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Nicolas Bonnet / Photo Éric-Marie Gauthey
Photo Éric-Marie Gauthey
Entretiens Voir la Métropole Autrement

« Municipales 2026 : avant la bataille » : entretien avec Nicolas Bonnet

"Municipales 2026, avant la bataille" est une série d'entretiens menés par Eric-Marie Gauthey, que 7 Jours à Clermont publie en cet été 2025. Sans représentativité statistique, sociale ou morale, les témoignages de personnalités locales recueillis vont offrir différentes visions de la métropole, invitant nos lecteurs à s’interroger sur leurs propres regards avant d’entrer dans le débat politique en septembre prochain.

Nicolas Bonnet, député de la troisième circonscription du Puy-de-Dôme, conseiller municipal de Clermont-Ferrand, conseiller métropolitain de Clermont Auvergne Métropole est second sur notre liste de témoins classée par ordre alphabétique. (Lire notre édito du lundi 14 juillet Municipales 2026 : avant la bataille)
Nicolas Bonnet s’est engagé en politique à l’échelon municipal, à Clermont où il a fait ses études et travaille, avant d’être élu à l’assemblé nationale en juillet 2024.
Il s’est engagé dans l’action politique sous les auspices de l’écologie et, pas de doutes, sa vision de l’évolution de nos villes et de ses enjeux pour l’avenir ne renie rien à sa sensibilité et à ses convictions.
Dans une société et un système démocratique complexes, expliquer est nécessaire, œuvrer pour un développement résilient et solidaire est un enjeu pour la métropole clermontoise.

Restaurer des espaces de vie de proximité, des places de villages

Éric-Marie Gauthey : Vous êtes né à Clermont-Ferrand, vous avez vécu à Issoire puis êtes revenu à Clermont.
Nicolas Bonnet : J’ai effectivement vécu à Issoire jusqu’au bac. J’ai effectué, à Clermont, mes classes préparatoires scientifiques au Lycée Blaise Pascal (…). Je suis sorti diplômé de l’École d’ingénieurs ISIMA (…) en 2003. Ma vie dans le tissu clermontois a vraiment commencé en 2006, après avoir travaillé quelques années à Paris.

É-M. G : Vous êtes revenu à Clermont avec le tram !
N.B :  Exactement. C’est justement là que la ville a beaucoup changé. Une ville plus apaisée. Des personnes me racontent l’époque où la Place de la Victoire ou la rue des Gras n’étaient pas piétonnes. Ce sont des choses que je n’imagine pas (…). Je me rappelle quand même la place de Jaude avec beaucoup de voitures. C’est maintenant lointain.
Aujourd’hui, plus personne n’imaginerait revenir en arrière (…). Moins de voitures, plus d’espaces piétons, c’est le sens de l’histoire, observé dans toutes les villes et qui se poursuit aujourd’hui avec les travaux en cours, qui n’auront échappé à personne (1).
J’espère bien (…) que de mêmes évolutions interviendront dans les quartiers. Quand je dis les quartiers, c’est en fait continuer la piétonisation mais de proximité, que ce soit dans un quartier clermontois ou à l’échelle métropolitaine. Que l’on habite à Beaumont, très intégrée au tissu urbain, ou dans le quartier de Regensburg, il y a besoin de recréer des espaces de vie pour les habitants (…). C’est ce que l’on fait à Regensburg, par exemple, dont on a beaucoup revu l’aménagement, mais le besoin subsiste ailleurs (…). Il faudrait développer ces approches, restaurer l’idée de places de villages.

É-M. G : On est à la fois dans ce qui s’est fait et ce qui devrait se faire. Revenons un peu sur 2006. C’était hier mais cela fait bientôt vingt ans ! Ce n’est pas rien, ce sont beaucoup d’années. Comment caractériseriez-vous l’évolution de nos communes ces vingt dernières années ?
N. B : Clermont a beaucoup évolué. On est passé des cols bleus aux cols blancs, comme dans beaucoup de grandes métropoles et la France au sens large. La désindustrialisation s’est poursuivie même si Michelin est toujours très présent. On a moins de production mais plus de recherche, d’administratif, de tertiaire. On a perdu des cols bleus parce que l’on produit moins. On a gagné en cols blancs, de plus en plus, diplômés (…). C’est un fait assez marquant.
Un autre aspect est l’évolution des mobilités. Le tram bien sûr, pour les transports en commun, mais surtout les pistes cyclables qui se sont développées, d’ailleurs amenées par le tram, avec leurs imperfections (…). En gros, on en a fait là où on avait de la place. Cela traduisait une approche naissante. Ces dernières années, cette évolution a pu mieux se concrétiser dans un schéma cyclable, dans des pistes plus sécurisées, mieux priorisées (…). C’est un vrai changement pour Clermont (…).

É-M. G : Transformation sociologique, des mobilités. La première se traduit dans l’espace public des nos cités ou c’est juste une statistique ?
N. B :  C’est une statistique. L’évolution du vélo n’est pas forcément liée. Il n’y a pas que des cadres sur les vélos ! On voit tout type de profils sur les pistes cyclables. Il y a également des dynamiques citoyennes et associatives (…) comme le « guidon dans la tête » et « la roue tourne », où l’on retrouve toutes catégories de pratiquants, de tout âge.
Je ne rattacherai donc pas forcément la mobilité cyclable à l’évolution sociologique (…). C’est plutôt le constat en milieu dense, en ville, que l’on ne peut pas tous avoir sa voiture : trop de pollution, d’embouteillages (…). Il fallait, il faut réinventer les mobilités en secteur urbain.

É-M. G :  Vous êtes député depuis juillet 2024. Vous êtes amené à fréquenter beaucoup plus les cercles parisiens. On vous parle de Clermont ?
N. B : Un peu, ne serait-ce que lorsque je dis d’où je viens à mes interlocuteurs.

É-M. G : Ils vous disent quoi ?
N. B :  Ma circonscription couvre aussi la Chaîne des Puys et ils ont plus l’image des volcans que de Clermont. Certains connaissent des événements comme le Court métrage, qui a une certaine renommée.
Pour parler marketing territorial, on commence à être un peu plus reconnus qu’avant, mais pas encore au niveau de plus grandes métropoles comme Lyon, Marseille, Toulouse, Strasbourg … On est beaucoup plus identifié cependant, notamment comme la métropole du centre de la France.

Clermont Métropole, locomotive du Massif central

Éric-Marie Gauthey : Aujourd’hui, si vous vouliez caractériser la situation de nos villes, qui forment l’agglomération, vous la résumeriez de quelle manière ?
Nicolas Bonnet : Clermont est la métropole du centre de la France, mais aussi un peu perdue dans cette « diagonale du vide » entre Paris et Montpellier, entre Bordeaux et Lyon. Néanmoins le centre de la France reste un lieu très riche, comme à l’époque où le développement était moins centré sur les plus grandes agglomérations (…).
Beaucoup de villes gravitent autour de Clermont qui a vocation (…) à ce que sa dynamique bénéficie aussi à ces villes moyennes, dans le pôle d’attractivité de la métropole. L’image de la locomotive et des wagons vaut ce qu’elle vaut, mais cette dynamique doit être un développement harmonieux où les services de centralité que l’on va trouver à Clermont (santé, enseignement, économie …) bénéficient au reste du territoire et que tout ne se concentre pas dans la métropole.

É-M. G : C’est le champ de l’action municipale ou celui des Régions, de l’Assemblée, du gouvernement ?
N.B : De tous. La Métropole a un rôle à jouer mais l’aménagement du territoire relève bien des Régions avec la compétence économique et de l’État. C’est vrai quand on parle de politique de réindustrialisation, par exemple, ou d’aménagement du territoire (…). Je siège d’ailleurs à la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire de l’Assemblée. Le rôle de l’État a été un peu abandonné : on laissait l’économie se gérer d’elle-même et s’implanter au gré de ses intérêts. Ainsi les métropoles qui concentraient déjà (…) les activités se sont mécaniquement renforcées (…) par leur force d’attractivité. Sauf qu’au final cela crée beaucoup de tensions sociales, avec la hausse des prix de l’immobilier, des problèmes environnementaux, avec une forte artificialisation des sols.
Quand ce sont toujours les mêmes territoires qui se développent, on a des logements vacants d’un côté, un manque de l’autre et une forte artificialisation des espaces. La loi ZAN (Zéro Artificialisation Nette), notamment, a vocation à mettre un frein à toujours moins de terres agricoles et naturelles (…) alors que l’on a besoin de ces zones protégées et préservées pour notre alimentation, pour la biodiversité, pour la gestion de l’eau.

É-M. G : Avec la solidarité comme condition pour trouver les équilibres territoriaux…
N. B : Une manière d’agir est de « faire la ville sur la ville », ce que l’on essaye de faire à Clermont, mais en conservant de la nature.
Une autre est de considérer que tout le monde n’a pas vocation à se concentrer dans la métropole. Il faut donc aussi travailler avec nos voisins proches, pour fonctionner en écosystème avec eux. L’implantation des emplois, répartis, un réseau de mobilités qui connecte les territoires liés.
C’est le cas par exemple du SERM qui doit faire en sorte qu’autour de Clermont on ait une offre, ferrée notamment, efficace, bien sûr pour des déplacements du quotidiens, parce que l’on a des personnes qui habitent loin de leur lieu de travail (…) mais que l’on ne néglige pas ceux qui habitent à l’Ouest, où l’offre de transport en commun est beaucoup plus limitée (…) comme des territoires plus éloignés, pour lesquels les besoins de liens avec la métropole sont plus occasionnels. On peut penser à Aurillac ou Montluçon. Pour eux aussi une offre efficace est nécessaire.

Une société plus complexe

Éric-Marie Gauthey : Les municipales sont un moment politique fort de la vie démocratique. « les Élus responsables de rien, coupables de tout » est évidemment une caricature mais cela vous évoque quoi dans la relation entre les Élus qui s’investissent, beaucoup, dans l’évolution de la société, de la vie publique, de l’environnement urbain en l’occurrence ? 
Nicolas Bonnet :  Les Élus ne sont pas responsables de tout, mais pas non plus coupables de rien. Le système politique s’est fortement complexifié. La société se complexifie. Le numérique peut paraître facilitant mais, non, il accélère tout et ses travers s’additionnent aux problèmes et enjeux à traiter.
On fait face à des problèmes environnementaux croissants, des problèmes sociaux de plus en plus importants : chômage, creusement des écarts de richesse, désindustrialisation et dépendances aux autres.
Oui les problèmes se complexifient et, oui, les attentes citoyennes sont ainsi plus importantes quant à la manière dont on peut traiter, résoudre ces problèmes. Sauf que dans le même temps on a aussi une forme d’affaiblissement de la compréhension citoyenne quant à la manière dont fonctionne notre démocratie (…). Le système démocratique est complexe. Il y a beaucoup d’échelons, locaux, métropolitains, départementaux, régionaux, nationaux, européens… A chaque niveau, des décisions différentes sont prises.

É-M. G :  Nous ne trouvez pas qu’aujourd’hui, les citoyens, quelles que soient leur conviction ou leur clairvoyance, tendent à renvoyer une image de rupture, de fracture, de critique permanente de l’action publique ?
N. B : Ce n’est pas toujours simple pour les citoyens de comprendre quel Élu est responsable de quoi. Il ne s’agit donc pas du tout de dédouaner les Élus de leurs responsabilités mais de bien les identifier.
Quand par exemple on parle du plan local d’urbanisme, métropolitain maintenant, qui détermine ce que l’on peut faire ou ne pas faire comme aménagements dans une ville, la responsabilité revient bien aux Élus qui l’ont voté. Lorsqu’on construit un PLU, il y a concertations, échanges avec les citoyens. Une fois qu’il est adopté, ce ne sont plus les Élus qui décident si un projet urbain est recevable ou non. Les Élus ne doivent alors que vérifier s’il est conforme aux règles que l’on s’est données dans le PLU.
Et, même si les Élus peuvent penser que tel projet n’est pas bien pensé, esthétique, ceci ou cela, s’il correspond aux règles, il doit être accepté, faute de quoi, en cas de recours (…), la Mairie n’aura pas gain de cause. Or typiquement le citoyen va pouvoir penser, lui, que le projet n’est pas satisfaisant et que c’est le choix du Maire. Ce n’est pas ça.
C’est un exemple de ce qui peut créer un décalage entre les responsabilités que font porter les habitants citoyens sur les Élus et leur responsabilité réelle.
C’est un peu la même chose avec la loi et la justice (…). Les députés votent la loi, les tribunaux appliquent la loi. Lorsqu’une décision de justice est rendue, (…) le juge n’a fait que regarder ce que la loi dit et impose. (…). Le juge décide à l’aune de la loi, que tout le monde connait.
C’est la même chose pour un PLU. C’est au moment où il est en instruction, en débat, qu’il faut intervenir. Dans ses années d’application, après son vote, il n’est plus temps de changer les règles.
De la même manière qu’on ne peut guère contester une décision de justice, sauf à considérer que le juge s’est trompé dans l’application de la loi. Ce qui n’est pas ou rarement le cas, car le système judiciaire est très contrôlé et fait intervenir experts, avocats …

Alors oui, je pense qu’il y a un vrai besoin d’accompagner les citoyens pour mieux maîtriser le fonctionnement des institutions, peut-être aussi de les simplifier, les rendre plus lisibles. Il y a besoin de recréer cette connexion entre notre démocratie et les citoyens.

« Réinterroger cette organisation régionale en s’appuyant plus sur ces notions de bassins de vie »

É-M. G : Pour les 6 années de la prochaine mandature, quels seraient les 3 enjeux prioritaires ?
N. B :  Sans hiérarchie, le premier serait de développer notre résilience, notre robustesse. De plus en plus, dans les tensions internationales, climatiques et environnementales, on a besoin de développer la capacité de notre territoire à s’en sortir lorsqu’il y a des fluctuations (…). Cela passe par la base, notre capacité de produire de l’alimentation. Celle dont nos habitants ont besoin (…).
Un PAT (Projet Alimentaire Territorial) est d’ailleurs engagé (…). Aujourd’hui, on ne produit peut-être que 10% des légumes (…) dont on a besoin sur le territoire et encore moins de fruits. On a besoin de redévelopper leur production pour être plus résilients, mais aussi leur distribution (…) pour que les producteurs touchent une plus grande partie de cette valeur ajoutée. Il s’agit là aussi de lutter contre la désaffection de la profession agricole, parce que cette profession est trop peu rémunératrice, alors qu’essentielle.
L’alimentation, mais aussi l’énergie. On est très dépendant de ressources hors du territoire et fossiles ! Par ailleurs, le développement harmonieux avec nos territoires proches est également un enjeu. Arriver à être cette capitale du massif central, non plus administrative puisque la réforme des Régions nous a retiré ce statut, mais au sens du bassin de vie et de ses dynamiques, qui ont du sens. Tout le monde n’a pas vocation (…), à être tourné vers Lyon.
Il pourrait y avoir dans l’avenir à réinterroger cette organisation régionale en s’appuyant plus sur ces notions de bassins de vie.
Enfin, et c’est en lien, participer à la réindustrialisation du territoire, recréer de l’emploi (…) est important. Recréer de la valeur ajoutée, mais de la valeur ajoutée qui reste sur le territoire.

É-M. G : Vous ne parlez pas de la culture ?
N. B : C’est vrai. Je suis consommateur de culture, théâtre, cinéma, musique, mais pas un expert de la structuration des milieux culturels.
Notre Métropole, relativement à sa taille, a fait beaucoup pour la culture (…).
Nous sommes allés jusqu’au bout de la candidature à la Capitale européenne de la Culture, ce qui montre bien que l’on avait les qualités requises. Mais il fallait un vainqueur, ce qui ne veut pas dire que les autres candidatures étaient mauvaises. Des labels récompensant plusieurs villes seraient peut-être plus adaptés qu’un vainqueur, des vaincus.
On a quand même des projets d’intérêt comme la Cité du Court (…). La Coopérative de mai est aussi un pôle culturel qui marche bien.

É-M. G : C’est important la culture pour le vivre ensemble ?
N. B : Bien sûr. Avoir une offre culturelle diversifiée rend aussi le territoire agréable à vivre. Et puis la culture, c’est émancipateur, ça permet de s’ouvrir sur le monde. On n’a pas forcément besoin de parcourir le monde, on le fait d’ailleurs plutôt en touriste. Alors qu’au travers de la culture c’est vite plus réflexif. Le festival du Court est à ce titre très intéressant car on voit des films du monde entier, sur des moments et des thèmes précis, auxquels on n’a pas forcément pensé. Le Rendez-Vous du Carnet de voyage est aussi un très bel événement à ce titre (…).

É-M. G : Pourquoi avoir choisi  le Cartel Café pour réaliser cet entretien ?

N. B :  Parce qu’il est au croisement de la mobilité cyclable, dont je suis pratiquant et défenseur, et de la réindustrialisation. Il a été monté par les Cycles Victoires qui conçoivent et produisent à Beaumont. Même si tout n’est pas produit ici, ni en France, je pense à différentes pièces (…).
Parce que c’est aussi un lieu de partage avec une approche très qualitative des produits servis. Ilschoisissent d’où viennent les cafés, comment ils sont produits. Et ce n’est pas plus cher qu’ailleurs (…).

1 : Projet InspiRe

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À propos de l'auteur

Eric Gauthey

Né avec la crise des missiles de Cuba, son enfance, ses études et ses premières années de la vie d’adulte furent nomades.
Au début des années 90, il émigre à Clermont-Ferrand pour se sédentariser. Son métier, non moins sédentaire, l’engage dans le service au public (transports publics de l’agglomération clermontoise).
Le voyage reste sa passion, pour ses vacances mais pas seulement. Cofondateur d’Il Faut Aller Voir et du RV du Carnet de Voyage, il pousse jusqu’à publier deux ouvrages : « Cher Bouthan » – 2011 et « Buna Tatu » - 2017 (sur l’Ethiopie).

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