À Chamalières, la Galerie Louis Gendre & Ko présente actuellement une double exposition d’art contemporain avec des artistes à la démarche différente mais qui, finalement, se rejoignent sur l’idée de la simplification.
L’un de ces deux artistes, Olivier Morel a déjà avait déjà présenté à Chamalières Notes de ma cabane en 2023/2024, un travail sur les paysages de montagne et les forêts. Il revient cette fois avec des paysages de mer. Malgré le changement d’horizon, on reconnaît immédiatement la patte du peintre, caractérisée par cette économie de gestes et de matière qui donne une force incroyable à ses tableaux.
Olivier Morel voyage, contemple et emmagasine des images
Olivier Perrot : Depuis votre dernière exposition vous êtes passé des sommets à l’altitude zéro. Est-ce une nouvelle étape de votre voyage personnel ?
Olivier Morel : Ma peinture est toujours liée aux lieux que fréquente. Le bord de mer et le littoral sont des endroits que je fréquente depuis mon enfance. Je fais énormément de photos au cours de mes voyages, mais je n’avais pas eu l’audace de me lancer sur un travail sur ce thème. Ce sujet me semblait difficile du fait de l’aspect très mouvant des éléments naturels, le vent, le ciel, l’eau… c’est quelque chose d’assez complexe. C’est venu progressivement par la montagne, notamment à travers les compositions de lacs de montagne où il y a cette opposition entre le minéral, les masses très formelles et structurées de la montagne et le côté liquide, plus mouvant, plus complexe avec les reflets du lac. Cette opposition m’a de plus en plus intéressé. Après de nombreuses compositions de lacs de montagne, et par extension, je me suis dit voilà, c’est le moment où je peux aborder ce nouveau sujet.
O.P : À quel moment avez-vous décidé de vous lancer sur le thème de la mer ?
O. M : C’est venu d’une commande d’amis collectionneurs qui avaient acheté une maison dans le Cotentin et qui m’ont proposé de réaliser plusieurs toiles pour orner leur nouvelle maison. J’ai accepté le défi, j’ai été dans le Cotentin, je me suis imprégné des lieux pendant une semaine et j’ai été totalement séduit par ce lieu, l’atmosphère, le changement de la lumière, le ciel, l’eau. C’est un spectacle changeant tous les jours, j’ai réalisé quatre toiles pour eux et cela a été le déclencheur. Je me suis dit, là maintenant, je suis capable d’aborder ce sujet.
O.P : En passant de la montagne à la mer, votre peinture s’est encore simplifiée et allégée. Vous vous dirigez vers l’abstraction ?
O.M : Oui c’est une forme d’abstraction… mais j’aurai tendance à dire que chaque sujet impose sa façon de travailler. La forêt est un environnement très complexe, labyrinthique. Il y a quelque chose d’assez gestuel, d’assez touffu, d’assez dense. La montagne du fait de cette présence majestueuse a simplifié ma façon de travailler et c’est vrai que d’aller vers la mer, c’est aller vers plus de simplification. Est-ce une évolution irréversible ? je n’en ai aucune idée parce que je ne sais pas du tout dans quel sens je travaille, mais c’est vrai qu’il y a un désir pour moi, d’être plus formel et structuré, c’est un besoin que je ressens et le sujet de la mer correspond à ça.

Un portrait de la mer mais en creux
Olivier Perrot : La mer et les ciels ont été une des obsessions de William Tuner qui a finalement réussi à capter la violence des éléments marins dans une forme de dramaturgie. Vous, au contraire, vous témoignez d’une mer, sans combat, plus apaisée, plus poétique. Ce sujet a-t-il renforcé un peu plus votre humilité ?
Olivier Morel : Tout impose de l’humilité… à chaque fois… un nouveau sujet pose énormément de questions, c’est ce qui est intéressant car c’est un nouveau défi. Comment représenter de façon très simple ? Aller à l’essence des choses, aller vers quelque chose le plus simple possible pour faire ressentir le maximum de sensation au spectateur. Ce qui est en jeu dans les vues de mer, ce que j’ai appelé l’emprunte des vagues, c’est un peu la même chose que dans les montagnes, c’est faire ressentir la puissance des éléments. Et puis, aussi, l’humilité de l’homme face à la nature, face au temps qui passe, quand on voit les strates dans la montagne, les strates successives, l’empilement de couches de sédiments qui représentent des millions d’années. Pour moi la mer c’est pareil, c’est à la fois l’immensité de l’océan et ces rochers qui ont été façonnés par le vent, la pluie, par l’océan. C’est pour cela que j’ai appelé ce travail l’Emprunte des vagues, car c’est l’idée d’un portrait de la mer mais en creux, la façon dont on voit sa trace dans la minéralité.
O.P. : Il n’y a pas de présence humaine dans vos paysages de montagne et de mer, pourquoi ce choix ?
O.M : Pour les paysages, j’ai envie que les gens puissent se projeter dedans et je n’ai pas envie d’avoir un personnage au premier plan comme on en a chez Friedrich par exemple. Pour moi, le spectateur est le personnage de Friedrich devant la montagne. D’ailleurs, il n’y a pas non plus de signature visible dans mes tableaux, les signatures sont au dos, parce que je ne veux pas faire écran moi même entre le tableau et le spectateur, il faut vraiment qu’il puisse s’immerger dans le paysage.
O.P : Pourtant quand on observe votre travail sur le Japon qui date d’une quinzaine d’année, l’homme est bien présent… mais aussi les prémices de l’évolution de votre peinture.
O.M : Il y avait dès le départ avec le Japon, le désir de gestualité, de traces du pinceau. Je suis assez fasciné par la peinture chinoise, la peinture japonaise aussi, tout ce qu’il y a autour de la pratique du Zen. Arriver à saisir les choses avec juste un seul trait, c’est quelque chose qui est toujours présent. Et donc, c’est vrai qu’il y a cette simplification grandissante dans mon travail.
Oliver Morel : L’Emprunte des vagues + Le Sonneur Vous êtes ici : double exposition jusqu’au 10 janvier 2026, Galerie Louis Gendre, 7 rue Charles Fournier, Chamalières















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