J’aime les livres même si je ne suis pas un lecteur assidu. J’aime l’objet que l’on peut toucher, dont on tourne les pages à dessein, que l’on dispose dans sa bibliothèque au milieu d’autres ouvrages, que l’on peut reprendre ou oublier, emporter en voyage ou parcourir durant ses insomnies. J’aime les vieux bouquins écornés et jaunis, marqués par le cours inlassable du temps, comme ceux qui sortent tout juste de chez l’imprimeur ; et j’apprécie particulièrement l’accouplement subtil entre les textes et l’illustration (qu’elle soit photographique ou picturale), leur équilibre, leur enchevêtrement, leur symbiose.
Relation particulière
J’aime le livre parce qu’il n’est pas un produit de consommation ordinaire et vulgaire. Parce qu’il donne à réfléchir, ou à s’interroger, ou à imaginer, ou à se souvenir, ou à s’émouvoir, ou à s’instruire, ou à rêver. Parce qu’il constitue un lien unique et intime entre son auteur et son lecteur, au-delà de l’espace, des années et parfois de la mort. J’ai découvert ainsi récemment « Le Grand Meaulnes » d’Alain-Fournier, ne pouvant alors m’empêcher de penser au destin de cet écrivain, fauché dès les premiers affrontements de la « Grande Guerre » et ainsi demeuré « éternellement » jeune.
Fabrication
Bien sûr tous les livres n’ont pas la même valeur littéraire ou picturale, intellectuelle ou esthétique, didactique ou poétique- encore que la valeur est une notion subjective- mais chacun d’entre eux peut être considéré comme une œuvre au sens artisanal du terme : depuis l’idée originelle jusqu’à l’écriture de la phrase ultime et bien au-delà à travers le travail de mise en page, de relecture, d’édition, d’impression. Un alphabet qu’il faut respecter de A à Z.
J’aime les livres même si je ne suis pas un lecteur assidu. J’aime les disques aussi, pour ce qu’ils recèlent de sons, de vibrations, de sensations, d’impressions, d’émois, de relents et même d’ivresse, avec une préférence manifeste pour les vinyles qui se révèlent plus « tactiles ». Mais cette propension tient peut-être aussi d’un goût pour le passé.
Marc François









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