Les thermes de Royat viennent de refermer leur saison 2025, en annonçant une perte de 600 curistes par rapport à l’année précédente. Cette saison était la première sans le groupe Valvital. Le « divorce » a fait perdre un peu de dynamique commerciale en début d’année, mais l’urgence d’organisation n’explique pas, à elle seule, la baisse de fréquentation. Le pouvoir d’achat et les difficultés de circulation automobile dans la métropole clermontoise ont aussi leur part, la moitié des curistes étant des résidents locaux.
Dominique Ferrandon, directeur des thermes et de Royatonic garde, malgré tout, son optimisme tout en travaillant sur des projets d’évolution des thermes. La rupture de contrat ValVital ne remet pas en cause de futur travaux de modernisation des équipements.
En revanche l’annonce par le Gouvernement d’une éventuelle baisse de la prise en charge des cures inquiète le monde du thermalisme.
Royat un peu plus impactée que les autres station, par la baisse de fréquentation
7 Jours à Clermont : Quel bilan avez vous tiré de cette saison 2025 ?
Dominique Ferrandon : Un bilan en demi-teinte : 5 120 curistes, 5 700 l’année dernière. Plusieurs phénomènes expliquent cette baisse de fréquentation. L’année a été préparée dans l’urgence du fait de la rupture du contrat de ValVital, un début de saison un peu compliqué et puis un marché un peu atone. Dans toutes les stations thermales d’Auvergne, très peu annoncent des fréquentation en positif.
7JàC : Est-ce que la station de Royat est particulièrement touchée par rapport aux autres stations ?
D. F : Un peu plus que les autres. Aujourd’hui, on annonce plutôt -6% sur le marché au niveau national, mais les stations d’Auvergne s’en sortent plutôt pas mal avec -1, -2, quelques stations retrouvent une fréquentation à l’équilibre. Royat fait un peu plus de 10%, c’est pas très bon.
7JàC : Quel a été l’impact de la rupture du contrat ValVital ?
D. F : Il y a eu une bonne décision et trois constats. La bonne décision a été prise par le maire, Marcel Aledo. Il a arrêté ce contrat qui visiblement ne pouvait pas aller au bout. Durant 3 ans, ValVital a exploité, on a gagné de l’argent, on a pas fait de travaux. Donc, il a eu raison de mettre fin au contrat. Les trois constats c’est que Bernard Riac et le groupe ValVital ne tiennent pas parole. Durant 3 ans, ils ont promis des travaux, il se sont engagés sur des montants sur des projets et cela ne s’est jamais fait. Le second constat c’est qu’il ne paie pas ses dettes, il nous doit aujourd’hui, un peu plus de 1,7 millions d’euros, d’argent perçu sur l’exploitation et qu’il ne nous rend pas. Le troisième constat c’est qu’au bout de 3 ans, les thermes de Royat ne vont pas mieux qu’avant. Pour moi, l’effet ValVital n’a pas eu d’impact, ni sur la fréquentation ni sur l’amélioration des conditions d’accueil des curistes. Donc un triple constat, très négatif.
7JàC : Néanmoins, votre spécificité est d’avoir Royatonic dans votre giron…
D. F : Oui, le modèle économique de Royat est plutôt rassurant puisque 50% de notre chiffre d’affaire est hors fréquentation purement thermale et sécurité sociale. Dans le contexte actuel c’est plutôt une source, ou la seule source, de satisfaction qui nous permet d’être un peu rassurés.
7JàC : Malgré tout, vous annoncez une très légère perte sur Royatonic.
D. F : On fait généralement 185 à 190 000 visiteurs par an. Cette année, on devrait être autour ses 185 000, (187 000 en 2024) à la marge. Une journée à Royatonic c’est 600 à 700 clients, quand on a 3 000 clients de moins ce n’est pas dramatique et cela s’explique en partie par quelques difficultés d’accès depuis le centre de Clermont.
Déremboursement : la mauvaise idée, selon Dominique Ferrandon
7 Jours à Clermont : Pour 2026 vous êtes en attente de la décision gouvernementale liée au déremboursement des cures. Une mauvaise chose pour vous ?
Dominique Ferrandon : C’est à mon avis une erreur à trois titres. D’abord médicale, car on va sortir des gens qui aujourd’hui se soignent avec une médecine thermale efficace ce qui leur permet de baisser leur consommation de médicaments. On va faire 200 millions d’économie sur les cures thermales à peu près, mais je ne sais pas combien les curistes vont dépenser parce qu’ils ne feront plus de cure. Médicalement ce n’est pas très pertinent.
Économiquement, ce n’est pas pertinent du tout parce qu’on va mettre à mal 110 établissements en France qui emploient du personnel. Ici à Royat j’ai une centaine d’emplois directement liés à l’activité thermale, si demain j’ai 80% de clients en moins, j’aurai 80% de salariés en moins. La troisième raison qui pousse à dire qu’il ne faut pas faire cela, c’est que 85% des stations se trouvent dans des communes de moins de 5 000 habitants, ce qui n’est pas vrai à Royat, mais ici je dois être le plus gros employeur. Des stations sont non seulement le plus gros mais le seul. On va retrouver des territoires thermaux qui deviendront des friches. Regardez Saint-Nectaire, imaginez demain Chateauneuf-les-Bains ou Saint-Honoré-les-Bains.
7JàC : Malgré tout, vous préparez 2026 en gardant un peu d’espoir.
D. F : Il n’y a pas de fatalité non plus, il ne faut pas baisser les bras. Et puis on a engagé ce projet de travaux et de réhabilitation de Royatonic et des thermes et je pense que ça, il ne faut pas l’arrêter. Pour Royatonic, il faut maintenir le projet initié depuis 3 ou 4 ans et sur les thermes il ne faut surtout pas arrêter car cela voudrait dire que l’on admet que ce secteur là n’a pas d’avenir. Il faut, par contre, qu’on le redimensionne, qu’on le réadapte aux besoins ou qu’on le réoriente en fonction des fameuses décisions gouvernementales. Mais il ne faut surtout pas arrêter.
7JàC : Comment travaillez vous sur le budget ?
D. F : On a deux options. On fait comme si rien ne se passait de dramatique dans la prise en charge, et du coup on aura juste à réajuster selon les modulations de prise en charge, et la seconde version, sur laquelle je me refuse de réfléchir aujourd’hui, c’est une version un peu plus stress en se disant « déremboursement de 15% » , quelle hypothèse on prend en terme de fréquentation et quelles conséquences en terme social ?
La saison thermale 2026 débutera le 13 avril et se refermera le 7 novembre. À ce jour 1 500 réservations ont été déjà été enregistrées.
Les subventions de 6 Millions d’euros sont toujours en cours de validité ce qui va permettre d’engager les travaux de Royatonic notamment sur l’accueil et les vestiaires, et les 22 Millions d’investissement prévus pour l’évolution des thermes reste à l’ordre du jour, mais la question reste celle de la réduction éventuelle de la capacité d’accueil. Dominique Ferrandon annonce également l’arrivée, pour la saison 2027, de la phlébologie dans les soins thermaux.












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