Benoît Dutour, est un artiste plasticien, terme qu’il se plaît d’ailleurs, à brocarder… alors disons tout simplement qu’il est créateur d’œuvres d’art. Cet homme originaire du Puy-de-Dôme n’a pas toujours vécu une vie d’artiste et c’est peut-être dans son passé professionnel qu’il faut chercher sa volonté d’utiliser les mots justes, car il y a 20 ans, il était encore juriste. Diplômé d’un doctorat en droit, il a débuté chez Michelin avant de devenir secrétaire général des sociétés Oracle, Accenture et Nestlé puis d’être nommé vice-président de Rexel et Dassault. La quarantaine atteinte, comme beaucoup de cadres, il s’est interrogé sur le sens de son métier, craignant que celui-ci ne « l’assèche ». Passer sa vie dans les codes Dalloz, c’est bien mais plonger dans les univers kaléidoscopiques des Magritte, Duchamp, Soulages ou Rothko, permet de donner une dimension tout autre à sa vie. Alors Benoît Dutour a fait volteface. Il est devenu créateur, obtenant ainsi un blanc seing vers une réflexion plus profonde dans laquelle il se plaît à inviter le public venu découvrir son travail.
Les Larmes de joie, une série d’œuvres de Benoît Dutour
Benoît Dutour a déjà beaucoup exposé dans des galeries parisiennes, mais la consécration est arrivée avec ses installations de Larmes dans des lieux exceptionnels. Il en a ainsi installé une série à Paris, place des Vosges ou dans le Parc Montsouris, mais aussi dans l’église de la Madeleine, après avoir imaginé le projet d’enchâsser des fragments de bois calcinés de la charpente de Notre-Dame de Paris dans des larmes de verre organique composant une « œuvre offrande ». 7 Larmes avaient été suspendues à une structure en chêne spécialement conçue pour l’occasion et installée non loin de l’édifice religieux martyrisé par les flammes.
C’est justement après l’exposition de l’église de la Madeleine, qu’il a reçu une commande de 31 Larmes de joie de la part de la communauté de communes RLV, Riom Limagne et Volcans destinées à être exposées dans la nef de l’ancienne chapelle du Musée régional d’Auvergne à Riom. L’œuvre intégrée au parcours du musée, constitue l’apogée de la visite.
31 Larmes comme les 31 communes de RLV
7 Jours à Clermont : Les Larmes de joies présentées à Riom était une commande. Vous avait-on donné un cahier des charges précis ?
Benoît Dutour : On ne peut pas dire un cahier des charges très précis, mais plutôt une ambition claire de RLV et beaucoup de bienveillance avec l’artiste. Ce n’était pas « on veut ça, vous faites ça avec tel délais, tel quota ». C’était vraiment collaboratif, participatif et on a co-construit l’installation avec RLV, la DRAC qui était aussi commanditaire et les habitants des 31 communes.
Il fallait regarder la faisabilité technique, voir s’il pouvait y avoir un rendu cohérent et ensuite se demander ce que l’on mettait dans les Larmes. Ce n’était pas juste une commande de 31 pièces parce qu’il y a 31 communes.
7JàC : Il s’agissait avec cette installation, de représenter le territoire. En tant que créateur avez vous toute la liberté inhérente à la création ?
B. D : Franchement…. totale. À aucun moment, je n’ai senti une quelconque contrainte ou une obligation. Il n’y avait pas cette volonté d’être exhaustif, de représenter absolument tout. Il fallait voir ce que cela allait donner, embrasser le plus possible, mais pas de faire quelque chose de forcé. Il y a des choses que l’on a pas mises, car on y a pas pensé mais cela aurait été pertinent… ce n’est pas grave et il ne faut pas être vexé de se dire que tout n’y est pas, ou dire telle marque a une grosse Larme alors qu’une autre marque en a une petite, ce n’était pas du tout le sujet. Le choix de la taille des Larmes était avant tout une considération artistique et esthétique. Il y a des objets, qui mis dans une petite Larme auraient donné un rendu décevant et contre productif, voire disgracieux. Pour d’autres, par exemple Vulcania, le rendu ne pouvait être pertinent que dans une grande Larme.
7JàC : Que cherchait le Musée en commandant une œuvre contemporaine qui cohabite désormais avec 4 000 pièces de l’Auvergne rurale du XIXe siècle ?
B.D : L’idée était de redynamiser une branche importante du musée qui est beaucoup moins connue que le Musée Mandet, alors qu’il y a une collection riche et très intéressante. En installant les Larmes ici, cela permet de donner un coup de projecteur sur ce musée à travers une installation d’art contemporain bien ancrée en 2025.

« Je conseille de se perdre un peu dans le musée »
7 Jours à Clermont : Quels conseils pouvez-vous donner vous aux visiteurs qui découvrent votre œuvre ?
Benoît Dutour : Il y a plusieurs points d’entrée, mais le premier est de se laisser porter par le musée. Le sujet ce n’est pas que d’aller voir cette installation, mais de renter dans le musée et d’ailleurs la scénographie est telle, que l’on est contraint de se perdre un peu dans le musée, de découvrir certains éléments conservés et bien présentés et ce n’est qu’à la fin seulement que l’on voit l’installation. Il y a une scénographie que je trouve très bien faite avec des cartels riches intellectuellement qui permettent de faire le lien entre les éléments qui sont dans les vitrines et le contenu de chacune des larmes. Dans les explications, il y a des données techniques, historiques, scientifiques, quantitatives pour élever la connaissance et la conscience… c’est très érudit.
Donc, je conseille de se perdre un peu dans le musée, des découvrir des choses parfois très étonnantes, de se nourrir intellectuellement et quand on arrive sur l’installation, mon conseil est de prendre le temps. Il ne faut pas trop intellectualiser, il faut se laisser porter par la beauté des objets qui sont à l’intérieur des Larmes et j’espère la beauté de l’ensemble. Après, partir à la découverte. C’est pour cela que certaines d’entre elles sont non éclairées… pour garder une part de mystère.
Les Larmes de joie de Benoît Dutour, installation de 31 pièces emblématiques du territoire (volcanisme, Vulcania, Volvic, Bibendum, ASM …). Musée régional d’Auvergne, 10 bis, rue Delille à Riom.











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