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Thomas Snégarrof Photo Samuel Kirszenbaum Albin Michel
Thomas Snégarrof / Photo Samuel Kirszenbaum Albin Michel
Culture Histoire

Un fasciste à la Maison Blanche

Ce titre ne renvoie ni à une analyse, ni à une dystopie. C’est l’accroche marketing retenue par l’éditeur Albin Michel, en bandeau sur le dernier livre de Thomas Snégaroff : La Conspiration. L’auteur était à nouveau présent à Clermont à la librairie Les Volcans, pour présenter son roman.

Historien avant tout, Thomas Snégaroff, sidéré comme tant d’autres par l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021, pense alors à celui de la « bonus army » en 1932, une armée en déroute (des vétérans de la grande guerre) réclamant, contre l’avis de Wall Street, les primes promises. Entendant la voix du Capital, le général Mac Arthur – déjà – et ses troupes réprimèrent ce peuple oublié. Il n’en fallait pas plus pour que l’auteur se saisisse d’un autre fait historique, sujet de son dernier roman.

Un roman historique, écrit par Thomas Snégaroff pendant le mandat deBiden

Les milliardaires des années trente, abreuvés de thèses réactionnaires et raciales (1) , effrayés par la possible accession au pouvoir de Franklin D. Roosevelt – qui annonçait vouloir leur faire payer leur responsabilité dans la crise – fomentèrent un complot pour prendre le pouvoir. L’Histoire a dit ce qu’il advint de cette tentative de coup d’État ». Le roman de Thomas Snégaroff en détaille, en historien, les ressorts et mécanismes.

La tentation est grande de lire ce roman à la lumière de l’actualité. Mais ce roman a été écrit pendant le mandat de Joe Biden et l’auteur considérait alors que Donald Trump appartenait au passé, ne croyait pas – comme tant d’autres – que cet homme collectionnant les procès puisse revenir.
En bon historien, Thomas Snégaroff, rappelle que l’Histoire ne se répète pas, « elle a eu lieu ». En bon analyste, notamment des États-Unis, l’auteur évoque pourtant des clés de lecture tant « il ne faut pas occulter le passé pour comprendre le présent ».

« La tentative des milliardaires ne reposait pas sur rien. Un fond réactionnaire ancien, théorisé, fasciné par l’ordre fasciste européen, était très présent aux États Unis. C’est que ce Capital n’était pas libéral. La concurrence menaçait monopoles et oligopoles, tellement plus confortables, tellement plus rentables, portés par l’Europe fasciste dans l’ordre, l’absence de syndicats et d’opposition, la collusion d’intérêts partagés avec le Capital (2) et les commandes publiques afférentes … », le peuple à la botte pourrait-on ajouter. « Pas différent de « la tech » d’aujourd’hui, pas libérale pour un dollar, haïssant tout autant la libre concurrence comme la prédominance démocratique qui l’empêchent ».

« Il y a quand même une vraie différence à près d’un siècle d’écart. La puissance du Capital aujourd’hui est sans commune mesure avec celle des banquiers wasp (3) des années trente. Notamment, la capacité à façonner l’opinion ». Thomas Snégaroff rappelle ici « le revirement d’Elon Musk mi 2024 et son allégeance à D. Trump. Il change alors l’algorithme de X, ne pousse plus que la rhétorique trumpienne. En trois mois, avant l’élection, ses tweets seront vus plus de 18 milliards de fois ».

La captation du Politique par les milliardaires

Patrick Le Lay (4) avait tort. Les médias n’ont plus vocation à vendre du temps de cerveau disponible (à la consommation). Les réseaux sociaux des puissants comme des obscurs ne cherchent plus qu’à façonner les esprits, surfant sur nos passions tristes, les alimentant, les justifiant pour nous conforter et mieux porter les réponses populistes mensongères et simplistes.
« Les milliardaires d’aujourd’hui n’ont plus besoin d’un coup d’État pour prendre le pouvoir. C’est la captation du Politique par le Capital ». Une manière ici pour Thomas Snégaroff de ne pas céder au parallèle avec la Russie de Poutine, « qui mena plutôt une démarche inverse dans les années 2000. Au final, quand même, cette même résurgence évidente d’empires prédateurs, menée au mépris de la démocratie par des personnalités à l’hubris sans limite ».

« La démocratie est fragile, menacée. Il faut donc y croire pour la défendre ». Thomas Snégaroff rappelle en historien autant qu’en analyste cette fragilité, « qui repose sur peu, qui souffre du temps long, celui de la réflexion, des débats alors que nous sommes si soumis à l’exigence de l’immédiateté ».

Il s’agit donc de résister à la possible victoire de la réaction sur la réflexion, éviter la revanche de l’espèce sur l’esprit. Vaste programme !

(1) Thomas Snégaroff rappelle ici l’influence (y compris dans l’Europe fasciste) des thèses raciales et suprémacistes de
Madison Grant au début du 20 ème siècle ; influence toujours à l’œuvre dans l’entourage de D. Trump.
(2) Lire sur ce sujet le roman de l’historien et écrivain français Eric Vuillard, L’ordre du jour, aux éditions Actes Sud, 2017.
(3) White Anglo-Saxon Protestant
(4) Ancien PDG de TF1

La Conspiration

Thomas Snégaroff
La Conspiration
Albin Michel –  octobre 2025

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À propos de l'auteur

Eric Gauthey

Né avec la crise des missiles de Cuba, son enfance, ses études et ses premières années de la vie d’adulte furent nomades.
Au début des années 90, il émigre à Clermont-Ferrand pour se sédentariser. Son métier, non moins sédentaire, l’engage dans le service au public (transports publics de l’agglomération clermontoise).
Le voyage reste sa passion, pour ses vacances mais pas seulement. Cofondateur d’Il Faut Aller Voir et du RV du Carnet de Voyage, il pousse jusqu’à publier deux ouvrages : « Cher Bouthan » – 2011 et « Buna Tatu » - 2017 (sur l’Ethiopie).

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