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L'arbitre, casque à l'oreille, partie intégrante d'un "système d'arbitrage"- photo Valentin Uta.
Chroniques

Ovalis Diabolicum

Amputée d’abord de sa forte contribution au XV de France, plombée ensuite par une pandémie de blessures sans précédent qui a fait déborder l’infirmerie, trahie par la certitude que ses jeunes talents suffiraient à tenir le top niveau, l’ASM a donc fini par couler avant d’arriver aux ports…notamment celui de Bilbao, théâtre de la finale européenne.

Pour tout dire, si la défaite en quart face à un Racing plus costaud fut teintée de déception, ce furent davantage des sentiments de frustration et de découragement qui m’envahirent au soir de ce 1er avril tant le système d’arbitrage venait de dégager des relents de poisson pas frais.

Je dis bien ‘’système d’arbitrage’’ car au-delà des erreurs d’appréciation (plutôt inhabituelles) commises par l’homme du milieu mister Barnes, ce sont bien les sketchs du recours à la vidéo qui, une fois de plus, m’ont mis les nerfs…et pas qu’à moi pour sûr ! On en avait déjà vu de belles mais cette fois…

Errare humanum est… 

Je sais que je me répète mais en s’inféodant à la télé ‘’pour quelques dollars de plus’’, le rugby a bel et bien vendu son âme au diable. Pas seulement en s’enfermant dans le carcan du caprice des diffuseurs mais surtout, en l’occurrence, lorsque la vidéo envahissante vient démontrer par l’absurde l’iniquité des décisions arbitrales. A cet égard, le numéro d’illusionnisme consistant à rendre virtuel un en-avant de deux mètres sous le prétexte que les mains du magicien sont tournées vers l’arrière au moment de la passe aurait de quoi faire pisser de rire un observateur non averti des récurrentes excentricités ovalistiques…ou mettre le feu au stade si les supporters de ce sport n’étaient pas des gens plutôt bien élevés. Mais que l’on continue à se moquer du monde et rien ne dit que les excès des tribunes du foot ne déborderont pas bientôt dans les enceintes du rugby.

Et puisque le foot vient de mettre le doigt dans l’engrenage de la vidéo, on l’en conjure : qu’il en reste au service minimum actuellement en vigueur et ne s’enlise surtout pas dans les chemins de traverse de son ‘’petit frère dont le ballon ne tourne toujours pas rond’’ !

Avec tout ça, on en vient à regretter le temps jadis où l’arbitre était juge unique et seul responsable de ses décisions, bonnes ou mauvaises, quitte à ce qu’il s’entende traiter de noms d’oiseaux exotiques, ordonner de se rendre d’urgence soulager sa vessie du côté des latrines ou conseiller de s’intéresser de plus près à l’emploi du temps de sa femme les jours de match. C’était rigolo le rugby en ce temps-là.

… Perseverare diabolicum!

 Du coup, faudrait-il supprimer la vidéo, éteindre les écrans du stade, interdire aux télés de rediffuser les séquences de jeu ? Poser la question c’est déjà y répondre : la marche arrière est désormais impossible. Reste donc aux décideurs à tenter de remettre un peu d’ordre dans une maison où les dossiers brûlants ne manquent pas, concernant notamment la santé des joueurs.

En même temps que nos ‘’Jaune et bleu’’ clôturaient virtuellement et prématurément leur saison, l’Observatoire Médical du Rugby, réunissant l’ensemble des acteurs du jeu et des experts médicaux, accouchait d’une série de 45 préconisations visant aussi bien les écoles de rugby que le monde professionnel.

On se prit donc à espérer que, pour une fois, on dépasserait les élucubrations d’un énième ‘’comité Théodule’’. De fait, lorsqu’il est conseillé de libérer les mouvements de joueurs entre le terrain et le banc de touche (entrées et sorties à volonté pour les 23 joueurs inscrits sur la feuille, comme au hand, au basket ou au volley), ça commence plutôt bien. Mais lorsqu’on envisage, louable intention, de mettre les joueurs en ‘’régénération’’ obligatoire, c’est-à-dire au frigo, après 4 matchs et demi, il est évident que l’on s’attaque encore aux conséquences et non à cette cause du mal qu’est la surcharge pondérale du calendrier du Top14. Vive donc l’inflation des effectifs et bienvenue aux mercenaires sudistes !

Mais…chut ! Car la simple idée d’une réforme de la compétition demeure tabou du côté de l’instance professionnelle dont le président a déjà dit un truc définitif du genre : «tant que je serai là, pas question d’y toucher ! »

Ce qui confirme bien : ‘’errare humanum estpersevevare diabolicum’’ !

Alors, qu’est-ce qu’on fait ?

 

À propos de l'auteur

Yves Meunier

Yves Meunier

Bourbonnais originaire de Gannat où il s’est essayé au rugby sous le maillot de l’ASG pendant une douzaine d’années. Diplômé d’Etudes Supérieures en Sciences Economiques à l’Université de Clermont. Journaliste à France3 Région de 1972 à 2007. Aujourd’hui impliqué avec des amis dans une aventure viticole du côté de Saint-Emilion et toujours en prise avec le sport auvergnat au sein de l’Union des Journalistes de Sports en France.

2 Commentaires

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  • Merci Yves pour cette belle chronique !
    Que dire de plus, sinon que je partage votre avis sur cet arbitrage vidéo qui a viré au mauvais gag !
    Pour ce qui est de l’accumulation des matchs, aussi loin que je me souvienne de vos reportages pour France 3, vous pointiez déjà ce mal chronique du ballon ovale … phénomène qui n’a fait qu’empirer avec l’éclosion de la Coupe d’Europe !
    Mais tout va bien, puisque chaque instance du rugby se cramponne à son pré-carré : pas-touche au Top 14, pas touche à ma Coupe d ‘Europe …
    Les nations de l’hémisphère sud ont bien souvent un niveau supérieur à celui des français, tout en disputant moins de matchs dans une saison … alors que nous empilons allègrement 35-40 matchs pour nos internationaux ! Cherchez l’erreur !?

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