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Photo Fanny Reynaud.
Edito

Jacques Chirac: un héritage contrasté

En ce lundi, la France vit une journée de deuil national. Les réactions qui ont suivi la disparition de l'ancien Président de la République ont été, comme toujours, unanimes. Pourtant, son parcours fut nuancé...

Mérite-t-on des fleurs parce que l’on est mort ou bien pour ce que l’on a accompli durant sa vie ? Lorsqu’une personnalité décède, il est en tous cas de coutume de s’adonner à un panégyrique, de ne retirer que le meilleur d’un parcours généralement contrasté et de se livrer ainsi à un « tri sélectif ». Jacques Chirac, bien entendu, n’échappe pas à la règle. Son décès, qui n’a surpris personne, a suscité des réactions évidemment unanimes. Et ses pires ennemis y sont allés de leur couronne dans une ultime flagornerie. Ce que l’on appelle le baiser de la mort.

Un cortège indécent

Les hommages se sont succédé, les louanges accumulés pour cet ancien président qui fut qualifié, il n’y a pas si longtemps, de « roi fainéant ». Et si l’on peut humainement ressentir de l’émotion devant la disparition d’un personnage qui occupa le devant de la scène politique puis étatique et médiatique durant des décennies, on peut tout autant juger ce cortège indécent. Il est aussi révélateur de la présidentialisation de notre régime. C’est un monarque qu’on s’apprête à enterrer…

De victoires en chausse-trapes

De Chirac, le jeune loup de la politique aux bras de chemises relevés, jusqu’au vieil homme malade, ne reconnaissant plus ses proches, la route fut longue, parsemée de victoires et de chausse-trapes, de coups tordus et de conquêtes, de complicité et d’inimitié. Cette icône de la droite républicaine, qui vendit L’Humanité dans ses jeunes années, avant de connaître Bernadette, fut tour à tour un conquérant inlassable, un ambitieux inépuisable, un homme de parti impitoyable, un ministre charismatique, un maire de Paris emblématique et contestable (les affaires d’emplois fictifs) avant de devenir un Président de la République consensuel mais improductif. Et son ascension se nourrit de rivalités et de trahisons : avec Valéry Giscard d’Estaing, Edouard Balladur ou Nicolas Sarkozy, dont il fut le père spirituel mais qui lui tourna le dos pour voler de ses propres ailes.

Conquérant et inactif

Bien-sûr, durant ses douze années élyséennes, on mettra en avant son refus de s’engager dans la guerre d’Irak ou de débattre avec Jean-Marie Le Pen à la veille du second tour des élections présidentielles de 2002. Mais l’on pourrait tout autant évoquer la fameuse dissolution de l’Assemblée nationale de 1997, invraisemblable erreur de stratégie, ou son incapacité chronique à réformer. Chirac fut tout cela à la fois : Corrézien, terrien, Parisien, bon vivant, direct, chaleureux, courtois épris des cultures asiatiques. Et manœuvrier, brutal, inefficace. Il fut ce jeune impétrant prêt à tout et ce président décevant… L’unanime éloge qui l’entoure est peut-être compréhensible en période de deuil. Pourtant cette bienveillance systématique à l’égard des défunts est aussi  une façon de ne regarder le passé que d’un œil. Il est vrai que l’histoire, parfois, sait être borgne…

À propos de l'auteur

Marc François

Marc François

A débuté le métier de journaliste parallèlement sur une radio libre et en presse écrite dans les années 80. Correspondant de plusieurs médias nationaux, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Info Magazine (Clermont, Limoges, Allier) pendant 9 ans, il a présidé le Club de la Presse Clermont-Auvergne entre 2009 et 2013. Il est l’initiateur de 7 Jours à Clermont.

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