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L’Aventure Michelin ou l’autre histoire de la roue de la fortune

Dans la ville du pneu, l’Aventure Michelin raconte beaucoup plus que la généalogie d’un accessoire automobile. Ce musée retrace 130 ans d’Histoire industrielle, sportive, sociale… en adoptant quantité de points de vue, en relatant mille petites histoires, en présentant une foison d’objets. Comme il s’étend sur 2000 m2, on en sort crevé.

C’est une étonnante traversée du XXe siècle que propose l’Aventure Michelin. Accessoire terre-à-terre, le pneumatique a contribué, en les accompagnant, aux progrès des transports. Et quels progrès ! Puisqu’on nous rebat les oreilles avec les nouvelles technologies et l’incomparable « révolution numérique », il est bon de revisiter l’apogée de la période industrielle, qui vit naître l’avion et l’automobile.
Avec les courses cyclistes, le récit commence sur le mode épique. A la fin du XIXe, Michelin invente le pneumatique démontable, qui donne à son utilisateur un avantage déterminant. Dans ce musée très riche d’objets, on voit les biclous d’alors. On ne peut pas exclure qu’ils soient embellis à nos yeux par un soupçon de nostalgie, mais ce sont de magnifiques produits manufacturés qui a coup sûr faisaient rêver leurs contemporains. Michelin saisit le profit qu’on peut tirer de la photogénique du cycliste sur sa monture, de la ferveur populaire qui entoure un Paris-Brest-Paris à vélo et la figure héroïque du coureur Charles Terrot. Pour diffuser ses innovations technologiques, l’entreprise ne cessera pas de mettre la gomme sur la communication, mouvement impulsé par Edouard et André Michelin, emblématiques dirigeants de l’entreprise depuis 1889. A l’aube du XXe siècle, les deux frères investissent dans tout ce qui chausse des pneus. Ou qui pourra le faire….

Paris-Clermont en avion ? La bonne blague

Ils forcent un peu le destin en fabricant leur propre automobile qu’ils équipent de pneus gonflés d’air, c’est nouveau. De très belles séries de carreaux de faïence illustrés représentent la course Paris-Bordeaux-Paris, à laquelle ils participent en 95. L’année suivante, ils contribuent à la création de l’Aéro-Club de France puis participent aux défis que lancent généralement les journaux de cette époque. En 1908, ils promettent 100.000 francs à l’aviateur qui, venant de Paris, fera le tour de la cathédrale de Clermont et se posera au sommet du puy de Dôme en mois de six heures. Le record de durée de vol est alors de… 1 minute et 28 secondes. Alors la presse se gausse. Pourtant, en 1911, le passage du biplan Farman de Renaux et Senouque qui s’enroule autour de l’église gothique est salué à l’unisson par ses cloches et la sirène très profane de l’usine Michelin. Ce détail dit beaucoup de la position qu’occupera bientôt l’ « usine » dans la cité, celle d’une institution préfigurant le rôle d’un Etat-providence. Dans l’entre-deux guerres, Michelin a ses écoles, ses grands magasins, ses équipements sportifs et elle construit pour ses ouvriers des cités-jardins qui marquent toujours l’urbanisme clermontois.

Ecoles, hôpitaux, piscines, madeleines

A ce sujet, si à la suite de vos aïeux vous êtes établis dans la cité du pneu, l’Aventure Michelin se propose comme un paquet de madeleines. Car le roman familial d’un Clermontois peut compter avec l’histoire d’une grand-mère alors jeune, on ne peut plus enceinte, conduite avec sa cousine à la maternité (la clinique Michelin), toutes deux dans une remorque Michelin tractée par un cycliste, le bientôt-père. L’affaire ressemble à une mythologie mais n’en est pas une. La remorque Michelin est présentée dans ce musée et l’on nous dit qu’elle était conçue pour embarquer ce qu’on voulait, ou deux passagers. Et ce même Clermontois retrouve ici le Bibendum triomphant qui crachait dans la piscine de l’ASM (Association sportive Michelin) un filet d’eau chlorée sur ses première brasses (les moches bouées, la perche, bouh…).
Les visiteurs venus d’ailleurs ne sont pas laissés pour compte. Entre les objets publicitaires, assidûment collectionnés, les panneaux indicateurs routiers qui jalonnèrent longtemps les chaussées françaises, la production de cartes et de guides, l’histoire de l’Empire colonial et toutes les innovation technologiques, il y en a pour tous les goûts. Même pour les fétichistes du tarmac, qui ne manqueront pas ce fragment de la piste d’atterrissage d’Aulnat, la première du monde construite en béton, en 1916. Devinez par qui….

L’Aventure Michelin, 32 rue du Clos-Four 63100 Clermont-Ferrand
De septembre à juin, tous les jours sauf lundi de 10 h à 18 h, et en juillet et août, tous les jours de 10 h à 19 h.

À propos de l'auteur

Christophe Grand

Christophe Grand

Journaliste de presse écrite et de radio, amateur de voyages et d’images, particulièrement intéressé par l’architecture et l’urbanisme, les arts décoratifs, le jardin et la cuisine, la littérature et le monde des idées...

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