Inès, bibliothécaire dans un centre culturel, souffre d’épuisement professionnel. Elle ne supporte plus un supérieur hiérarchique dont l’obsession est de désacraliser la culture en gérant son centre municipal, comme le ferai le dévoué responsable d’un rayon aspirateur dans un hypermarché. De guerre lasse, Inès commet l’irréparable en s’attaquant à la voiture de ce manager adepte des nœuds papillon et des plans d’actions. En pleine dérive, arrêt maladie en poche, la jeune femme accoste sur l’île d’une adolescence heureuse, espérant que les miles nautiques qui la séparent du continent vont la conduire à la rédemption. Sur place, elle retrouve son amie Lili qui, à son contact, va révéler le besoin de trouver un nouveau cap pour échapper aux poids de l’insularité et à la monotonie d’une vie de famille sans surprise. A force d’échanges et de questionnements, les deux femmes vont préparer un départ et un retour conjoint vers le continent qui provoqueront forcement des dommages collatéraux.
Destins croisés
A travers le récit des retrouvailles de ces deux jeunes femmes, Raphaëlle Riol interroge sur la manière dont chacun peut trouver un échappatoire à une société qui génère du mécontentement et de la frustration à force d’être trop comptable. Même si l’une trouve refuge sur une île quand l’autre veut en partir, Inès et Lili ont finalement un cheminement identique. C’est dans la fuite et dans la marge, qu’elles cherchent à se reconstruire, mais la démarche n’est pas anodine. L’accomplir, revient à faire ressurgir les choses du passé et les secrets de famille, à apprendre à vivre au rythme imposé par la mort ou l’arrivée des fins de cycles. Les deux amies comprennent que sans prise de conscience ou écoute du passé la renaissance se révèle douloureuse, la cicatrisation impossible.
Le livre, une valeur refuge
La curieuse année 2020 a permis d’affirmer qu’une librairie doit être considérée comme commerce essentiel. Depuis bien longtemps cela apparaissait comme une évidence pour l’auteure qui dans son roman a donné autant de place au livre qu’à ses personnage. Raphaëlle Riol reste claire sur l’intention première de son roman. « Il ne s’agissait pas de critiquer le système mais plutôt de montrer que des gens se battent au quotidien pour défendre le livre et la culture » explique-t-elle en évoquant le personnage du directeur du centre culturel, précisant que le livre doit avoir une place primordiale dans la société car il permet à chacun de se construire ou de se reconstruire. C’est d’ailleurs le cas pour le personnage d’Inès qui vivra finalement une fin heureuse au milieu des fictions et des documentaires. Le livre est aussi un solide rempart à l’appauvrissement généralisé et numérique de la langue française, la qualité et la richesse de l’écriture de l’auteure le rappelle à chaque page.
A propos de Raphaëlle Riol
Raphaëlle Riol, est née à Clermont-Ferrand. Elle a suivi des études de lettres à l’Université Blaise Pascal puis à Paris pour obtenir une maîtrise de poésie contemporaine. Elle vit et travaille à Paris où elle est professeur de lettres.
Considérée comme « romancière de la révolte » elle a publié cinq romans aux Éditions du Rouergue, collection La brune
Le Continent – 2021
Tanguy Colère a disparu – 2018
Ultra Violette– 2015
Amazones – 2013
Comme elle vient – 2011
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