Chaque année, pour clôturer la saison, la FFR, Fédération Française de Rugby réunit en congrès, l’ensemble des dirigeants de clubs. Cette année, l’événement se déroule à Clermont.
À l’occasion de ce congrès, le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, Fabrice Pannekoucke est venu en Auvergne pour signer avec Florian Grill, président de la Fédération et Thierry Tonnelier, président de la Ligue Auvergne-Rhône-Alpes de Rugby, un partenariat pour développer les antennes de clubs chargé de délocaliser des séances hebdomadaires de proximité.
Florian Grill souhaite que les valeurs du rugby infusent sur tout le territoire mais comparé au foot qui annonce 12 000 clubs dans l’hexagone, le rugby n’en a que 2 000. Il faut donc permettre à ces clubs de jouer un rôle de relai sur des territoires non touchés par l’Ovalie.
“On ne fait pas des plans sur la comète”
7 Jours à Clermont : comment cette idée des antennes est-elle venue ?
Florian Grill : On s’est aperçu que si il y avait plus de rugby dans la société, elle se porterait mieux. Le rugby porte des valeurs utiles à commencer par le respect. Mais aujourd’hui, l’un des freins au développement du rugby, 2e sport en France dans les médias, mais seulement 9e en nombre de licenciés, est le manque de maillage. Il y a des gens qui ne font pas de rugby, non pas parce qu’ils n’en n’ont pas envie, mais parce qu’ils n’ont pas de solution de proximité.
7JàC : Comment ce projet va-t-il se matérialiser ?
F.G : Notre idée est de partir des 2 000 clubs existants et de proposer à certain d’entres eux, de devenir antenne à 15 minutes -10 km, sur un terrain de foot où on pourra proposer de faire une école de rugby, car on a pas besoin de poteaux et de faire du rugby à 5, un rugby sans choc, sans placage sur des demi-terrains sans poteaux non plus. On voudrait créer à peu près 200 antennes en France.
7JàC : En accompagnant le programme antenne, la Région monte donc en première ligne
F.G : La Région Auvergne-Rhône-Alpes qui est la première a signer ce plan qui va accompagner la création de 30 antennes sur l’ensemble du territoire Auvergne-Rhône-Alpes, sachant que l’on part d’un socle d’une dizaine, de manière à offrir plus de solutions de rugby de proximité et qu’il y ait plus de monde qui pratique le rugby de proximité, en bénéficiant des valeurs de ce sport.
Pour Florian Grill, l’enjeu est plus sociétal que sportif
7JàC : Le président Pannekoucke signe aujourd’hui avec la fédération et la Ligue une aide financière de 10 000 euros par an sur 3 ans. Comparé à certain grands projets de la Région, on pouvait imaginer quelque chose de plus ambitieux.
F.G : Une antenne, coûte 6 000 euros avec les frais de création et de fonctionnement. La région va soutenir à auteur de 50%, 3 000 euros pour l’année de création. Parfois il faut des projets simples, il faut du bon sens terrien. Je suis un grand amateur du local, le rugby est un sport très ancré, plutôt que des plans qui racontent beaucoup de choses, j’aime bien les choses très concrètes. On est en hyper proximité avec les clubs et on connaît ce dont ils ont besoin. On ne fait pas des plans sur la comète, on se dit des choses simples, on cherche des solutions qui correspondent aux besoins des clubs locaux.
7 Jours à Clermont : La Région AuRA est-elle la seule région à vous accompagner ?
Florian Grill : La Région Auvergne-Rhône-Alpes est la première à signer ce plan antenne. Elle est totalement précurseur. On a commencé à travailler avec d’autres régions. La Nouvelle Aquitaine et l’île de France sont très intéressées par le concept parce que tout le monde comprend bien que le développement du rugby apporte quelque chose à la société. Il suffit de regarder les comportements et des supporters et des joueurs pendant les matchs… cela se passe relativement bien et tout le monde comprend bien l’enjeu qu’il y a derrière. L’enjeu est plus sociétal que purement sportif.
7JàC : L’Auvergne est déjà une terre de rugby, est-il est nécessaire d’y faire ce travail de proximité ?
F.G : Oui bien sûr. On le dit… à 15 minutes près on divise par trois le nombre de licenciés. Il y a des zones d’ombre. On les a identifiées grâce à une étude de géolocalisation des licenciés. On repère des communes où il y a un potentiel de population et où il n’y a pas de club de rugby de proximité et donc on identifie ensuite des terrains de foot et on obtient des créneaux sur ce terrain. Un créneau par semaine nous suffit. C’est vraiment très simple, même en Auvergne, il y a des potentiels de développement, effectivement dans des zones un peu plus rurales où il y une envie de rugby très forte mais pas la solution de proximité.
7JàC : Cisterne-La-Forêt et ses 250 licenciés pour 500 habitants fait donc figure d’exception…
F.G : C’est exceptionnel ce qu’il font. Mais là, il y a des ancrages locaux qui sont fabuleux parce que tout le monde a bien compris ce qu’est le rugby. On est un sport né à l’école, inventé pour des valeurs pédagogiques, on a l’éducation dans notre ADN et on a un sport qui véhicule des valeurs de convivialité qui sont incroyables. Je ressent dans le pays, à Cisterne comme ailleurs, une envie de rugby qui est phénoménale. Les gens ont envie de rugby parce que dans une société qui est très dure qui est très fragmentée, où il y a pas mal de violence, finalement, le rugby apporte un supplément d’âme, quelque chose dont les gens ont envie et besoin. Ils nous le disent, ils viennent massivement voir les matchs de l’Équipe de France masculine, féminine aussi, on rempli les stades, les moins de 20 ans, les matchs Top 14 et Pro D2 sont pleins… les gens ont envie de ce que peut apporter le rugby à la société, à la fois pour eux, pour leurs familles, pour leurs enfants, on a une capacité de faire nation avec le rugby.
7JàC : Finalement le rugby dont les origines remontent à la fin du XIXe siècle est un sport inscrit dans la modernité d’une société toujours plus inclusive.
F.G : On a une délégation de service public, les mots ont du sens. Bien sûr qu’on fait du sportif, mais on fait aussi de l’éducatif et du citoyen. Le citoyen, c’est le rugby santé pour les femmes qui ont eu un cancer du sein parce que faire des passes fait travailler le haut du corps, c’est le rugby adapté pour des gamins ou des adultes en situation de handicap, c’est l’action dans les QPV, Quartiers Prioritaires de la Ville. Sur 2000 club en France, 271 agissent dans les quartiers prioritaires où l’on a un pourcentage de filles beaucoup plus important que la moyenne nationale, puisqu’elles s’approprient la discipline et se construisent une identité grâce au rugby. Sur les 271 clubs, il y en a plus de 60 qui ont un salarié dédié pour faire du “rugby pied d’immeuble”. Donc, je pense que le rugby est un acteur de citoyenneté et il aide à transformer la vie des gens. J’ai ma petite formule “Au rugby on ne transforme pas que les essais, on transforme les personnes”.














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