Accueil » Culture » Qui étaient Les 2 Potiers dont une lampe vient de battre un record aux enchères ?
27.808 €, record mondial pour cette lampe de parquet Les 2 Potiers / Photo Ivoire Clermont
27 808 € aux enchères, un record mondial pour cette lampe de parquet signée Les 2 Potiers / Photo Ivoire Clermont
Culture Patrimoine

Qui étaient Les 2 Potiers dont une lampe vient de battre un record aux enchères ?

Les objets créés par Michelle Bargoin et de Jacques Serre, Les 2 Potiers, attirent aujourd'hui toutes les convoitises des collectionneurs d'objets du XXe. Retour sur la vie des deux céramistes dont la carrière est intimement liée à Clermont et sa région.

La vente aux enchères d’objets XXe siècle qui s’est récemment déroulée à l’Hôtel des ventes de Clermont a réuni de nombreux collectionneurs et décorateurs privés, particulièrement motivés par les 150 lots constituant la décoration intérieure d’une maison à Issoire (lire notre article Une collection exceptionnelle d’objets du XXe siècle vendue aux enchères). Avec une salle des ventes archicomble et un millier de personnes sur Internet, on pouvait s’attendre à de belles “bagarres” et ce fut le cas, puisque des adjudications ont réalisé 2,5 fois leur estimation basse. Parmi l’ensemble exceptionnel d’objets, les créations des 2 Potiers ont attiré les convoitises avec à la clé un record mondial pour une grande lampe de parquet à deux lumières adjugée à 27 808 €. Une lampe à poser avec son abat-jour d’origine, signée des mêmes créateurs, a, quant à elle, changé de main pour 12 640 euros.
Si les créations des 2 Potiers mettent en effervescences les collectionneurs du monde entier, curieusement les Auvergnats sont nombreux à ignorer que derrière ce nom commercial se cachent les patronymes de Michelle Bargoin et de Jacques Serre qui furent des figures importantes de l’art à Clermont et sa région durant les années 50 à 70.

L’influence de Gabrielle Rochard

Au début des années 50, Gabrielle Rochard, qui est céramiste et décoratrice, installe une galerie de design du XXe siècle dans sa maison de Clermont-Ferrand. Cette galerie sera une référence durant 20 ans, jusqu’à sa fermeture au milieu des années 70. Ouverte à la création contemporaine, elle expose Georges Jouve, Serge Mouille, Alexandre Noll, mais aussi Charlotte Perriand et Jean Prouvé.
Gabrielle Rochard élève son fils, Jacques Serre, au milieu des œuvres, dans une ambiance créative. Fatalement ce dernier se retrouve à 18 ans, en 1952, élève de l’école des beaux-arts de Clermont. Cette même année, il rencontre Michelle Bargoin qui intègre elle aussi les beaux-arts mais en 1953 et à l’école de Bourges où elle suit les cours du céramiste Jean Lerat qui l’initie au tournage. L’année suivante, elle décide de venir à Clermont pour terminer ses études et rejoindre Jacques. En 1955, ils célèbrent une double union. Ils se marient et décident de s’associer professionnellement pour travailler la céramique en duo. C’est le début de l’aventure les 2 Potiers, signature qui fait son apparition sur des œuvres à partir de 1956.

Les années Chazeron

Gabrielle Rochard est une amie de Roger Coulon, alors propriétaire du Château de Chazeron, situé entre Châtel-Guyon et Loubeyrat. Le jeune couple (Jacques a 22 ans et Michelle 20 ans) s’installe au château où arrive leur premier four à gaz, cadeau de Léon Serre, le père de Jacques.
Durant les premières années de leur duo, les artistes s’inscrivent dans la ligne qui révolutionne la céramique des années 50, mais en choisissant une gamme chromatique plutôt foncée. Ils travaillent à la superpositions des émaux en utilisant des émaux mats et appliquent la technique du frottage pour laisser apparaitre les couches inférieures. Cette technique leur permet de se démarquer du reste de la production d’alors et constitue finalement l’épine dorsale de toute leurs créations qui commencent à se vendre dans la galerie de Gabrielle Rochard mais aussi directement à Chazeron.

Reconnaissance à Paris

Lampe toupie Les 2 Potiers / Photo PIASA
Lampe toupie Les 2 Potiers / Photo PIASA

À partir de 1958, leurs céramiques sont présentées à Paris dans la boutique Roche & Bobois du quartier Saint-Germain où l’on trouve également leur production de mobilier carrelé et de tables au plateau en lave émaillée. La notoriété des 2 Potiers s’installe avec la lampe modèle Toupie dont la grande production permet une diffusion partout en France dès 1961.
En 1962, une exposition consacrée au travail du couple dans la galerie clermontoise Gabrielle Rochard rencontre un vif succès et l’année suivante c’est la Boutique danoise, galerie de design scandinave à Paris, qui présente les pièces des Deux Potiers.
En 1964,  Michelle Bargoin et de Jacques Serre quittent Chazeron pour un autre Château, celui de Auteyrat à proximité de Billom. Ils rénovent le château et y installent un nouveau four permettant de travailler des pièces de grands formats.
Après 15 ans de collaboration, le couple finit par se séparer en 1970. Jacques Serre part vivre quelques années en Corse avant de revenir à Volvic en 1984 installant un grand atelier dans l’ancienne gare pour travailler sur l’émaillage de la pierre de lave. Michelle se tourne vers la sculpture en grès et signe ses œuvres Michell. Aujourd’hui les créations des 2 Potiers font désormais partie du patrimoine artistique du XXe et leur côte chez les collectionneurs ne cesse de grimper.

Collaboration avec les architectes

L’architecte Paul Lanquette travaillant sur l’aménagement du nouveau centre de la Sécurité Sociale de Clermont qui sera inauguré en 1960, commande aux 2 Potiers, une sculpture dans le cadre du fameux 1% artistique. Cette même année ils sont sollicités pour la réalisation de pièces destinées à l’église clermontoise Saint-Pierre-des-Minimes. Par la suite d’autres architectes font appel au couple pour plusieurs réalisations : citons la façade de l’agence EDF de Clermont, l’entrée d’un hôtel, un panneau situé dans une brasserie ou encore les éléments de la façade de l’Epires à Clermont dont la réalisation entre 1966 et 1970 a été confiée à l’architecte Valentin Vigneron et au décorateur Jean Mosnier.

Façade de l'Epires (ITSRA) Photo 7 Jours à Clermont
Façade de l’Epires (ITSRA) Photo 7 Jours à Clermont

 

Partager :

À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

1 Commentaire

Cliquez ici pour commenter

Sponsorisé

Les infos dans votre boite

Sponsorisé