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Christophe et Laurent sur la 140 C 27/ Photo 7 Jours à Clermont
Christophe et Laurent sur la 140 C 27/ Photo 7 Jours à Clermont
Patrimoine Tourisme

Une journée à bord du Thermal Express

Ce weekend, les habitants et touristes de La Bourboule ont vu et entendu un train vapeur arriver en gare alors que la ligne est fermée depuis 10 ans. L'association Train à Vapeur d'Auvergne avait mis sur rails le Thermal Express. Bienvenu à bord !

9h15, quai de la gare de Clermont. L’ambiance est fébrile. Un peu d’impatience se lit dans les yeux des personnes qui scrutent au loin l’embranchement venant du Brézet. Et puis, instant magique, un énorme panache de fumée et de vapeur annonce l’arrivée du Thermal Express tiré par une machine exceptionnelle, la 140 C 27. Construite par la North-British Locomotive Company, livrée en 1917, la « C » a participé à la première guerre mondiale tirant les trains de l’artillerie lourde. Après la guerre, elle a repris un service civil pour la Compagnie des chemins de fer de l’Est puis pour la SNCF. Il ne reste aujourd’hui plus que 3 exemplaires de la série 140 C, en état de rouler, sur les 340 construites. De quoi obtenir le titre de Monument Historique.

Dans les compartiments, on parle étranger

9h30, bienvenue à bord. Henri président de l’association Train à Vapeur d’Auvergne, casquette sur la tête, accueille les premiers voyageurs. Amateurs de vieux trains et de paysages, ils vont être servis. 6 voitures des années 20 à 60 composent la rame qui offre un voyage dans le temps, à l’époque où l’on pouvait descendre les fenêtres tout en respectant l’interdiction de se pencher au dehors. Dans les compartiments, on parle étranger. La dame à l’accent british qui réclamait une place en première a finit par trouver une banquette suffisamment confortable pour son postérieur.

9h45, coups de sifflet caractéristiques du chef de train et de la loco, cela fait partie du folklore. Le train s’ébroue doucement et prend la direction de la Bourboule avec arrêts prévus à Royat, Volvic et Laqueuille. Yves et René tiennent la voiture-bar, ils commencent déjà à servir des cafés et tiennent le blanc au frais pour plus tard. Rachel s’occupe de sa petite fille et de la boutique goodies et souvenirs. « selon les voyages, on fait entre 150 et 1 000 euros de recette » explique-t-elle, cela permet d’alimenter la trésorerie de l’association. Par les fenêtres, la ville de Clermont défile sous un angle inhabituel. Le train arrive déjà à Royat-Chamalières pour son premier arrêt. On se croirait revenu à l’époque Napoléon III, mis à part quelques détails vestimentaires.

Le Thermal Express, un régal pour les spotters

09h57, nouveau coup de sifflet de la « C ». Quelques voyageurs sont montés à bord du Thermal Expess. Le train attaque 34 minutes de monté en direction de Gare de Volvic. Le pourcentage nécessite l’appui d’une motrice diesel en queue de train pour soulager un peu la grand-mère qui reste en forme malgré ses 107 ans. Une 140 C de 1917, c’est sans doute la première fois qu’il en circule une sur cette ligne. Le long de la voie des petits groupes de personnes sont postés pour prendre des photos et filmer. « Tout le long de la voie, on a des mordus qui nous accompagnent. On les appelle le spotters, ce sont des gens qui font des photos de tous les trains historiques. Ils sont parfois capables de traverser toute la France pour photographier un trains spécial » explique Henri le président de Train à vapeur d’Auvergne. « Il faut reconnaître que le train que l’on propose aujourd’hui est vraiment un train spécial.  Il n’y en pas eu sur cette ligne depuis des années ». Et les spotters vont s’en donner à cœur joie jusqu’à la Bourboule et même sur le trajet retour, à l’image de cet homme régulièrement posté sur le toit de sa solide Peugeot 407 grise, histoire d’être à la hauteur de l’événement.

10h40, le Thermal Express prend le départ du plus long tronçon de la journée jusqu’à la gare de Laqueuille. Dans la voiture bar, Flavien le chef de train a rejoint une partie des 26 bénévoles qui font rouler la rame. « Aujourd’hui 6 associations différentes collaborent, notamment le Gadeft, Groupement d’aide au développement des exploitations ferroviaires touristiques, association du Gard a qui appartient la Locomotive ». Flavien a déjà fait les comptes de la journée. Il sait que le train n’est pas plein mais que la recette sera suffisante pour amortir les frais avec des billets à 60 euros. « Aujourd’hui, pour 140 km,  nous allons consommer 5 à 6 tonnes de charbon à 600 euros la tonne. Notre association tourne avec un budget de 200 000 euros annuels. Nous réunissons les fonds avec les voyages, les cotisations et des dons ». Il faut préciser que le matériel emprunte les lignes SNCF soumises à péage. Elle demande que le matériel soit soumis à des contrôles techniques rigoureux et réguliers qui coûtent à chaque fois plusieurs milliers d’euros. La SNCF perçoit également un loyer pour l’entrepôt ou est stocké le matériel au Brézet. Sans le bénévolat des passionnés rien ne serait possible et le matériel resterait inerte.

Vue imprenable sur la Banne d’Ordanche et le Sancy enneigé

Banne d'Ordanche et le Sancy Photo 7 Jours à Clermont

11h53, le train arrive en gare de Laqueuille pour une pause de 20 minutes. Ambiance far west, sans les tumbleweeds mais avec le Bleu La Mémée. Des passagers se rassemblent autour de la machine dont la chaudière dégage ses panaches de vapeur. D’autres apprécient le paysage somptueux avec en fond, la Banne d’Ordanche et le Sancy enneigé. Les plus frileux sont restés à bord des voitures et profitent des tablettes repliables pour poser les paniers à picnic. Pendant ce temps, les chauffeurs méconnaissables, ils sont 5 à se relayer, le visage couvert de poussière de charbon font le plein d’eau et contrôlent l’huile des cylindres et des bielles.

12h13, le Thermal Express redémarre en direction de la Bourboule pour 20 minutes d’une descente impressionnante pour un train de 500 tonnes. Laurent est aux commandes de la machine diesel-électrique louée à la SNCF pour l’occasion. Son énorme moteur V16 ronronne à 600 tours minutes soulageant la « C » au démarrage. Dans la descente, les yeux rivés sur les manomètres de pression des freins, il réduit la vitesse et la poussée, sans oublier de klaxonner lorsqu’il aperçoit les spotters, toujours présents. Bien qu’il ne soit pas cheminot, il a du apprendre toute les procédures de la SNCF qui ne badine pas avec la sécurité. Dès qu’il oublie de manipuler le traditionnel cerceau, l’alarme dite de « l’homme mort » retentit dans la cabine.

Les « gueules noires » profitent de l’arrêt pour vider le cendrier

12h33, le convoi arrive enfin à la Bourboule, sous les yeux d’habitant et touristes qui ont oublié depuis combien de temps ils n’ont pas vu arriver un train de voyageurs dans la cité thermale. Le jolie gare ressemble à un fantôme, elle a été fermée en même temps que la ligne qui permettait de rejoindre le Mont Dore.
Les « gueules noires » profitent de l’arrêt pour vider le cendrier de la 140 C, car une locomotive c’est finalement comme une cheminée, une fois le charbon brûlé il faut enlever les cendres et le mâchefer pour un meilleur tirage. Christophe l’un des chauffeurs n’en revient pas de la beauté de la ligne de La Bourboule « C’est la première fois que je la fais et elle est magnifique franchement… des montées, des paysages… ça change des caténaires » dit-il avec son accent du sud. « conduire cette machine est un peu exigeant mais il faut surtout de l’attention, car le moindre défaut, ont met un moment à le rattraper à la chauffe quand la pression commence à baisser ». Christophe fait partie du Gadeft et va revenir à Clermont. La machine de son association sera basée à Clermont pour l’été 2024 et il reviendra rouler avec les copains de Clermont qui n’ont toujours pas remis leur 141 R 420 en route, faute de financement.

13h18, le train repart pour Laqueuille pour un petit aller-retour supplémentaire. « La SNCF nous autorise une liaison pendulaire, cela permet à des gens de la Bourboule de monter à bord pour quelques kilomètres » explique Henri. Sur la ligne, il n’y a aucun moyen de faire demi-tour, alors dans le sens retour, la motrice diesel tirera et la locomotive à vapeur poussera en se mettant en marche arrière. La montée dure 30 minutes, tout se passe sans problème. À Laqueuille les chauffeurs finissent de remplir le tender avec de l’eau pour le retour tout en maintenant la pression pour la seconde descente vers La Bourboule. Une fois de plus les amateurs se pressent autour de la machine. Toute l’équipe de bénévoles en profite pour faire une photo de groupe et immortaliser cette journée.

Cela fait longtemps qu’il n’y a pas eu de vapeur sur cette ligne

14h43, redescente vers La Bourboule. « Ce voyage est vraiment historique puisque la ligne a été fermé il y a pas loin de 10 ans. Seuls des trains de fret roulent dessus actuellement et quelques rares trains touristiques en autorail principalement » explique le président de l’association Train à Vapeur d’Auvergne. Cela fait extrêmement longtemps qu’il n’a pas eu de vapeur sur cette ligne c’est finalement quelque chose de magique. Malgré l’immobilisation de la 141 pour sa grande visite, on voulait continuer de proposer aux Auvergnats de profiter de trains à traction vapeur. Nos amis du Gadeft son venus en soutien. La majorité des passagers sont clermontois, mais ils nous tenait à cœur de permettre à des personnes qui habitent Laqueuille ou la Bourboule de pouvoir prendre ce train.

15h28, tout le monde embarque à bord du Thermal Express pour une ultime montée vers Laqueuille avant la grande descente vers Clermont avec les mêmes arrêts qu’à l’aller. Dans la motrice diesel, Laurent conduira le train jusqu’à son terminus alors qu’à l’arrière, les chauffeurs continueront à alimenter le foyer de la 140, même si elle ne contribue presque pas à pousser le train. La chauffe permet de maintenir l’huile sous pression, condition siné qua non pour ne pas casser la machine.

triplette de chauffeurs / Photo 7 Jours à Clermont

Basile dormira à l’Hôtel Albert-Elisabeth

19h20, gare de Clermont, tous les passagers descendent. Les chauffeurs arrosent le cendrier pour commencer à faire baisser la pression. Encore quelques photos, un dernier coup de sifflet et la 140 C 27 reprend la direction de l’entrepôt du Brézet où elle refroidira tranquillement jusqu’au prochain voyage. Sur le quai Basile shoote une dernière fois avec son télé-objectif. « J’adore les trains à vapeur. Je suis venu exprès de Paris pour monter à bord du Thermal Express.  Je dors à l’Hôtel Albert-Élisabeth et je reprends l’Intercités demain matin pour Paris »

À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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