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Vincent Lallemand et le Cherokee Chief Hydrogène / Photo 7 Jours à Clermont
Vincent Lallemand et le Cherokee Chief Hydrogène / Photo 7 Jours à Clermont
Innovation

Vincent Lallemand de Solution F : un 2e cycle de vie pour le moteur à combustion

En 2022, lors d'une visite dans les nouveaux locaux de GCK à Lempdes, Eric Boudot actuel président, avait dit au ministre de l'industrie "n'enterrez pas les moteurs à pistons trop vite". Aujourd'hui Solution F, filiale GCK, présente des véhicules qui roulent avec de gros V8 gavés d'hydrogène.

À l’occasion de ses Tech’days, GCK avait récemment regroupé sur le circuit de Charade dont il assure la gestion, des représentant de ses filiales et des professionnels de la mobilité. Le groupe qui s’est spécialisé dans la décarbonation des transports présentait sur le paddock, quelques productions sorties de ses ateliers auvergnats : un bus et une dameuse pour station de ski à moteurs électriques alimentés par une pile à combustible, des voitures urbaines rétrofitées avec un kit autorisant des parcours 100% électrique en ville pour échapper aux ZFE, différents véhicules de compétition propres et deux voitures équipées de moteur « classique » à piston, fonctionnant à l’hydrogène : la Foenix, une GT de compétition et le fameux Jeep Cherokee Chief de 1976 qui avait fait sensation lors du salon CES de Las Végas en janvier dernier. Ces deux véhicules méritent une attention particulière car leur motorisation répond aux injonctions de la décarbonation tout conservant les caractéristiques des moteurs à « combustion interne ».  In fine, cela remet sérieusement en cause la fin annoncée des moteurs thermiques, n’en déplaise aux grands constructeurs généralistes qui se sont tous engouffrés dans la brèche.
La Foenix et la Jeep bénéficient de moteurs préparés par une filiale GCK du sud de la France, Solution F, dont Vincent Lallemand est le directeur général délégué

On a eu beaucoup de succès en présentant notre moteur aux États-Unis

7 Jours à Clermont : Vous confirmez que le moteur à pistons n’est pas mort ?
Vincent Lallemand : Tout à fait, on pense même que le moteur à combustion va entrer dans un deuxième cycle de vie. On voit qu’aujourd’hui l’électrique rend des services mais sur des usages hyper urbains. Il y a une plage de puissance sur certains applicatifs type le ferroviaire, le nautique et tous les applicatifs au dessus de 250 cv de puissance moyenne pour lesquels le moteur à combustion a une raison d’être.

7JàC : Que faut-il faire pour convertir un moteur ?
V. L : On part d’un moteur essence ou diesel et le but du jeu est de garder le maximum de cette base moteur existante, puisque c’est un produit de série peu onéreux, et de venir à minima, faire les modifications nécessaires pour qu’il tourne à l’hydrogène. Chez Solution F, on travaille principalement sur les injecteurs, le refroidissement du haut moteur puisque la partie basse est souvent compatible, par contre la suralimentation, turbo, l’admission d’air a besoin a besoin d’être boostée pour avoir un mélange performant à l’hydrogène. C’est sur cette partie du haut moteur que l’on a le plus de modifications à faire.

7JàC : Ce moteur est donc décarboné et présente des caractéristiques identiques à celle des moteurs classiques…
V.L : On a eu beaucoup de succès en présentant notre moteur aux États-Unis parce que les Américains sont anti-électriques et ils retrouvent les sensations. Même bruit, côté vibratoire et même comportement puisque ça accélère de la même façon. Donc on retrouve les valeurs du moteur à combustion qui auprès de certaines personnes a du succès. Dans le sport auto par voir passer 30 voitures électriques et 30 voitures qui ronronnent, ce n’est pas la même chose. Il y a donc cette adrénaline dans certains domaines où le moteur à combustion est recherché par les passionnés et en plus de cela, aujourd’hui, techniquement et économiquement, il n’y a pas de raison qu’il se différencie par rapport à un moteur traditionnel assez rapidement.

Jeep Cherokee Chief Hydrogène / Photo 7 Jours à Clermont
Jeep Cherokee Chief Hydrogène / Photo 7 Jours à Clermont

7JàC : Est-ce que la solution combustion hydrogène est plus en avance que le 100% électrique ?
V. L : Il y a une maturité de l’industrie qui permet de fabriquer des moteurs à combustion hydrogène assez facilement, alors que l’industrie de la batterie en Europe est balbutiante, la pile à combustible n’en est qu’à ses début même si des entreprises comme Symbio font de belles choses. Aujourd’hui, il y a beaucoup de facteurs qui font que le moteur à combustion et notamment à hydrogène, puisqu’il n’émet pas de CO2, peut revenir sur le devant de la scène et remettre une dynamique sur ce type de moteur.

7JàC : Solution F est une « petite » entreprise mais est ce que les géants de l’automobile travaillent aussi sur la combustion hydrogène ?
V. L : Les Japonnais, de Toyota ont mis de gros moyens sur l’hydrogène, mais c’est un peu l’OVNI automobile. Par contre beaucoup de constructeurs automobiles, notamment les français, ont mis en stand by leur programme de développement de moteurs à combustion. Aujourd’hui on a un vrai rôle à jouer puisqu’ils peuvent revenir vers nous. Ils ont perdu l’expertise, ils n’ont pas développé et on est quelques motoristes en France à continuer à croire au moteur thermique.

7JàC : Du coup vous avez un rôle à jouer auprès d’eux…
V. L : Ces constructeurs, tant mieux pour nous, reviennent parce qu’ils n’ont pas continué à faire de la veille technologique et ils se sont beaucoup trop concentrés sur le full électrique et l’hybridation. Ils n’ont pas vocation aujourd’hui à développer des technologies comme ça. S’ils veulent remettre les moyens ils peuvent très rapidement reprendre mais en accélérateur instantané, je pense que l’on peut apporter beaucoup et on est d’ailleurs sollicité par ce type de constructeurs.

Notre leitmotiv c’est « un usage, une technologie »

7JàC : solution F travaille aussi sur la créations de moteurs spécifiques ?
V.L : Tout a fait, on travaille sur ces deux axes. Sur le retrofit d’un moteur existant, on est capable de le rendre compatible à l’hydrogène, mais la meilleure solution en terme d’optimisation, c’est de créer un moteur en partant de 0, optimisé pour l’hydrogène. C’est le cas de notre client Saleen Automotive qui nous a fait confiance et qui nous a sollicité pour lui développer son propre moteur sur cahier des charges dédiés à l’hydrogène. Dans ce cas là on obtient des moteurs beaucoup plus performants puisqu’on vient travailler sur la chambre de combustion, les matériaux. L’architecture du moteur est dédiée à l’hydrogène et c’est un gage de performances que l’on est pas souvent capable d’obtenir avec un moteur existant qui restera une bonne transformation mais qui n’aura pas la capacité à aller chercher des rendements aussi élevés. Cela joue sur la réduction de la consommation et donc sur l’autonomie.

7JàC : Si on veut résumer la situation actuelle, à chaque usage, une technologie différente.
V. L : Tout à fait, nous on en est convaincu et c’est comme ça qu’on a construit le groupe GCK. On a commencé par des packs batteries pour la motorisation électrique sur petits véhicules, on a prolongé sur les piles à combustibles sur des moteurs et des véhicules intermédiaires puis sur les très fortes puissances, le motorsport, les applicatifs maritimes et ferroviaires, en fait, là où le moteur à combustion à une carte à jouer. Toutes ces technologies n’ont pas à s’opposer car elles sont complémentaires. Notre leitmotiv c’est « un usage, une technologie » et c’est une erreur de vouloir imposer une technologie unique pour tous les usages car il y a des domaines où elle ne convient pas.

7JàC : Cela veut dire que les généralistes se sont fourvoyés, poussés par les politiques ?
V.L :  Tout à fait. Je pense que la poussée politique au tout électrique avec des incitations fiscales a un peu orienté ces constructeurs et aujourd’hui ils s’en mordent les doigts. D’ailleurs il y a eu machine arrière de la part des pouvoirs publics, la preuve en est c’est qu’on a pu faire évoluer les réglementations pour être capables d’homologuer des solutions d’hybridation sur pile à combustible et de conversion de moteurs à l’hydrogène, chose qui n’était pas possible avant. Donc le législateur s’adapte, on voit qu’il y a un changement de cap et que l’on a été peut-être un peu vite en besogne voire trop extrémistes sur l’électrique.

Foenix H2 hydrogène / Photo 7 Jours  à Clermont
Foenix H2 hydrogène / Photo 7 Jours à Clermont

À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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