Damien Carraz, Johan Picot et Ludovic Viallet sont tous trois spécialistes de l’histoire médiévale, professeurs en université ou consultant. Réunis par les Presses universitaires Blaise Pascal, ils ont dirigé un ouvrage collectif intitulé Identités montferrandaises. De la ville neuve au quartier. Cet ouvrage, hyper documenté, en 3 parties, retrace l’histoire de la ville neuve comtale, de la fusion de Montferrand et Clermont et replace la ville parmi d’autres villes neuves en France, Europe et Amérique.
Une ville qui devient royale et termine simple quartier
Montferrand aurait été fondée à partir de rien, vers 1120 par comte Guillaume VI d’Auvergne dans un contexte de conflits avec la ville voisine de Clermont, cité de l’évêque allié au roi de France. D’abord cité comtale au XIIe siècle, elle devient seigneuriale au XIIIe avec le sires de Beaujeu, puis royale dès 1292 quand de Louis II de Beaujeu ruiné, la vend à Philippe le Bel. La ville reçoit la plus ancienne charte de franchises de la région qui érige sa communauté d’habitants en universitas juridiquement autonome jusqu’en 1731, année marquée par l’application de l’édit de Troyes de 1630 qui provoque la fusion des villes de Clermont et Montferrand, rivales de longue date. C’est au XIIe siècle que Montferrand connaît l’essor : ville franche qui s’administre elle-même par l’intermédiaire de consuls élus chaque année, place forte militaire, pôle commercial avec commerce, foires, activités agricole et viticole et haut lieu religieux. Lorsqu’elle est royale et jusqu’au XVIIIe siècle, Montferrand, la ville du comte, est considérée l’égale de Clermont, la ville de l’évêque et de Riom, ville du duc.
Désirant garder son indépendance, Montferrand demande 4 fois la séparation, en 1789, 1848, 1863 et 1911, mais malgré cette instance, elle finit par devenir un quartier de Clermont-Ferrand, où logent les ouvriers, notamment les étrangers, employés par l’industrie alimentaire avec les pâtes Capitan et surtout Michelin dont les constructions finissent par combler le vide entre les deux villes.
Ici, ici c’est Montferrand !
De ce passé subsiste aujourd’hui de nombreux éléments patrimoniaux, qui hélas, ont longtemps été délaissés par la municipalité clermontoise. Un plan de sauvegarde et de mise en valeur a heureusement été mis en œuvre afin de redorer le blason de cette ville devenu simple quartier. Pourtant, il suffit de se promener dans le centre historique pour distinguer ce qu’est l’identité montferrandaise : des bâtiments qui n’ont rien à envier à ceux du centre de Clermont, une église gothique, un cimetières, des restes des remparts qui dit-on, sont plus long que ceux de Carcasonne. Mais au delà des pierres, le sentiment d’appartenance et de presque indépendance reste très fort, d’ailleurs Montferrand a eu ses propres conseillers municipaux et sa mairie. Mais c’est sans doute le rugby qui a entretenu ce sentiment quand, pour préserver l’acronyme ASM, l’AS Michelin et devenue AS Monferrandaise. Le « Ici, ici, c’est Monferrand » à longtemps résonné les jours de match, entretenant une certaine confusion.
Une partie de l’ouvrage Identités montferrandaises. De la ville neuve au quartier propose une sortie de Montferrand, vers d’autres villes, qui comme elle, ont été fondées ex nihilo et partagent les mêmes bases de l’organisation sociale, de l’urbanisme et du rayonnement qui, pour le sud-ouest de la France tout du moins, avec les fameuses bastides.
Rencontre-dédicaces à la Librairie Les Volcans
À l’occasion de la parution de l’ouvrage Identités montferrandaises. De la ville neuve au quartier (1120-2020) aux Presses universitaires Blaise Pascal, une rencontre-dédicaces est organisée vendredi 19 décembre 2025, à partir de 17h, en présence de Ludovic Viallet, professeur d’histoire médiévale à l’Université Clermont Auvergne et Johan Picot, docteur en histoire médiévale à l’Université Jean-Moulin Lyon 3.Entrée libre et gratuite.








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