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Une course à Vincennes, le temple français du trot- photo D.R.
Edito

Grandeur et décadence du tiercé

Dans les années 50, la France se découvrit une passion pour le tiercé. Le jeu, créé par le PMU, faisait alors partie des traditions dominicales comme la messe ou le repas familial.

C’était le 22 janvier 1954, dans une France qui oubliait tant bien que mal les blessures de la guerre. André Carrus, un  ancien polytechnicien ingénieux et visionnaire, déjà créateur du couplé, lançait une nouvelle forme de jeu : le tiercé. Un pari disputé au beau milieu de l’après-midi dominical, à l’issue du traditionnel repas familial. Le concept se révélait simple comme bonjour : trouver les trois premiers chevaux- si possible dans l’ordre- d’une course hippique. Avec à la clef, la possibilité de décrocher une « petite » fortune, à l’heure où il n’était pas question de sommes indécentes, de jackpot et où même les meilleurs footballeurs, les Kopa, les Piantoni, les Fontaine, les Jonquet ne gagnaient qu’un modeste pécule, chaque mois. Il est vrai que le “peuple” leur préférait encore les coureurs cyclistes.

André Carrus- photo D.R.

Un âge d’or

Très rapidement, le tiercé frappait les esprits au point de devenir un événement populaire hebdomadaire. Il passionnait, faisait rêver, réunissait les parieurs au café au moment de poinçonner les tickets et rassemblait les téléspectateurs, encore peu nombreux, au moment du dénouement. Dans la dernière ligne droite de Longchamp, Vincennes, Auteuil ou Enghien, les nerfs des Français étaient soumis à rude épreuve. Et Georges de Caunes, d’abord, puis Léon Zitrone pouvaient se laisser aller à des commentaires imagés, en relatant les exploits de Jamin ou de Roquépine, de Ribot ou de Sea Bird, de Sassafras ou de Bellino II. Les années 60 et 70, au beau milieu des « trente glorieuses », allaient marquer l’âge d’or du tiercé.

Toujours plus

Devenu une véritable institution nationale, comme la baguette de pain, le jeu ne manquait pas de donner des idées aux successeurs d’André Carrus. Puisque la formule plaisait, pourquoi ne pas l’étendre puis la multiplier ? Bientôt vint l’événement du samedi, suivi par celui du jeudi. Et le mardi ne tarda plus. Au tiercé vint s’adjoindre le quarté, précurseur de l’actuel quinté, conçu pour concurrencer le loto. Et, inévitablement, le PMU céda à la tentation de lancer l’événement quotidien. Comme en toutes choses, l’abondance d’occasions et la course sans fin à l’argent dénatura l’esprit originel du tiercé… Un Noël célébré tous les jours ferait-il encore saliver les enfants ? Aujourd’hui, les courses se déroulent matin, midi et soir et l’on peut parier à tout instant depuis son ordinateur. Les formules de pari, aussi, se sont multipliées à l’infini. Les PUM-cafés, lieux de partage, se font rares, on joue plus volontiers depuis sa tablette ou son ordinateur, sans plus de plaisir que l’on gratte un “morpion” ou un “illiko “de la Française des Jeux. Dans le même temps, plus aucune télévision généraliste ne diffuse la moindre image de ce qui fut le passe-temps préféré des Français et le quinté du jour se déroule dans une quasi- indifférence générale. Il ne reste que les passionnés irréductibles, les véritables turfistes, pour hanter encore les pelouses des hippodromes. Preuve que l’on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre.

 

 

À propos de l'auteur

Marc François

Marc François

A débuté le métier de journaliste parallèlement sur une radio libre et en presse écrite dans les années 80. Correspondant de plusieurs médias nationaux, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Info Magazine (Clermont, Limoges, Allier) pendant 9 ans, il a présidé le Club de la Presse Clermont-Auvergne entre 2009 et 2013. Il est l’initiateur de 7 Jours à Clermont.

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