Voici une proposition qui peut faire « coup double » en cette période de vacances d’hiver : partir à la découverte des vieilles forêts du Puy-de-Dôme, d’abord au Muséum Lecoq pour visiter De sève et d’Écorce, se rendre, ensuite, dans l’une des forets identifiées en mode « travaux pratiques ».
Cette nouvelle exposition programmée jusqu’à l’automne, est issue d’un partenariat entre le musée clermontois et le Conservatoire d’Espaces Naturels d’Auvergne. Elle valorise l’innovant projet Sylvae qui, depuis 2018, vise à acheter de vieilles forêts pour les laisser évoluer librement, sans interventions humaines et constituer des réserves écologiques, riches de biodiversité. Charles Lemarchand, directeur adjoint du Muséum Henri Lecoq, responsable du département zoologie, a œuvré en grand passionné et professionnel, au montage de l’exposition.
7 Jours à Clermont : Qu’est ce qui caractérise une vieille forêt ?
Charles Lemarchand : Une vieille forêt, est une forêt dans laquelle on va trouver des arbres âgés, des arbres autochtones originaires de leur région, qui n’ont pas été plantés par l’homme. C’est une forêt dans laquelle il n’y aura pas eu d’exploitation depuis au moins 150 ans et c’est une forêt dans laquelle on va trouver énormément de bois mort, à la fois encore debout et au sol.
7JàC : Pourquoi est-ce important de mettre à l’honneur et de protéger les vieilles forêts ?
C. L : On les protège parce qu’elles sont de plus en plus rares. Elles ont beaucoup été défrichées et coupées au cours des siècles derniers. Mais on les protège aussi parce que ce sont des refuges de biodiversité extrêmement importants. Ce sont les dernières forêts qui ont un fonctionnement totalement naturel, où l’arbre a le temps de faire son cycle, de naître, de grandir, de mourir et d’être décomposé, d’être recyclé pour que l’histoire de la forêt recommence.
7JàC : La découverte de ces forêts est aussi une découverte de la biodiversité ?
C. L : L’idée est de caractériser ces forêts, de les protéger, mais aussi de permettre à tout le monde de les découvrir, de les arpenter, d’écouter les oiseaux, d’observer les mammifères, les plantes et les arbres bien sûr et d’observer comment ces milieux évoluent, à la fois naturellement et sous l’action de l’homme même si on essaie de la rendre la plus limitée possible, c’est la libre évolution. Mais ces forêts sont aussi soumises à l’évolution du climat qui est de plus en plus forte et rapide. L’idée c’est donc aussi de voir comment elles vont réagir au changement climatique.
7JàC : Y a-t-il des forêts anciennes dans le Puy-de-Dôme ?
C. L : Il y en a dans le Puy-de-Dôme. Par exemple on en trouve dans le massif du Sancy, dans l’Artense, dans les monts du Livradois et du Forez, on va aussi en trouver dans le Nord du département, dans la vallée de la Sioule, et fait dans plusieurs grands types de massifs forestiers. C’est l’intérêt du département du Puy-de-Dôme, on a des zones de plaine, de moyenne montagne et de montagne et dans toutes ces zones, on va trouver des vieille forêts qui seront intéressantes à caractériser et à conserver.

« Les zones boisées augmentent, mais les forêts dites naturelles ont tendance à régresser »
7 Jours à Clermont : Que peut-on découvrir dans l’exposition De sève et d’Écorce ?
Charles Lemarchand : On voit d’abord une exposition photographique, réalisée par le Conservatoire d’Espaces Naturels d’Auvergne, par une équipe de bénévoles et de salariés qui ont fait des photos de ces forêts anciennes, des photos d’arbres, des insectes, des graines, des mousses pour montrer à quoi cela ressemble et l’équipe du Muséum a réalisé en complément à cette exposition, une sélection d’espèces, des spécimens issus de ses collections, on a des oiseaux naturalisés, des mammifères, des insectes… on présente également une grande carte des forêts anciennes de la région, des éléments à sentir et à toucher parce que la forêt est une expérience immersive. On propose également des définitions de vocabulaire car lorsqu’on parle de forêt, on peut associer énormément de définitions à ce qu’est une forêt, quelle idée on s’en fait. Mais il y a aussi des idées reçues et par exemple on se demande si la forêt en France augmente ou diminue, si elle est menacée, s’il est important d’y faire des coupes et on essaie d’apporter des éléments de réponse.
7JàC : Justement, la forêt diminue dans le département ?
C. L : Dans le Puy-de-Dôme, et s’est une caractéristique en France, elle est plutôt en expansion. Les zones boisées augmentent, mais les forêts dites naturelles ont tendance à régresser, parce qu’elles ont été ou sont encore exploitées. La croissance du bois et son exploitation sont importantes car c’est une ressource dont on a besoin, après l’idée est essayer de trouver le bon équilibre entre la valorisation du bois et la conservation de forêts qui sont importantes sur le plan biologique et de la biodiversité.
7JàC : L’idée serait que le public vienne au musée et aille ensuite dans les forêts pour les voir « en vrai » après les avoir identifiées ?
C. L : Oui absolument. On les identifie finalement, une fois que l’on sait quoi rechercher. On va chercher des grands et des gros arbres, du bois morts, des arbres qui sont encore debout ou effondrés au sol, ce sont des éléments que l’on peut trouver assez facilement quand on se balade en forêts. On peut les trouver soi-même ou se rapprocher du Conservatoire d’Espaces Naturels d’Auvergne, ou du Conservatoire botanique du Massif central ou autres associations qui travaillent sur la catégorisation et la conservation pour des sorties accompagnées ou des itinéraires de découverte.
7JàC : Quelle forêt conseillez-vous pour qui voudrait découvrir une vieille forêt au départ de Clermont ?
C. L : Ce serait difficile de choisir mais… peut-être dans le massif de l’Artense qui est assez peu connu, qui est dans le sud ouest du Puy-de-Dôme. Il y a de très très ballades à faire, il y en a beaucoup, d’identifiées dans les guides de randonnées. Là on est encore en hiver, il n’y pas encore le feuillage mais elle sont belles en toutes saisons, à observer et à découvrir.
7JàC : Même si elle n’est pas dans le Puy-de-Dôme, la forêt de Tronçais est-elle intéressante ?
C. L : Elle est remarquable. Il y a des parties de cette forêt qui sont désormais gérées pour la conservation et le fonctionnement global, des îlots de sénescence par exemple dans des zones où on laisse vieillir les arbres, des zones en réserve de biologie intégrale, des zones d’étude, donc en parallèle des zones qui restent exploitées.
En complément de l’exposition :
-Visite contée 2/6 ans Histoire d’animaux, mercredi 26 février 2025 de 10h30 à 11h30
-Atelier 7/10 ans, Sur la piste des animaux, vendredi 28 février 2025 14h30 à 16h00
-Atelier 4/6 ans Au cœur de la forêt, jeudi 6 mars 2025 de 10h à 11h30
-Rencontre publique À la découverte des richesse des vieilles forêts, par Émile Dupuy, mardi 4 mars à 20h30, salle Conchon
-Rencontre publique Survol d’un arsenal réglementaire pour protéger notre flore patrimoniale par Jean-Marie Dupont, mardi 11 mars à 20h30, salle Conchon
-Rencontre publique Vieilles histoires et dynamiques écologiques de quelques vieilles forêts d’Auvergne par Laurent Lathuillière, mercredi 2 avril 2025 à 20h30, salle Conchon.
Museum Henri-Lecoq 15 rue Bardoux à Clermont : 04 43 76 25 60
Du mardi au samedi (jours fériés compris) : 10h-18h Dimanche : 13h-18h






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