Vers un ciel calme et fort, de lumière comblé
Jaillissent du vieux sol, comme autant de prières,
Et le mont, et les tours, et les formes altières
Qui font l’orgueil de la Cité.
Voici le premier couplet de l’hymne que les enfants inscrits dans les écoles Michelin se devaient de connaître par cœur. Il faisait écho à un blason, pour le moins symbolique, sur lequel figurait en son sommet, une « Étoile qui guide les Hommes » surplombant le puy de Dôme (sans son antenne TV), les flèches de la Cathédrale et les toitures et cheminées stylisées de l’usine Cataroux.
L’histoire des écoles Michelin a débuté en 1912 et a pris fin en 1967 avec un transfert vers l’Éducation nationale. Depuis, elles ont pratiquement disparu de la mémoire collective alors qu’elles ont accueilli des milliers d’élèves, un demi siècle durant.
Pierre Gabriel Gonzalez a eu l’opportunité de s’emparer du sujet et vient de publier Les écoles Michelin (1912-1967) vers une reconnaissance, son 8e ouvrage consacré à l’entreprise clermontoise, qu’il cosigne avec des anciens des écoles.
Des archives dans la succession d’un brocanteur
7JàC : Quelles est la genèse de cet ouvrage ?
P.G. G : Un jour, Alain Courtadon, le commissaire priseur, me dit que dans la succession d’un brocanteur on a retrouvé les archives qui semblent être celles des écoles Michelin. En fait, c’était les archives de l’ancien grand inspecteur des écoles, le dernier des inspecteurs. Elles ont été vendues aux enchères et c’est le Patrimoine Michelin qui les a acheté et qui m’a permis de les consulter.
7JàC : Cela suffisait pour rédiger l’ouvrage ?
P.G. G : Non. À partir de là, j’ai mis en place une conférence qui a eu lieu en 2022 à la Bibliothèque du patrimoine de Clermont. On attendait 60 personnes et il y en a eu 200. Je n’ai pratiquement pas pu prendre la parole… c’était les anciens, de la tranche d’âge 65/75 qui parlaient. Leurs témoignages m’ont donné envie de faire ce livre, c’était merveilleux.
7JàC : Finalement cette rencontre était du collectage.
P.G. G : Oui, cela a permis de retrouver un peu l’ambiance, les méthodes parce qu’il y a l’histoire officielle et la vie au quotidien avec des anecdotes souvent savoureuses, parfois émouvantes. Ce qui m’a beaucoup marqué, c’est l’humain c’est l’attention qu’avaient les professeurs et aussi les instituteurs vis à vis des élèves et de chaque personnalité. C’était quelque chose qui n’était pas si courant dans les années 60.
7JàC : Vous voulez dire que l’accompagnement des enfants pouvait parfois personnalisé ?
P.G. G : Oui, mais il y avait, malgré tout, les bons points… À côté de Billom, il y avait deux écoles qui recueillaient d’une certaine manière, les enfants dont les parents avaient eu des accidents de la vie, décès, divorces, accidents et certains enfants ont fait 5, 6 voire 7 ans dans ces écoles. Ils étaient pris en charge complètement.
Savoir lire et écrire pour se servir des machines-outils
7JàC : Qu’est ce qui a poussé Michelin à créer les écoles ?
P.G. G : Les écoles sont nées du fait, repéré par les frères Michelin, que les machines, pour fabriquer les pneus, étaient de plus en plus complexes et qu’il fallait qu’ils donnent une instruction à leurs ouvriers pour qu’ils puissent lire, écrite et compter. Çà a l’air bête mais c’était important pour qu’ils puissent se servir des premières machines-outils. En 1926, à l’école Charras, il y a eu la création du premier laboratoire de chimie et de physique. Les enfants en faisaient dès la 6e. L’enseignement était très pratique et très technique. Côté rue du Nord, que l’on appelle aujourd’hui Henri Barbusse, on retrouvait les jeunes filles. Pour elles, c’était souvent le secrétariat, les arts ménagers. La formation était tournée vers le technique pour avoir de bons ouvriers, c’était cela à l’origine mais après cela a bien évolué.
7JàC : Les classes étaient-elles les mêmes que celles de l’Éducation nationale ?
P.G. G : Oui tout à fait, d’ailleurs les examens préparés étaient ceux de l’Éducation nationale. Il y avait le « Certif », le BEPC mais entre le CM2 et la 6e, pour ceux pour qui c’était nécessaire, il y avait une sorte de cours intermédiaire qui permettait de les mettre à niveau avant leur passage en 6e. Il y avait donc cette attention de remise à niveau pour chaque élève afin qu’il puisse se rattraper.
7JàC : Quel était l’esprit dans les écoles ?
P. G . G : Les cahiers de classe que j’ai pu voir étaient révélateur d’une certaine discipline. Il n’y avait pas de cahier de brouillon, il y avait des cahiers préparatoires, car l’idée était de faire du bon, du premier coups. Il s’agissait de ne pas perdre de temps ou de la matière, comme dans les usines, les rebuts coûtent cher.
7JàC : On a reproché à l’entreprise Michelin d’être parfois trop paternaliste, trop catholique, trop familiale. Les écoles contribuaient-elle a faire entrer les écoliers dans ce moule ?
P. G. G : Oui elles y ont contribué ; il y avait la prière le matin. Mais il y a eu une évolution que j’ai pu repérer sur les carnets de notes que l’on m’a confié. La messe était obligatoire jusque dans les années 55/60, elle devient facultative et petit à petit, elle disparaît complètement. Lorsque les parents ne souhaitaient pas que leurs enfants suivent l’éducation religieuse, ils pouvaient les inscrire à des leçons de morale.
« Nous ne laisseront personne sur le bord du chemin »
7JàC : Les anciens élèves gardent-ils de bons souvenirs des écoles Michelin ?
P.G. G : Oui les anciens ont gardé un très bon souvenir. Ceux qui n’en ont pas gardé l’on exprimé, ce livre n’est pas une hagiographie. Il s’agissait de retranscrire un certain nombre de témoignages qui étaient disons… mesurés. Mais il y avait un esprit dans les écoles qui se prolongeait l’été dans les colonies puisqu’elles étaient gérées par l’entreprise ou tout du moins par ce que l’on appelait les « Patronages ». Pour l’anecdote, les professeurs étaient tenus de donner 20 jours par contrats. Il y avait donc une grande discipline.
7JàC : Ce livre est-il le tout premier consacré aux écoles Michelin à être publié ?
P. G . G : Oui. Dans mon ouvrage sur les deux frères André et Édouard, j’en avais parlé en 10 lignes. Là, il y a 108 pages avec une préface de Pierre Michelin.
La famille Michelin, à mon sens les connaît très mal. Je pense que de nombreux membres de la famille vont découvrir les écoles au travers de cet ouvrage.
En fait, les écoles et l’entreprise fonctionnaient en parallèle. Il n’y avait pas de relation en dehors bien sur de la finance. Cependant en 1967 lors du transfert à l’Education nationale, François François Michelin a convoqué tout le monde et a annoncé « Nous ne laisseront personne sur le bord du chemin ».
En 1967, dernière année des écoles Michelin, on dénombrait 6 000 élèves, 400 professeurs et personnels pour l’administration et le technique, 200 classes et 10 écoles : les maternelles, les primaires, deux CEG devenus CES et « La Mission », l’école professionnelle. Les écoles coûtaient un Milliard de Francs à l’entreprise.
Pierre Gabriel Gonzalez sera présent jeudi 2 octobre de 10h à 17h en non stop à L’Aventure Michelin, 32 rue du Clos Fours pour la sortie officielle de l’ouvrage avec une traditionnelle séance de dédicaces.
Les écoles Michelin (1912-1967) vers une reconnaissance, éditions Piergé









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