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Chantier du stade Montpied / Photo Yves Meunier
Photo Yves Meunier
Chroniques

Les chantiers de l’été

La fin du printemps sonne l’heure des bilans. Régulier dans l’inefficacité depuis le début de saison, le Clermont Foot n’a pu éviter le saut fatal en ligue2 tandis que l’ASM, conjuguant perpétuellement le meilleur et le pire est quand-même parvenue à sauver les apparences en accrochant une place en Champions Cup. Un point de plus aurait suffit à atteindre l’objectif du TOP6 mais si près, c’est parfois si loin !

« Si près…si loin ! » a martelé le président Jean-Claude Pats en conférence de presse de clôture, suivi par Christophe Urios porté par l’autocritique « je ne suis pas satisfait de la saison ! », constatant notamment « si la valeur travail a été respectée, le chantier doit porter sur le mental des troupes, trop peu souvent au rendez-vous au fil des matchs ! » Et l’entraîneur en chef insistant : « Notre bagarre, c’est les JIFF ! »

The french paradox

Il est vrai que tout au long de la saison le staff s’est heurté au casse-tête du règlement JIFF, une exception culturelle dont notre beau pays a le secret. Disposant d’un effectif d’intermittents du spectacle, comme les résultats l’ont démontré, et devant jongler en permanence avec le quota JIFF pour remplir les feuilles de match, l’ASM n’a pas encore purgé les errements de la gestion des années ‘’d’avant’’. Au fait, JIFF, kézako exactement ?
En Corée du Sud le JIFF c’est le ‘’Jeonju International Film Festival’’, spécialisé dans les films à sketches. Chez nous, autre genre de sketch, c’est le système mis au point en 2010 par les alchimistes du rugby hexagonal afin de limiter la main d’œuvre étrangère en Top14 et ProD2. Ce fut donc l’invention des ‘’ Joueurs Issus des Filières de Formation’’. Avec ça, le XV de France aurait dû déjà être champion du monde ! Et bien non, même en faisant appel à du renfort naturalisé ou assimilé et alors même que des joueurs étrangers sont estampillés JIFF sans pouvoir porter le maillot tricolore ! Après le vin rouge, un autre ‘’French paradox, indeed’’ !

Conférence de presse / Photo Yves Meunier
Conférence de presse / Photo Yves Meunier

Cent fois sur le métier…

Pour répondre aux interrogations, sachez que l’obtention de cette appellation d’origine contrôlée est obtenue soit si le joueur a été licencié à la FFR pendant 5 ans avant l’âge de 21 ans, soit s’il a passé 3 saisons à l’embouche dans un centre de formation entre 16 et 21 ans. OK, vous suivez ?
En moyenne sur l’ensemble de la saison, chaque club doit compter au minimum 16 JIFF par feuille de match. Si cette moyenne est inférieure c’est 6 points de pénalité pour démarrer la saison suivante…et ça peut aller jusqu’à 12 points en dessous de 13 JIFF, sans compter l’aid financière du ‘’fonds JIFF’’ (220 à 320 000€) qui vous passe sous le nez. A savoir aussi que lors des doublons championnat/XV de France, les joueurs sélectionnés sont ajoutés au nombre de JIFF réellement alignés sur les feuilles de match. Compris ? Pas étonnant que Toulouse, club déjà éminemment formateur, caracole en tête de ce petit jeu tandis que l’ASM, ne comptant aucun international, a frisé la correctionnelle. L’achat de joueurs JIFF de niveau international étant hors de portée de la bourse auvergnate (surcoût jusqu’à 30%) par ailleurs bridée par le salary cap, le recrutement 2024-2025, faute d’être ronflant (9 arrivées) porte essentiellement sur des joueurs JIFF confirmés ou en progression. Urios et ses adjoints devront faire prendre la sauce. Cent fois sur le métier remettre son ouvrage… Quel chantier ! 

Cherchez les JIFF / Photo ASM
Cherchez les JIFF / Photo ASM

Éparpillé façon Puzzle

« Le Clermont Foot, c’est comme la deux-chevaux de Bourvil dans le film Le Corniaud ». Savoureux clin d’œil de notre confrère Valéry Lefort dans La Montagne au lendemain de l’affligeante clôture en Ligue1 sur la pelouse des Merlus (5-0). Éparpilles façon puzzle, les tontons très peu flingueurs du président Schaefer, ont trainé le boulet de la relégation du début à la fin. Oubliée la pompeuse 8e place de la saison précédente, les avantages acquis ça existe peut-être à la SNCF mais pas au foot, on l’avait sans doute oublié du côté du
Montpied.


Ayant été délesté de quelques éléments majeurs (Wieteska, Khaoui, Seidu…) dont la vente a conforté la balance commerciale des transferts au regard d’un mercato bon marché concocté par une éphémère cellule de recrutement, l’effectif a vite révélé ses insuffisances
En privilégiant une logique financière, le pilote-biznessman de la deudeuche de Bourvil a beau jeu de prétendre que dépenser son argent n’aurait pas forcément suffi à faire le bonheur dans le classement de Ligue1. L’analyse de la dégringolade par Ahmet Schaefer dans les pages de La Montagne nous est apparue avant tout comme un bel écran de fumée.

La Montagne 22 mai 2024 – éparpillé façon puzzle

Rédemption ou damnation ?

Ouvert le 10 juin jusqu’au 30 août, le marché des transferts va alimenter le vaste chantier du Clermont-Foot sur le chemin d’une saison qui pourrait être celle de la rédemption mais qui sera aussi celle de tous les dangers avec quatre descentes directes en National du fait de la réduction de la Ligue2 de 20 à 18 clubs. Osons espérer que le CF 63 saura éviter cet autre précipice…au moment où la métropole auvergnate se verra enfin dotée d’un vrai stade pour le ballon rond.
En tout cas, après que le foot et son escapade en Ligue1 ait quelque peu piétiné les plates-bandes d’un rugby clermontois en plein marasme, voici l’ovale revenue bon an mal an en tête de gondole. La clôture face à Montpellier dans un Michelin déchaîné comme jamais de la saison et quasiment plein comme un œuf a remis du baume au cœur de la maison Jaune et Bleue qui est en train de se refaire un brin de santé financière. Reste pour Urios et ses troupes à donner un nouvel élan à une institution qui fêtera en 2025 le centième anniversaire de son accession à l’élite du rugby français qu’elle n’a jamais quittée.

Le stade Michelin au complet /  Photo Yves Meunier
Le stade Michelin au complet / Photo Yves Meunier

À propos de l'auteur

Yves Meunier

Bourbonnais originaire de Gannat où il s’est essayé au rugby sous le maillot de l’ASG pendant une douzaine d’années. Diplômé d’Etudes Supérieures en Sciences Economiques à l’Université de Clermont. Journaliste à France3 Région de 1972 à 2007. Aujourd’hui impliqué avec des amis dans une aventure viticole du côté de Saint-Emilion et toujours en prise avec le sport auvergnat au sein de l’Union des Journalistes de Sports en France.

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