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Alain Josseau devant "L'assassinat de JFK" / Photo 7 Jours à Clermont
Alain Josseau devant "L'assassinat de JFK" / Photo 7 Jours à Clermont
Culture

Refaire le monde avec Alain Josseau

Il ne reste plus que quelques jours pour visiter à la Galerie Claire Gastaud de Clermont, l'exposition exceptionnelle d'œuvres récentes d'Alain Josseau, artiste pluridisciplinaire, reconnu pour son travail sur la trahison des images.

L'Essentiel

L'exposition d'Alain Josseau à la Galerie Claire Gastaud de Clermont, qui se termine le 21 juin, présente quatre œuvres de sa série "TimeSurface", réalisées en 2024 et 2025, et qui interrogent la manipulation des images à travers un assemblage d'images capturant la durée d'événements significatifs.

Josseau se considère comme un peintre d'histoire contemporaine, utilisant principalement le dessin, tout en reconnaissant l'importance des techniques numériques et des installations dans son travail sur la vérité des images.

L'artiste se concentre sur des événements marquants du XXe siècle, soulignant que la photographie et le cinéma façonnent notre histoire, et il n'a pas l'intention de traiter de sujets plus légers, car il considère l'art comme une démarche sérieuse.

Dans l’exposition monographique présenté  jusqu’au 21 juin à la Galerie Claire Gastaud de Clermont, Alain Josseau expose quatre œuvres magistrales de sa série TimeSurface réalisée en 2024 et 2025. Ce travail  engage une réflexion sur la réalité des images et leurs manipulations. Ses derniers dessins tournent autour de la politique. Dans cette série, chaque œuvre retranscrit en une seule image, toute la durée d’un film ou d’une action. Résultat d’un assemblage de dizaines, voire de centaines d’images, cette série exposée pour la première fois, engage une réflexion sur la réalité des images, leur manipulation et les enjeux du monde.

« je ne revisite pas politiquement, idéologiquement les événements »

7 Jours à Clermont : Dans le monde l’art contemporain, à quelle catégorie appartenez-vous ?
Alain Josseau : Je me désigne moi même comme peintre d’histoire, dans une version contemporaine, mais je me considère comme peintre d’histoire.

7JàC : Quelles techniques utilisez-vous et laquelle préférez-vous ?
A. J : Crayon de couleur, aquarelle… il y a eu de la peinture à l’huile, presque toutes les techniques… mais à côté de ce que l’on ne montre pas ici (ndlr Galerie Gastaud), il y a  aussi des installation qui réfléchissent sur la question de la vérité dans les images et là c’est de l’informatique et de la vidéo. Donc j’utilise à peu près tous les médiums mais je préfère le dessin parce qu’il y a une souplesse de l’outil, moins compliquée que l’informatique ou l’aquarelle. On peut construire un monde juste avec un crayon. Il y a une puissance du crayon.

7JàC : Avec votre travail avez-vous l’impression de revisiter l’histoire ?
A. J : Je ne revisite par l’histoire, non , non. C’est ce que disait Godard sur l’histoire du cinéma. « Le cinéma a fait l’histoire et c’est l’histoire qui fait le cinéma ». Là il y a un peu de ça. À chaque fois, je ne revisite pas politiquement, idéologiquement les événements mais je les revisite par rapport à la question de la vérité dans l’image, le vrai, le faux et comment l’événement est représenté, que ce soit par les cameramans ou par la photographie, c’est cela qui est important pour moi.

7JàC : Avec la juxtaposition d’images, arrivez-vous à trouver la vérité ?
A. J : On le sait, à partir du moment ou c’est rephotographié, c’est recadré, on a pas de hors-champs… évidemment que c’est déjà une tricherie sur la vérité. Mais finalement cela permet de voir l’événement autrement, parce qu’un événement qui aurait été photographié par plusieurs dizaines de photographes, par exemple comme celui de Regan, finalement en recomposant l’image on arrive à revoir exactement l’espace et la temporisation en entier. Donc on donne finalement une facilité à l’accès à ce document/

7JàC : Où trouvez vous les photos qui vous servent de base de travail ?
A. J : Sur internet principalement. Dans les revues et les journaux au début et maintenant sur internet.

7 Jours à Clermont : Vous utilisez des images qui au départ n’étaient pas destinée au public…
Alain Josseau : Oui, principalement pour Les Géographes. Ce sont souvent des documents que l’on trouve sur les sites des militaires. Là c’est très très bien parce que l’armée américaine est très ouverte sur les documents, on a accès à beaucoup de choses alors qu’en France on a pas accès à ce type de documents. Cela demande parfois de longues recherches, mais on les trouve.

« Ce sont la photo et le cinéma qui font notre histoire »

7JàC :Votre travaille se focalise essentiellement sur des événement du XXe siècle, pourquoi ?
A. J : C’est une histoire de l’image. Tous nos événements ont été photographiés ou filmés et c’est important comme dans Le bureau ovale, qui devient médiatique au moment où il est ouvert par Truman, c’est la première fois que les photographes rentrent dans ce bureau et qu’il devient un lieu médiatique. Donc ce sont la photo et le cinéma qui font notre histoire.

7JàC : Pourtant avant la photo et le cinéma il y avait la peinture…
A. J : Oui mais , ils n’étaient jamais en direct. Là ce qui m’intéresse dans la nouvelle séries des Lives, c’est que les choses sont en direct. Regan on était en direct, l’assassinat de Karlov, on était aussi en direct avec des caméras. Cette dimension là est importante.

7JàC : Vous travaillez en panoramique vous arrivez à vous y retrouver ?
A. J : Oui oui, c’est un truc qui vient peut-être de l’enfance, j’ai un bon système de repérage…

7JàC : Quels rapports entretenez-vous avec le cinéma ?
A. J : J’ai beaucoup travaillé avec le cinéma, j’ai fait beaucoup de tableau sur le cinéma… Brian de Palma, Hitchcock, Ridley Scott… aussi de la fiction et de la réalité actuellement. Juste pour donner un exemple, au moment de la seconde guerre en Irak, l’AFP avait publié un document dans lequel on voyait que les généraux irakiens avaient distribué La chute du faucon noir de Ridley Scott pour dire que quand on est dans une guerre asymétrique, face à une grande puissance, quand on est dans l’artisanat, il faut regarder ce film pour s’entraîner. On sait aussi que pendant la guerre de 39/45 la plupart des techniciens qui travaillaient à Hollywood ont basculé dans l’armée pour aider, préparer des maquettes, des décors, pour faire des simulations mais de toute façon il y a toujours eu une agrégation ce que l’on voit très bien dans le livre de Paul Virilio qui s’appelle Guerre et cinéma.

7JàC : Vous êtes focalisé sur la guerre et la géopolitique, vous n’avez pas envie de travailler sur des faits plus légers ?
A. J  : Non, mais parce que c’est mon principe et puis je pense que l’art est un truc sérieux, vraiment…

Œuvres présentées  jusqu’au 21 juin 2025, à la Galerie Gastaud rue du Terrail à Clermont.
A president killed twice : assassinat de John Fitzgerald Kennedy
Time Surface n°21 : tentative d’assassinat de Ronald Reagan en 1981
Time Surface n°19 : assassinat de l’ambassadeur Andreï Karlov en 2016
Oval office II  :  décor le mythique salon ovale de la Maison Blanche, selon ses occupants

Time Surface n°21,  Alain Josseau /  Photo Galerie Gastaud
« Time Surface n°21 », Alain Josseau / Photo Galerie Gastaud
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À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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