur de nos débats et controverses. Rhéteur de talent, il avait en la matière et sur moi l’avance de l’expérience.
Le voyage n’était pas pour nous affaire de moyens
Qui sommes-nous pour prétendre qu’il y aurait une bonne ou une mauvaise manière de voyager ? Qui sommes-nous pour comparer un back-packer et un croisiériste, affirmer qu’il y aurait une manière intelligente ou stupide de parcourir le monde ?
Le voyage n’était pas pour nous affaire de moyens, mais de regard. Il s’agissait de confronter les choses lues aux choses vues, de s’ouvrir et s’enrichir de l’altérité, d’être un touriste – nous le sommes toujours – qui sépare plus qu’il ne compare.
Il s’agissait d’abandonner toute certitude, pour alimenter nos doutes, se forger des convictions. Et si nous avions un a priori, c’était de rendre justice à Ryszard Kapuscinski (2) quand il écrit « l’autre, c’est moi ».
C’est ainsi que, tout naturellement, alors que Michel venait de quitter la présidence du 2CIA (3) et moi son secrétariat général, orphelins d’un projet commun, il ne nous aura fallu que deux tasses de café – sans lire dans son marc – pour reconstituer ce duo et créer l’association Il Faut Aller Voir.
Deux n’étaient pas assez. Nous recrutâmes. Jean-Pierre Frachon, Daniel Lefèvre et Pierrette Viel complétèrent le duo, fondateurs, rapidement rejoints par d’autres voyageurs ou amis – et tout particulièrement Gérard Gaillard – jusqu’à, très vite, donner naissance à la 1 ère Biennale des Carnets de Voyage.
Rencontres entre passionnés, conférences, projections, débats auront jalonnés les premiers temps pour trouver depuis, dans les Rencontres et chaque année, un écrin plus manifeste.
Nos échanges avec Michel s’intensifièrent encore. Ils m’ont nourri, ils m’ont appris. Ils me manquent. Le voyage continue. La mémoire demeure.
1 Nord Sentinelle, Actes Sud, Juin 2024
2 Cet Autre, Ryszard Kapuscinski, Ed. Plon, octobre 2009
3 Club professionnel des responsables de communication de la Région Auvergne auquel a succédé le C.Com.













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