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Camille Lopez / Photo Yves Meunier
Camille Lopez / Photo Yves Meunier
Chroniques Sports

Les emmerdes volent toujours en escadrille

« C’est le bordel ! » Constat désabusé et sans équivoque de Camille Lopez lors du point presse du 12 janvier. L’ouvreur montferrandais faisant référence à la décision de l’organisateur de la Coupe d’Europe de Rugby de ne pas reprogrammer les matchs reportés.

“C’est le bordel !” Constat désabusé et sans équivoque de Camille Lopez lors du point presse du 12 janvier. L’ouvreur montferrandais faisant référence à la décision de l’organisateur de la Coupe d’Europe de Rugby de ne pas reprogrammer les matchs reportés en les soldant pour tout compte par les 2 points d’un virtuel résultat nul 0 à 0. L’ASM se serait bien passée de cet épisode abracadabrantesque au moment où la direction du club vient de jeter les bases d’une reconstruction.
Tel Moïse levant son bâton dans un geste gaullien afin que s’écartent les flots de la mer rouge, aurait-il suffit au président de l’ASM d’invoquer le dieu de l’ovalie quelques jours avant Noël pour que s’enflamme à nouveau le buisson ardent du Michelin ? La victoire du 1er de l’an face à Toulouse dans un stade enfin comble était venue soulager la ‘’crise de foi’’ du peuple jaune et bleu…sans assurance toutefois que l’errance soit en passe de trouver rapidement son terme.

De la contrition à la rédemption

Jean-Michel Guillon / Photo Yves Meunier
Jean-Michel Guillon / Photo Yves Meunier

Tout comme les tables de la loi, la conférence de presse tenue par Jean-Michel Guillon restera gravée dans le marbre: “On n’a pas fait à un moment donné les choses qu’on devait faire….c’est une situation que j’assume….nous vivons une fin de cycle….il faut ressortir la tête de l’eau pour retrouver une marge de manœuvre….l’ASM ne peut pas être sans ambition !”
L’analyse critique de la gestion de ces derniers temps et d’une situation économique jugée très fragile fera date dans un club historiquement plus enclin à cacher ‘’la crotte au matou’’ qu’à exposer ses emmerdes.
Rien que pour cela, les forts en gueule des réseaux sociaux seraient bien inspirés d’en rabattre quant à leurs sentences à la Fouquier-Tinville. C’est vrai qu’il est ordinairement plus facile de clouer au pilori un président en place, que de chercher à observer de quel héritage il est en charge. (1)
Du choix d’appeler le directeur technique de la Fédération Française de Rugby Didier Retière au poste de responsable du développement tourné vers le recrutement et la formation…que dire ? Du choix de promouvoir Aurélien Rougerie comme team manager alors que les anciennes icônes (hormis Zirakashvilli) sont par trop absentes des instances du club…que dire encore ? Sinon qu’il va falloir laisser du temps au temps avant de porter un quelconque jugement.

Dans le plus immédiat, en revanche, le temps presse du côté des acteurs du jeu. « Nous avons plus été dans la réaction que l’anticipation….on peut nous reprocher d’avoir fait des choix plus ou moins contestables. » Euphémismes du président pour dire que le recrutement des dernières saisons et la stratégie des contrats ont relevé davantage du bide que de l’extase. Ajoutez à cela l’affaire Azéma, les envies d’ailleurs de certains et les affres de la covid qui en remet une couche pour vider les caisses… le compte est bon !

Au Japonais absent

Kotaro dans Kyodo News(c) Kyodo News
(c) Kyodo News

Déjà en mal de leaders et bientôt privé de Lopez et Parra, l’effectif va devoir être conforté par des joueurs à forte valeur ajoutée. Outre l’arrivée de l’ouvreur toulonnais Anthony Belleau pour la prochaine saison, Jean-Michel Guillon évoquait donc la nécessité d’avoir à un poste clé “un homme conjuguant le talent, une certaine aura et un caractère en phase avec l’esprit du club.”

Un portrait charismatique contrastant furieusement avec celui de Kotaro Matsushima. On veut bien admettre que son arrivée à Clermont en même temps que la pandémie puis l’éloignement de son épouse assumant une maternité au Pays du soleil levant, n’aient pas placé la star japonaise dans les conditions idéales d’une intégration réussie. Mais quand même !

Hors ses rendez-vous zoomesques avec des médias japonais, les contacts avec la presse et l’environnement du club sont inexistants. Au point que la journaliste du Kyodo News installée en France pour relater les faits et gestes du numéro 15 nippon n’a pu le côtoyer qu’une seule fois depuis son arrivée en 2020, lors d’un entrainement d’avant saison. Les échanges entre elle et lui passent par les arcanes de WhatsApp via l’attaché de presse du club.

Au-delà de l’ouverture au Japon d’opportunités marketing pour l’ASM et certains de ses partenaires, l’employeur était sans doute en droit d’attendre autre chose de son investissement car, plus regrettable encore est la discrétion de Matsushima sur le terrain. Ses prestations sont tombées dans la transparence au fil des derniers mois, en tous cas bien éloignées de son statut de ‘’star du recrutement’’ en 2020.

Qui emmerde qui ?

photo Yves Meunier
photo Yves Meunier

Comme une cerise posée sur la galette des rois, ajoutez le refus opposé par Matsushima à la piquouze du vaccin. Sans entrer dans un débat nébuleux sur les raisons qui motivent les récalcitrants (dont aussi Moala) on peut quand-même se poser la question : ‘’qui emmerde qui’’ en s’excluant volontairement du jeu ?
A-t-on le droit d’ignorer que ce sont essentiellement les spectateurs, les partenaires, les acheteurs de maillots, chemises, blousons ou casquettes, les abonnés de Canal+ et autres contribuables qui financent les salaires par le biais du budget du club ? Sans compter le préjudice sportif porté à l’ensemble de l’équipe.
Voilà en tous cas une belle façon de piétiner l’altruisme, cette qualité pourtant indissociable du sport collectif qu’est le rugby.
Tout cela pour ne pas s’étonner que le patron de l’ASM ait du pain sur la planche pour mener ses troupes jusqu’en terre promise.

“J’voudrais bien, mais j’peux point !” A l’opposé de certains clubs du Top14 dont les petites entreprises recrutent à tour de bras et ne semblent pas connaitre la crise, l’ASM doit se concentrer sur un incontournable épisode de reconstruction.
Son bâton de pèlerin dans une main et les tables de la loi (de la sagesse) dans l’autre, le président Guillon s’est résolu à tracer le chemin de la patience et de l’humilité en évoquant avec le sourire, plutôt que la bible, la bonne du curé d’Annie Cordy.
Peut-être aurait-il pu faire aussi du Chirac des grandes années : “Dans la vie il y a des hauts et des bas. Il faut savoir mépriser les hauts et repriser les bas !”
A rajouter (peut-être) au décalogue ?

Le Décalogue (c) Paramount
(c) Paramount

(1) Voir la chronique d’octobre dernier : Quand te reverrai-je public merveilleux.

À propos de l'auteur

Yves Meunier

Bourbonnais originaire de Gannat où il s’est essayé au rugby sous le maillot de l’ASG pendant une douzaine d’années. Diplômé d’Etudes Supérieures en Sciences Economiques à l’Université de Clermont. Journaliste à France3 Région de 1972 à 2007. Aujourd’hui impliqué avec des amis dans une aventure viticole du côté de Saint-Emilion et toujours en prise avec le sport auvergnat au sein de l’Union des Journalistes de Sports en France.

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