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photo Valentin Uta.
Edito

Poissons d’avril et dindons de la tradition

Il n’y aura pas de poissons d’avril dans 7 Jours à Clermont. Inutile de les débusquer à travers les lignes ou de les traquer au fil de nos publications. Inutile de les rechercher comme on part à la chasse aux œufs de Pâques. Ce serait perdre son temps vainement…

Je n’aime pas les poissons ou, au contraire, je préfère définitivement les laisser frétiller dans les rivières, vivre paisiblement leur existence aquatique plutôt que de les arracher à leur milieu naturel. Les pêcheurs ont l’air de tranquilles individus, respectueux de la nature, mais, dans la réalité, ils anéantissent, malgré tout, des vies…

Les poissons, ceux du 1er avril, font figure, dans les médias, de passage obligé, de figure imposée, d’exercice de style. Une gentille tradition, certes, qui a rarement fait du mal à une carpe ou un brochet mais se révèle souvent tirée par les cheveux. C’est un peu comme le fameux oncle qui raconte  inlassablement ses bonnes blagues à l’heure des mariages et des réunions de famille. Lourdingue et sympathique. On se sent obligé de sourire pour ne pas le vexer mais on aimerait surtout qu’il s’éloigne définitivement et choisisse d’autres victimes… Le poisson d’avril est tout sauf spontané, incontestablement prévisible. Et pourtant, il y en a toujours qui se laissent surprendre, attrapés, « roulés dans la farine ». Ce sont les mêmes qui se retrouvent, ce jour-là, avec un poisson collé dans le dos…

Avec ou sans arêtes?

Au long de ma carrière- qui a débuté au siècle dernier ( !), il m’a été donné parfois- et d’autres imposé- d’écrire le fameux Poisson d’avril. Dans ce cas, le plus épineux est de trouver un sujet susceptible de duper quelques lecteurs, de surprendre les plus naïfs. Le truc dont on va parler…

Ce poisson doit respecter quelques règles élémentaires et intangibles : par exemple ne pas être trop énorme pour demeurer crédible. Eviter le genre « les volcans menacent de se réveiller » ou  « Clermont-Ferrand en passe d’organiser l’exposition universelle ». Pas un seul lecteur ne s’y laisserait prendre…Il ne doit pas, non plus, se révéler trop anodin car il passerait totalement inaperçu, n’amusant (peut-être ?) que son propre auteur. Et encore…

Ensuite, il convient de rédiger un article comme un sujet « normal », en insérant de pseudo- déclarations d’interlocuteurs évidemment triés sur le volet. Rien de tel, en effet, que des propos recueillis pour donner à un « papier » l’aspect de la crédibilité, le sceau de la véracité.

Mordre à l’hameçon

Avec l’annonce du retour de la Formule 1 sur le circuit de  Charade à l’horizon de quatre ou cinq ans, j’avais ainsi « fait un tabac » et suscité la réaction de nombreux lecteurs, il y a quelques années. Le « poisson » était assorti de réactions (imaginaires) de Jean Todt, le patron de la Fédération Internationale de Sport Automobile, lui-même originaire du Cantal, et du Président du Conseil départemental, institution propriétaire du circuit. Le canular avait fonctionné au quart de tour et l’info avait même été reprise par les réseaux sociaux, toujours prêts à enfoncer les portes ouvertes. Un exemple  de réussite parmi tant d’autres, beaucoup moins efficaces et beaucoup moins réussis.

En matière de poisson d’avril, le tout est que le lecteur morde à l’hameçon. On peut toutefois se demander si c’est le rôle d’un média que de désinformer ne serait-ce qu’une fois par an et de prendre ainsi, le 1er avril, ses lecteurs pour les dindons de la farce.

À propos de l'auteur

Marc François

Marc François

A débuté le métier de journaliste parallèlement sur une radio libre et en presse écrite dans les années 80. Correspondant de plusieurs médias nationaux, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Info Magazine (Clermont, Limoges, Allier) pendant 9 ans, il a présidé le Club de la Presse Clermont-Auvergne entre 2009 et 2013. Il est l’initiateur de 7 Jours à Clermont.

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