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Photo Fanny Reynaud.
Edito

Le Grand Débat : de l’exercice démocratique à la manœuvre politique

A un peu plus d'un mois des élections européennes, la séquence Grand Débat s'est achevée. En attendant les décisions de l’exécutif, l'heure est au scepticisme.

Le Grand Débat, sans tourner au fiasco, laisse un goût mitigé. Voulu comme une réponse à la contestation inédite des Gilets Jaunes, l’opération, qui aura coûté 12 millions d’euros aux contribuables (« le prix de la démocratie » a estimé Sébastien Lecornu, ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités), se traduit en premier lieu comme une gigantesque opération de communication pour un pouvoir aux abois.

92 heures et quarante minutes de show présidentiel

La forme d’abord. Des réunions à n’en plus finir au cours desquelles le Président de la République, en difficulté, s’est mis en valeur comme le personnage central, incontournable, tantôt à l’écoute, tantôt donneur de leçons. 92 heures et quarante minutes de « show » présidentiel, selon les propres comptes de l’Elysée. Et lorsqu’il n’était pas présent, des débats qui n’ont en réalité concerné qu’un demi-million de Français, avec des élus triés sur le volet et des sujets éludés ou ignorés. Ne parlons pas de ce qui fâche.

Plus de service public et moins d’impôts!

Dans le fond, rien de transcendant ne s’est dégagé de ces interminables palabres et de ces séquences plus ou moins orchestrées. En fait, on aurait pu en écrire les résultats avant même qu’ils n’aient lieu. Qu’ont dit ces « grands débatteurs » qui ne portaient pas de gilets jaunes ? En substance : « Nous exigeons davantage de service public et nous voulons payer moins d’impôts… » Ce qui ressemble à la quadrature du cercle, au grand écart, au beurre et à l’argent du beurre. Ou peut-être à la médaille sans revers… De toute évidence, le monde serait meilleur s’il n’était pas aussi mauvais.

Au bout du compte, à la fin de cette séquence en forme de psychothérapie nationale, c’est le Président de la République qui choisira, prendra, écartera, décidera. De l’illusion démocratique à l’exercice autocratique…

Emmanuel Macron gagne du temps

Reste l’opération purement politique. Et c’est là la plus grande réussite de ce Grand Débat diffus et confus. Grâce à lui, Emmanuel Macron aura assurément gagné du temps, stoppant, au moins provisoirement, sa descente aux enfers dans l’esprit de l’opinion publique. Il aura probablement étouffé les dernières braises d’un mouvement des Gilets Jaunes qui, naturellement, s’essoufflait au fur et à mesure des week-ends. A quelques semaines d’élections européennes, fortement teintées d’enjeux nationaux, le manœuvre est plutôt habile. Les urnes nous apprendront jusqu’à quel point.

À propos de l'auteur

Marc François

Marc François

A débuté le métier de journaliste parallèlement sur une radio libre et en presse écrite dans les années 80. Correspondant de plusieurs médias nationaux, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Info Magazine (Clermont, Limoges, Allier) pendant 9 ans, il a présidé le Club de la Presse Clermont-Auvergne entre 2009 et 2013. Il est l’initiateur de 7 Jours à Clermont.

1 Commentaire

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  • Province de la technocratie mondialisée et urbanisée, la Macronie ne parle pas la même langue que les Gilets jaunes. Elle communique encore et encore, manches de chemise relevées pour montrer sur BFM que le commandant de bord est prêt – sans le faire ! – à descendre en salle des machines, dans la France d’en-bas. Ils bossent dans leur cambrousse délaissée par le « Progrès », sans autre espoir que de finir le mois, tant bien que mal. Elle s’enivre des incantations de son gourou solitaire qui cherche à se rassurer en se soûlant de ses interminables phrases. Ils attendent fébrilement du concret…

    Un pays ne pouvant avancer en laissant trop des siens dans le fossé, affaire à suivre…

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