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Peter Falk dans "Columbo"- photo D.R.
Edito

L’homme à l’imper crasseux

Le comédien Peter Falk est mort il y a bientôt neuf ans. Mais le personnage de Columbo, délibérément atypique, n'a pas pris une ride.

Un imperméable, passablement élimé, à la propreté douteuse. Toujours le même… Il appartenait réellement au comédien; un chien fidèle du genre paresseux, un basset hound baptisé simplement « le chien »… ça évite d’avoir à se creuser les méninges ; une vieille voiture, un cabriolet Peugeot 403, brinquebalant, toujours au bord de la panne, dont on nous dit qu’il fut racheté à l’acteur français Roger Pierre. Et un décor plutôt attrayant : celui de la Californie et des bords ensoleillés de l’Océan Pacifique .

Les règles à la poubelle

Ainsi, Columbo enfreint systématiquement les règles de la série télévisée. Mieux, il les envoie allègrement valdinguer : pas l’ombre d’un suspense, en réalité, puisque l’assassin est connu dès le début de l’histoire ; l’incontournable  héros, lui, n’intervient qu’au bout de dix huit longues minutes… de quoi dégoûter plus d’un producteur. Et ça n’est pas fini : aux côtés de l’ineffable lieutenant de police, on ne retrouve ni complice, ni second couteau ; pas de famille, non plus, sinon une femme dont il est beaucoup question mais que l’on ne voie jamais. Et « le chien », bien-sûr, généralement vautré sur un fauteuil de l’antique bagnole. Le flic ne porte pas d’arme, il ne sait même pas s’en servir… Bref, la série, que l’on appelait autrefois feuilleton, balaie d’un revers de manche d’imperméable toutes les lois du genre. Elle s’en contrefiche, les jette ostensiblement à la poubelle…

Qu’importe elle a trouvé LE personnage. A contre-courant, décalé, non conformiste, old school et pourtant diablement efficace et attachant puisque, l’air de rien, il déjoue les pièges, dénoue méthodiquement les énigmes et met la main, calmement, sur les coupables, toujours issus de la riche société californienne. Pour interpréter un tel individu à contre-courant, il fallait un sacré comédien. Peter Falk, en l’occurrence. Un orfèvre.

La bande de John Cassavetes

Ami de John Cassavetes avec qui il a tourné au cinéma dans Husbands et  A woman under influence, Peter Falk fut aussi dirigé, au grand écran, par Franck Capra (Milliardaire pour un jour) et Nicholas Ray (La forêt interdite). Il s’inscrivit à l’affiche de Face au crime de Don Siegel et de La grande course autour du monde de Blake Edwards. On le retrouva aux côtés de Peter Sellers dans le succulent Un cadavre au dessert de Robert Moore. Et Wim Wenders fit appel à lui à deux reprises dans Les Ailes du désir et Si loin, si proche !, où on le découvre lunaire.

Une leçon

Columbo, dont soixante neuf épisodes furent réalisées, continue à circuler en boucle sur les petits écrans internationaux. Et à l’image du délicieusement britannique Chapeau Melon et bottes de cuir (au moins dans la version Emma Peel et Tara King), on ne se lasse pas de  voir et revoir ces aventures policières, défiant toutes les lois du genre. Avec son air permanent et jubilatoire de ne pas y toucher, le flic à l’imper nous révèle que l’on peut (encore) réussir hors des sentiers battus, en s’extirpant des conventions et en repoussant joyeusement l’air du temps. Qu’un contre-exemple parfait peut devenir une référence, au-delà même des générations. Au fond, il est logique qu’il ne vieillisse pas puisque seule la mode se démode.

À propos de l'auteur

Marc François

Marc François

A débuté le métier de journaliste parallèlement sur une radio libre et en presse écrite dans les années 80. Correspondant de plusieurs médias nationaux, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Info Magazine (Clermont, Limoges, Allier) pendant 9 ans, il a présidé le Club de la Presse Clermont-Auvergne entre 2009 et 2013. Il est l’initiateur de 7 Jours à Clermont.

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