Accueil » Patrimoine » Gustave Eiffel en Auvergne : des viaducs avant la Tour
Gustave Eiffel / Photo Nadar, domaine public
Gustave Eiffel / Photo Nadar, domaine public
Histoire Patrimoine

Gustave Eiffel en Auvergne : des viaducs avant la Tour

Il y a tout juste un siècle, disparaissait Gustave Eiffel. Avant la construction de la célèbre tour, c'est en Auvergne que l'entreprise Eiffel & Cie décrocha ses premiers chantiers.

Cette dernière semaine du mois de décembre 2023 marque le centenaire de la disparition de Gustave Eiffel. Né à Dijon en 1832 sous le patronyme Bonickhausen, Gustave avait ajouté Eiffel à son nom, en souvenir de ses aïeuls originaires d’une petite ville de l’Eifel en Allemagne, arrivés en France au XVIIIe siècle. Après la Guerre de 1870 contre la Prusse, il réussit à se débarrasser de ce nom à consonance germanique, qui aurait sans doute nui à son image. On imagine mal aujourd’hui, et encore plus à l’époque, appeler le symbole de Paris et de la France la « Tour Bonickhausen ». Mais avant de construire l’ossature de la Statue de la Liberté et la Tour pour l’Exposition universelle de 1889, le célèbre ingénieur signa de nombreux ponts et viaducs dont plusieurs en Auvergne, à l’époque du développement du chemin de fer. Ce centenaire permet de remettre en lumière un patrimoine assez proche de Clermont.

Rouzat et Neuvial deux viaducs à 50 km de Clermont

En 1863, la Compagnie de chemin de fer Paris-Orléans se voit attribuer la concession de la ligne reliant Commentry à Gannat. Le tronçon de 52 km se situe dans une zone géographique tourmentée où coule notamment la Sioule célèbre pour ses gorges. Cette ligne nécessite la création d’ouvrages d’art : au total  1 133 mètres de tunnel et sept viaducs doivent être créés. Cinq des sept viaducs, dont quatre dans ce qui est aujourd’hui le Val de Sioule, seront construits, sous l’autorité de Wilhelm Nordling, ingénieur en chef de la compagnie, un allemand formé en France à l’École Polytechnique et celle des Ponts et Chaussées. L’entreprise Cail & Fives de Lille est retenue pour construire les viaducs de la Bouble et du Bélon, alors que ceux de Rouzat et de Neuvial sont confiés à une toute jeune entreprise, crée quelques mois auparavant : Eiffel & Cie. La construction du viaduc de Rouzat est le premier chantier de l’entreprise créée par l’ingénieur spécialiste de la construction métallique*. Érigé en 1869, sa longueur totale est de 180 mètres dont 130 mètres de tablier métallique, pour une hauteur maximale de 60 mètres avec deux piliers qui s’appuient au fond de la vallée. La rapidité du chantier permet de lancer, la même année, la construction du second viaduc, celui de Neuvial d’une longueur de 160 mètres pour une hauteur de 44 mètres. Ces deux viaducs impressionnants sont encore relativement classiques dans leur conception puisque Gustave Eiffel n’ a pas encore recours au principe de l’arche. Ces deux édifices remarquables ont été inscrits sur la listes des monuments historiques en

Viaduc Eiffel de Rouzat. Photo X
Viaduc Eiffel de Rouzat. Photo X

Sa majesté Garabit

Une dizaine d’années plus tard, Gastave Eiffel retrouve l’Auvergne avec ce qui va être un chantier superlatif et précurseur d’une ingénierie qui permettra la construction de La Dame de Fer. L’ingénieur des ponts et chaussées Léon Boyer, travaille sur la Ligne ferroviaire des Causses, entre Bézier et Neussargue. Il confie à Gustave Eiffel et sa société, la finalisation et la réalisation  d’un viaduc qui doit franchir la spectaculaire vallée de la Truyère. Le chantier de construction ouvre début 1880 et se termine en septembre 1884. Le concessionnaire de la ligne, la Compagnie des chemins de fer du Midi et du Canal latéral à la Garonne, fait circuler ses premiers trains en 1888 sur la voie unique. L’ouvrage de 565 mètres est ambitieux et son arche spectaculaire, lui permet de culminer à 122 mètres au dessus du lit de la rivière, revendiquant à l’époque, le titre de plus haut viaduc du monde. Inscrit sur la liste des Monuments Historiques en 1965, il est classé Monument Historique en 2017. Le viaduc est situé à 110 km au sud de Clermont. On peut admirer ce chef d’oeuvre de l’horizontalité depuis un belvédère aménagé sur l’A75, mais le mieux est de se rendre à son pied, en empruntant l’ancienne N9.

La question du cinéma clermontois Le Paris

Avant qu’il ne soit détruit pour laisser place à l’ensemble appelé Carré Jaude 2, le cinéma Le Paris a alimenté pas mal de discussions et de fantasmes à propos de sa structure. Construit en 1891 en lieu et place d’un théâtre, l’Eden-Théâtre-Concert, qui était un music-hall avant de devenir un cinéma (Le Rialto puis Le Paris), était une construction à ossature métallique comme on en construisant beaucoup à l’époque. Elle avait permis aux constructeurs de ne pas avoir recours à des fondations profondes pour ancrer le bâtiment dans un sol gorgé d’eau. Il se dit que cette structure aurait été réalisée par l’entreprise Eiffel. Mais faute de preuves tangibles, cette hypothèse ne put jamais être validée. L’ossature étant noyée dans la maçonnerie aucune trace ou signature du constructeur n’était visible.  Lorsque les pelleteuses débutèrent le travail de démolition en 2007, les poutres réapparurent mais quittèrent bien vite du chantier. La question d’une paternité Eiffel resta définitivement sans réponse.

* La construction du  pont ferroviaire Saint-Jean à Bordeaux en 1850/1860 s’est déroulé sous la direction de Paul Régnauld en tant qu’ingénieur en chef, Gustave Eiffel n’étant à l’époque « qu’un jeune collaborateur ».

À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

Commenter

Cliquez ici pour commenter

Sponsorisé

Les infos dans votre boite

Sponsorisé