
Il paraît que le bon roi Henri IV, peu enclin aux ablutions quotidiennes selon son entourage, y prenait un bain de temps en temps. Lieu de convergences populaires estivales puis délaissée par les baigneurs depuis le milieu du XXe siècle, la Seine est de retour sur le devant de la scène. Pas seulement à cause de la cérémonie d’ouverture flottante mais parce que Manu et Anne, les stars de la natation désynchronisée, avaient promis d’y faire trempette, avec tambours et trompettes, pour effacer les craintes des participants aux épreuves du triathlon et du marathon en eau libre.
les JO, un binz à la bonne franquette
Et pourtant, à l’entame du siècle dernier on n’était pas regardant sur la qualité de l’eau. Du 24 mai au 28 octobre 1900, c’est dans le cadre de l’Expo Universelle que se déroulèrent les nombreuses et parfois fantasques épreuves de la IIème Olympiade officiellement dénommée ‘’Concours Internationaux d’Exercices Physiques et de Sports’’. Une appellation en forme de compromis suite à une dissension entre Pierre de Coubertin et le Commissariat Général de l’Expo. Ah, la France… !
Sur 477 épreuves disputées, le CIO n’en retiendra que 95, excluant la pêche à la ligne, le saut en longueur à cheval, la natation avec obstacles, le tir au canon ou autres activités plus ou moins loufoques. Faute de piscine, toutes les épreuves de natation se disputèrent dans les eaux de la Seine : 200m nage libre, 200m dos, 1000m et 4000m nage libre en aval du pont de Courbevoie. Il avait même un parcours sous l’eau. Pour son entrée dans les Jeux, la compétition de water polo se déroula elle aussi sur la Seine dans le bassin d’Asnières.

Sur la terre ferme et hors le stade du Bois de Boulogne qui accueillait l’athlétisme sur des pistes en herbe, la course du marathon enleva le pompon de l’improvisation. Choisi au dernier moment, le parcours qui faisait le tour des fortifications fut un calvaire pour les 14 athlètes dont 7 allèrent jusqu’au bout. Partis au milieu de l’après-midi d’un caniculaire 19 juillet alors que le thermomètre oscillait entre 35 et 39°, ils se heurtèrent aux embarras de Paris pour slalomer parmi les tramways, autos, calèches, piétons et vélos…y compris des troupeaux du côté des abattoirs de la Villette.
Le vainqueur Michel Théato, en 2h 59mn 45s, fut soupçonné d’avoir emprunté des raccourcis du fait qu’il connaissait trop bien les rues en tant qu’ancien livreur-boulanger. Après (longue) enquête, il fut lavé de tout soupçon et reçut sa médaille d’or…en 1912 !
‘’Citius, altius, fortuis »
Ces Jeux de Paris avaient réuni 24 pays et 997 athlètes dont 22 femmes pour la première fois. Quelque peu chagriné par le ‘’grand binz’’ de 1900, le baron Charles Pierre Fredy de Coubertin usa de toute son influence auprès du CIO pour que Paris bénéficie d’une session de rattrapage 24 ans plus tard.
Avec l’édification du Stade Olympique à Colombes (45 000 places dont 20 000 assises), la construction de la piscine des Tourelles, la disposition du Vélodrome d’hiver érigé en 1909, plusieurs stades de foot, le tir décentralisé à Reims, l’équitation à Auteuil, la voile à Meulan et au Havre, sans oublier le premier village Olympique, les JO 1924 allaient présenter une toute autre gueule.
Portée par la devise ‘’Plus vite, Plus haut, Plus fort’’ initiée par le CIO, cette VIIIe Olympiade de l’ère moderne devait être celle de la diversité avec la participation record de 44 nations des cinq continents et 3089 athlètes, dont 135 femmes, engagés sur 23 disciplines et 126 épreuves. La domination des États-Unis (45 médailles d’or) devant la Finlande (14) et la France (13 titres) s’accompagna de la révélation de stars comme le finlandais Pavo Nurmi qui s’adjugea 5 médailles d’or en athlétisme ou le nageur pseudo américain de 20 ans Johnny Weissmuller 3 fois titré.

Johnny Weissmuller ‘’pseudo américain’’ car né austro-hongrois, dans l’actuelle Roumanie, avait emprunté les papiers de son frère né aux USA pour venir à Paris. Le futur Tarzan du cinéma fut le premier nageur du 100m sous la minute en 58s 6 et ne perdra pas une seule course jusqu’à sa retraite.
Gonflé le mec !
À côté des performances sportives et parmi les 700 journalistes présents, un homme va marquer l’histoire de son empreinte. Speaker à Radio Tour Eiffel en 1921 puis embauché par la station Radiola, Edmond Dehorter sera le père de tous les reporters sportifs français. Le 6 octobre 1923 il était au micro du premier direct radio pour relater le championnat du monde de boxe opposant Eugène Criqui au belge Henry Hebrans dans la salle Wagram. Un évènement.
Les JO arrivaient donc à point nommé pour que le surnommé ‘’parleur inconnu’’ puisse faire vivre le sport sur les ondes. Suite aux premiers Jeux d’hiver de 1924 à Chamonix où il n’avait fait que commenter les résultats, le rendez-vous d’été à Paris révélait les talents multiples de notre homme. Dehorter ne se contente pas de décrire, il chambre les arbitres, interpelle ses confrères plumitifs, tend le micro aux personnalités qui passent par là et meuble les temps morts en chantonnant.
Ces directs savoureux plaisent aux auditeurs mais beaucoup moins à la presse écrite qui voit là une concurrence déloyale et craint de perdre ses lecteurs. Elle va forcer la main du comité d’organisation des Jeux afin d’interdire à Radiola et Dehorter l’accès au stade de Colombes pour la phase finale du tournoi de football.

Qu’à cela ne tienne, le bouillant Edmond passe un accord avec Peugeot pour sponsoriser un ballon captif. Hors l’enceinte du stade, c’est aux côtés de l’aérostier que le gonflé reporter, micro dans une main, jumelles dans l’autre, s’élève suffisamment pour avoir une vue imprenable sur la pelouse et entamer son commentaire. Sauf que le vent se lève et que le ballon commence à tanguer sérieusement. Retour au sol forcé mais l’affaire à fait grand bruit et les organisateurs doivent se résoudre à faire une place dans le stade à l’obstiné Dehorter.
Pour la petite histoire, il effectuera le premier reportage en direct d’un match de rugby le 26 avril 1925 à Toulouse pour la finale Carcassonne-Perpignan (0-0 et match rejoué la semaine suivante qui sacrera Perpignan).
Un siècle plus tard, 34000 descendants du ‘’parleur inconnu’’ sont accrédités aux JO.
L’eau a coulé sous les ponts de Paris.







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