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Bernard Laporte par Gervais Loock.
Chroniques

L’ovale ne tourne pas rond

La France organisera la Coupe du Monde de Rugby en 2023. Un bel arbre pour cacher la forêt alors que notre rugby pro, asphyxié par le fric, semble condamné à l'errance éternelle. C'est comme ça quand on vend son âme au diable.

Avertissement !

Si vous êtes trop jeune pour connaitre l’inusable complainte de Gaston Ouvrard Je n’suis pas bien portant, allez faire un tour sur Youtube et reprenez en chœur avec moi :

J’ai la rate qui s’dilate…J’ai les hanches qui s’démanchent…la poitrine qui s’débine…

Les échos de cette litanie souffreteuse pourraient sortir des vestiaires du Top14, et pas seulement ceux de l’ASM, tant les infirmeries débordent de victimes d’un sport devenu dingo à force d’affrontements sauvages qui font péter les ligaments et traumatisent les organismes. Comme si, pour plaire aux marchands d’images fortes qui alimentent les tiroirs-caisses du rugby pro, il était devenu nécessaire de revenir vingt siècles en arrière quand les gladiateurs de la Rome antique pénétraient dans l’arène au son des trompettes et sous les clameurs de leurs supporters avant de se massacrer.

Et au diable les commotions cérébrales ! Ne manque plus que lâcher un lion sur la pelouse sous l’œil avisé d’un commissaire aux citations qui, entre deux bières (sans alcool) devant sa télé et après examen minutieux de douze ralentis, pourrait noter que le fauve n’a pas attaqué sa victime selon les règles avant de la croquer…gare aux sanctions !

Allez, on reprend :

J’ai l’fémur qu’est trop dur…J’ai les cuisses qui s’raidissent…les rotules qui ondulent…

Quand le coq en pâtit

En fait, c’est bien tout le rugby hexagonal qui est détraqué depuis que les investisseurs ont pris les rênes d’un championnat autoproclamé ‘’the best in the world’’…surtout par la force d’attraction de ses salaires et des magouilles qui permettent d’en outrepasser les limites officielles. La surcharge d’un calendrier irresponsable (38 dates pour les clubs y compris la coupe d’Europe contre 18 ou 20 chez les Sudistes du Super Rugby) rinçant les joueurs jusqu’à la moelle et multipliant les doublons avec le XV de France a engendré au fil du temps un désintérêt pour la formation des jeunes au profit de l’importation massive du ‘’prêt-à-gagner’’. Voilà comment, et même sur un gazon synthétique, le manque de talents ‘’made in France’’ de niveau mondial laisse notre Coq les pattes engluées dans la gadoue au point de sombrer dans l’indigence face aux Japonais un soir de black Saturday de fin novembre.

L’quinze de France en souffrance…Y’Laporte qui s’emporte…Et Novès en détresse…

Refrain :  Ah ! Bon Dieu ! Qu’c’est embêtant

D’être toujours patraque

            Ah ! Bon Dieu qu’c’est embêtant

Je n’suis pas bien portant.

L’ASM exception culturelle?

Avec son public labellisé ‘’meilleur de France’’, le fournisseur officiel du XV tricolore ferait-il figure de village des Bisounours dans le royaume ovale des Pieds Nickelés ?

« Chez nous monsieur, on veut respecter la masse salariale, on est fier de fabriquer du ‘’jiff’’ et de faire éclore des jeunes ». Ok, super ! Sauf que ces jiff (joueurs issus de la formation française que les clubs sont tenus d’aligner au nombre minimum de 14 en moyenne sur un certain nombre de feuilles de matchs)…on se les fait piquer par la surenchère de concurrents ‘’plus argentés’’, voir Chaume et Nakaitaci en partance pour Lyon, et puis rien n’empêche que ces jiff soient étrangers et qu’ils portent finalement le maillot de leur pays d’origine (Yato par exemple). Il paraît que c’est le jeu ma pauvre Lucette ! Mais franchement, il n’y a guère qu’en France qu’on puisse inventer cette usine à gaz des jiff tandis qu’ailleurs un gentleman’s agreement entre dirigeants suffit bien souvent à limiter le nombre d’étrangers. Mais pour ça, faut-il encore être entre gentlemen !

Il est arrivé au président De Cromières d’évoquer quelques idées pour remettre un peu d’ordre dans un système qu’il a qualifié lui-même de ‘’pourri’’. Alors, c’est pour quand le prêche de la croisade ? Neuf siècles après Urbain II, ça ferait reparler de Clermont !

Bernard Laporte, patron du rugby hexagonal, osera-t-il le coup de pied dans la fourmilière ? Rien n’est moins sûr car l’organisation de la Coupe du monde 2023 risque fort de justifier une paix des braves qui serait un parfait prétexte pour ne rien révolutionner. Comme il y a deux ans, après une famélique Coupe du Monde, on pourrait créer un nouveau comité Théodule (comme disait le Général) en charge de coller des emplâtres sur les jambes de bois.

Ah ! Bon Dieu qu’c’est embêtant

Je n’suis pas bien portant. !!!

 

À propos de l'auteur

Yves Meunier

Yves Meunier

Bourbonnais originaire de Gannat où il s’est essayé au rugby sous le maillot de l’ASG pendant une douzaine d’années. Diplômé d’Etudes Supérieures en Sciences Economiques à l’Université de Clermont. Journaliste à France3 Région de 1972 à 2007. Aujourd’hui impliqué avec des amis dans une aventure viticole du côté de Saint-Emilion et toujours en prise avec le sport auvergnat au sein de l’Union des Journalistes de Sports en France.

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