Après la tenue de la 40e édition de son festival, Vidéoformes se poursuit jusqu’au 30 mars 2025 avec une série d’expositions d’arts hybrides et numériques dans différents lieux de Clermont. 40, un nombre symbolique qui offre l’occasion de donner la parole à Gabriel Soucheyre directeur fondateur, témoin très averti de l’évolution de l’art vidéo depuis 1986.
De nouveaux outils et un nouveau langage artistique
7 Jours à Clermont : Vidéoformes était à ses débuts un festival d’art vidéo, il est devenu festival d’arts hybrides et numérique. Pourquoi cette évolution ?
Gabriel Soucheyre : On a démarré avec un outil technologique qui était relativement récent, la vidéo, et puis on a continué à garder ce regard, cette envie de voir ce que faisaient les technologies. La vidéo elle-même a évolué très vite quand est arrivé l’ordinateur, puis Internet. Donc il y a eu évolution à la fois dans les moyens de production nouveaux et dans les moyens de diffusion nouveaux, eux aussi. Et puis YouTube et Dailymotion sont arrivés en France à l’époque. Et ces grands vecteurs de communication ont permis à des tas de gens de montrer des vidéos. Il y avait de tout, mais il y avait quand même des artistes.
Nous, notre rôle, était de trouver à la fois les artistes qui étaient en pleine maturité, voire connus, voire très connus, de les amener à Clermont ce qui n’est pas rien, mais aussi de découvrir les nouveaux venus, les nouvelles écritures, les jeunes qui sortaient des écoles, ou pas d’ailleurs, mais qui avaient une manière d’aborder ces outils et de les utiliser différemment.
7JàC : Est-ce que cela veut dire qu’entre l’expérimental d’il y a 40 ans et aujourd’hui on a atteint une forme de maturité dans cet art ?
G.S : Aujourd’hui, on voit des œuvres qui sont un peu plus ancrées dans le temps présent, ce qui permet à beaucoup d’artistes de dénoncer un certain nombre de choses et d’être finalement les témoins du temps présent. Cela serait vrai, si on oubliait que dès que la vidéo est apparue, deux combats, deux directions ont été suivis. Tout d’abord, une direction esthétique, la vidéo comme un outil pour faire de la peinture ou du son par exemple, ensuite une direction plus politique avec des combats sociaux et sociétaux. On a tendance à opposer le réel et l’artistique, alors que souvent c’est deux facettes d’une même réalité.
7JàC : Comment, le public a-t-il évolué durant 4 décennies ?
G.S : Aujourd’hui le public est beaucoup plus large. Un public, ça se cultive. Les premières années, il y avait un peu de sidération, de découverte… les gens qui venaient avaient déjà un doigt dans cette technologie. Mais petit à petit, en travaillant notamment avec les enfants des écoles, collèges, lycées, puis en donnant un repère tous les ans, on a constitué un public relativement élevé. Quand on compare notre bassin de population et le taux de visiteurs qui viennent sur nos expositions et autres événements ce n’est pas rien. Entre 8 et 10 000 par an. Comparé à d’autres événements de même type, dans d’autres métropoles bien plus grandes, on a un ratio qui est extrêmement positif. Je pense que notre public est désormais très cultivé puisque chaque année, on accompagne des groupes et on discute avec ces personnes.
7JàC : Avez-vous identifié une typologie particulière ?
G.S : C’est très intergénérationnel. Ça va des étudiants qui viennent parce qu’ils sont curieux, à des gens qui sont retraités de fraîche date et qui ont envie de découvrir de nouvelles choses et qui posent beaucoup de questions. Nous, on s’efforce d’avoir les réponses. On fait des gros efforts de médiation. On produit beaucoup de documents qui sont à la portée du public pour qu’ils puissent justement passer ce premier pas qui est de pousser la porte et d’entrer. Une fois qu’on a fait ce geste là, on est déjà dedans.
Des pièces où il n’y a pas de vidéo
7 Jours à Clermont : Finalement, Vidéoforme a été témoin d’un phénomène d’effacement des frontières entre les différents arts ?
Gabriel Soucheyre : Oui c’est pour cela que l’on emploi le mot hybride depuis quelques saisons, car les frontières ont fini par s’effacer. On a adopté cette terminologie pour plus de clarté vis à vis de ce que l’on propose. Il y a toujours de la vidéo mais l’ensemble est de plus en plus hybride. Il y a des pièces, par exemple, au Jardin du Muséum d’Histoire Naturelle, où il n’y a pas du tout de vidéo, il n’y a même pas d’image. Il y a aussi des pièces dans les arrêts de tram du centre-ville en réalité augmentée, des belles fresques qu’on pourrait voir sur des murs mais là elles sont là pour un temps éphémère. Cette année, on a voulu souligner notre engagement parce que ce n’est pas un travail qu’on fait de manière banale. On doit être engagé et surtout souligner l’engagement des artistes, que ce soit sur des recherches esthétiques ou sur des combats importants comme la place des femmes dans notre société, notre rapport à la nature, notre rapport à l’artificiel.
7JàC : Sur 40 années de festival, avez-vous été étonné par des choses, surpris par le travail des artistes, leur créativité et leur manière de faire ?
G.S : Tout au long de ces années, je me suis construit en même temps que ce festival. Je suis très curieux, je vais vers les autres et j’essaie de comprendre même si je ne comprends pas… j’insiste, j’insiste et quand je sens qu’il y a quelque chose, je me dis il faut le présenter. J’ai procédé ainsi sur les 40 éditions. Ce qui est le plus intéressant finalement quand on fait une proposition, c’est de voir la réaction du public comment, il rentre dedans et comment il se raconte à lui-même des propositions. Si on a la chance de pouvoir échanger avec le public et que ce n’est pas la même histoire que celle que l’on a voulu raconter, ça devient formidable.
Une reconnaissance internationale
7 Jours à Clermont : Vidéoformes, est aussi une structure qui, tout au long de l’année, sort de Clermont et montre que son festival compte dans le monde international des arts.
Gabriel Soucheyre : On est membre fondateur, et toujours administrateur, d’un réseau national des manifestations et structures en France. On est aussi inscrit, dans la plupart des réseaux européens et internationaux. On travaille beaucoup en ce moment avec l’Extrême-Orient, la Corée, le Japon, peut-être Taïwan dans l’avenir. On a rencontré des gens avec qui partager notre expertise, nos productions et nos coups de cœur. Je crois qu’on a été présents sur les cinq continents.
7JàC : Est-ce que Clermont est une ville qui a compris ce qu’est Vidéoformes ?
G. S : Clermont est finalement une ville qui a compris ce que c’était que le festival et qui le digère de mieux en mieux chaque année. Je pense qu’on est certainement un petit poil à gratter dans la culture, parce qu’on est souvent là où nous attend pas. Mais encore une fois, il y a une force et une curiosité très forte qui nous anime, qui fait partie de notre ADN. Oui, je pense qu’on est écouté. On reçoit même des propositions maintenant, de gens sur l’agglomération pour aller exposer chez eux. Donc c’est bon signe.
Pour découvrir les expositions et les lieux de présentation, rendez-vous sur le site web de Vidéoformes.
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