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Stefano Favretto / Photo (c) Michelin Jérôme CAMBIER Double Expresso
Stefano Favretto / Photo (c) Michelin Jérôme CAMBIER Double Expresso
Innovation Patrimoine

Stefano Favretto, l’homme qui va redonner vie aux Pistes Michelin

Stefano Favretto est le concepteur du futur Quartier des Pistes sur le site Michelin de Cataroux dont font partie les célèbres Pistes. L'architecte a imaginé comment les ouvrir au public.

L’architecte-urbaniste Stefano Favretto est le concepteur du futur Quartier des Pistes sur l’ancien et historique site de production Michelin de Cataroux. Au cœur de ce quartier, les Pistes elles-mêmes, représentent une valeur patrimoniale extrêmement forte, un symbole indissociable du paysage clermontois au même titre que les flèches de la Cathédrale. Objet totalement mystérieux, fermé, y compris aux employés Michelin, les pistes vont enfin s’ouvrir à la lumière et au public. À partir de 2030, leur destination sera tout autre que celle pour laquelle elles ont été créées, elle serviront à créer de l’émotion.

Un bâtiment qui continue à parler de mouvement, de précision, d’invention

7  Jours à Clermont : Quel a été votre sensation lorsque vous avez découvert les Pistes ?
Stefano Favretto : J’ai eu la sensation du sublime. Kant la définissait comme quelque chose que l’on ne peut pas mesurer. C’est exactement ça la première sensation que j’ai eu. Qu’est ce que c’est que ce truc ? Pourquoi c’est aussi grand ? Pourquoi je ne peux pas savoir tout de suite quelle longueur, quelle largeur, quelle profondeur, il fait ? Ce sont des informations que l’on est allé vite chercher par la suite, mais au départ c’est ça… et après on a envie d’entrer.  Quand on entre, c’est encore une nouvelle surprise. Qu’est ce que c’est matériaux ? pourquoi il y a des rampes ? pourquoi il y a des paraboles ? C’est cette inspiration là qui conduit à réaliser que ce bâtiment qui est muet aujourd’hui, depuis une  vingtaine d’année, continue à nous parler de mouvement, de précision, d’invention.

7JàC : Comment aborde-t-on un tel projet ?
S. F : La première difficulté est de ne pas se tromper. Là on est comme dans un acte chirurgical, dans lequel le chirurgien a fait son plan, mais quand on lui passe le bistouri, il doit faire la première incision. Alors cette première incision … on fait comment  ? parce qu’on ne va pas toucher des organes et même s’il n’en est pas à sa première intervention, il y a toujours un peu de ça. Et donc la meilleure façon de faire, c’est de faire un diagnostic préalable, tout à fait précis et minutieux. Ça c’est le travail que l’on a fait avec les architectes du patrimoine qui nous ont aidé à construire d’abord la carte stratigraphique ou la chronologie volumétrique du bâtiment et qu’on a découvert comment les différentes pièces étaient venues s’associer pour composer le volume que nous avons devant les yeux aujourd’hui.

7JàC : Qu’allez vous faire de « cet objet » unique ?
S. F : On va garder l’ADN et l’âme du bâtiment… qu’est ce c’est ? C’est les roulements au sol. Ce bâtiment a des toitures et des façades pour qu’il n’y ait pas de pluie qui rentre, mais aussi pour cacher ce qui se passait à l’intérieur, il ne fallait pas le savoir. On va le garder, mais surtout le communiquer, le mettre en exergue. La meilleure façon de le faire, est d’enlever le couvercle de cette énorme casserole et de faire entrer le nouvel ingrédient qui est la connexion avec le reste du Quartier des pistes, avec le reste des quartiers limitrophes et avec la ville tout simplement.

7JàC : Au final quelle sera la proposition ? Vous auriez pu partir sur l’idée d’un musée ?
S. F : Le Musée est déjà là. C’est l’Aventure Michelin 2, en revanche, il était important qu’il y ait une partie du programme connecté au programme du musée. C’est pour cela que l’on a imaginé la meilleure façon de restaurer le pont roulant qui aurait pu se suffire à lui même mais on l’enrichit en proposant de pratiquer à l’intérieur une expérience immersive. Une expérience fortement enrichie par la technologie de la réalité augmentée qui permettra de voir, à la fois la beauté des volumes conservés et restaurés, et la dynamique de ce qui se passait dedans par des images virtuelles qui viennent se superposer à ce que nous voyons.

7JàC : Pour le public sur quelle promesse partez-vous ?
S. F : L’émotion ! plein la vue ! Il ne pourra pas s’en passer, il ne pourra pas oublier ce qu’il aura vu là car il n’aura pas la possibilité de voir cela ailleurs dans le monde. Il verra le mouvement, la précision et l’invention.

7JàC : Les technologies numériques évoluent quasi quotidiennement et l’ouverture des Pistes est prévue en 2030. Vous vous donnez la possibilité de faire évoluer le projet ?
S. F : Tout n’est pas figé aujourd’hui, c’est une grande chance aussi parce que dans un projet comme celui-là, il ne faut pas aller trop vite, il faut respecter les jalons, il faut se poser les bonnes questions et pour cela,  il faut en faire le tour, parfois revenir au point de départ, parfois trouver de nouvelles ouvertures. C’est ce que nous faisons en ce moment.

Stefano Favretto ou la chance de se confronter à quelque chose d’unique au monde

7Jour à Clermont : En  travaillant sur les Pistes, avez-vous le sentiment de toucher à quelque chose de sacré ?
Stefano Favretto : Compte tenu de ma posture très laïque dans la vie et dans les choses, je ne me suis pas posé cette question  !

7JàC : Travailler sur de l’existant n’est-ce pas trop contraignant ? 
S. F : Je préfère 10 000 fois, et c’est pour cela que je me considère comme très chanceux aujourd’hui, de réfléchir sur ce qui est là, sur ce qui existe que finalement dessiner quelque chose de nouveau sur lequel j’ai toute liberté. C’est beaucoup moins intéressant. Aujourd’hui la question de la densité des villes, la question des objets en friches, même de l’échelle du site des Pistes, ne sont pas pris en charge pour être repensé de cette façon. J’espère que ce site pionnier, pourra être aussi là pour donner de l’inspiration à d’autres parties prenantes qui prendront des décisions à l’échelle nationale, sur d’autres friches de cette envergure.

7JàC : C’est le plus gros projet de votre carrière ?
S. F : Qu’est ce que gros ? En tout cas c’est peut-être le projet le plus important par rapport à son unicité et à la chance que j’ai de me confronter quelque chose d’unique au monde, je l’ai déjà dit, mais c’est très important, et qu’on ne peut approcher qu’en toute humilité et posture absolument posée.

Pistes Michelin Photo Olivier Perrot
Pistes Michelin / Photo Olivier Perrot

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À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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