A défaut de séduire, le gouvernement Bayrou s’efforce de ne pas trop déplaire. A défaut de rassembler, il s’évertue à ne pas jeter d’huile sur le feu. A défaut de convaincre, il tente de se rendre au moins acceptable. A défaut de régler les problèmes, il n’en a sans doute ni la volonté, ni la capacité, il tente de ne pas en ajouter. A défaut d’agir sur le fond, il se doit au moins d’entretenir la forme et de préserver les apparences. A défaut de trouver des solutions, il s’attache à faire illusion. Avec pour unique obsession, celle de durer.
De l’eau dans le vin
Le cul entre deux chaises, dans un équilibre précaire, concédant aux uns, accordant aux autres, tout en prenant soin de ne vexer personne, l’exécutif se voit dans l’obligation d’osciller, de tergiverser, de tâtonner, de fluctuer, de composer, de moduler, de consulter, de nuancer, de ménager, de se modérer, de donner pour mieux reprendre, de paraître à l’écoute, d’occuper le terrain tout en allant sur la pointe des pieds dans un antagonisme permanent entre des intérêts politiques et des contraintes économiques ; tributaire de situations contradictoires et d’une indubitable arithmétique parlementaire. S’il « droitise », le voilà aussitôt obligé de mettre de l’eau dans son vin ; et si, au contraire, il « socialise », il donne le change en envoyant quelques signaux de fermeté. Il suffira pour cela de jouer la carte Bruno Retailleau, seul véritable gagnant de la courte séquence Barnier. Cette prudence qui, à force, risque de ressembler à de l’inertie n’est sans doute pas synonyme d’efficacité. Mais c’est à ce prix, et à ce prix seulement, aux travers de permanentes contorsions, que François Bayrou, l’extrême centriste, pourra espérer passer l’hiver à Matignon.
Précaire
En franchissant un premier obstacle, à l’issue du discours de politique générale et d’une motion de censure déposée par LFI, l’actuel gouvernement a gagné quelques semaines. Mais il est condamné à vivre sur un fil et forcé à un perpétuel louvoiement. En fin de compte, il n’aura d’autre utilité que d’expédier les affaires courantes, éviter pour un temps le chaos institutionnel et permettre à Emmanuel Macron de demeurer à l’Elysée.












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