La Galerie Louis Gendre & Ko présente actuellement une double exposition Olivier Morel et Le Sonneur, artistes à la démarche différente, mais qui se rejoignent, in fine, sur l’idée de la simplification du propos.
Vous êtes ici est le nom donné à l’exposition des œuvres rassemblées par Le Sonneur, artiste que l’on peut qualifier de « touche à tout ».
Son patronyme est l’héritage de ses premières œuvres de street art, en forme de sonnettes fixées sur des entrées d’immeubles ou de maisons. Désormais sa pratique est multi-médiums, allant du dessin à la sculpture en passant par la photographie et l’écriture.
La quête de poésie dans le quotidien
Olivier Perrot : Un sonneur et quelqu’un qui alerte, comme l’atteste d’ailleurs votre signature en forme de porte-voix. Que cherchez-vous à dire aux populations ?
Le Sonneur : Je suis architecte de formation, je n’ai jamais vraiment exercé en tant qu’architecte ou en tout cas assez peu de temps. Très vite, je suis devenu artiste plasticien, dessinateur, auteur. J’explore ces univers créatifs, mais qui sont parcourus par un fil qui les relie, qui pourrait être une quête de poésie dans le quotidien, d’une légèreté, d’une douceur dans le banal et qui parcourt l’ensemble de mon travail. De l’architecture, je ne retiens finalement que le moment où la main de la femme ou de l’homme touche l’architecture, le moment où la pierre a ce rapport avec les usages et les usagers.
O. P : Je ne vous suis déjà plus… qu’est ce que cela veut dire ?
L.S : Par exemple quand j’ai commencé dans la rue, que je faisais du street art et que je posais des petites sonnettes, c’était là, le plus minimal de l’architecture. Ça se positionne sur le pas de la porte, cela fait quelques centimètres. Avec juste un petit libellé sur une sonnette, on dit beaucoup des raisons d’être de l’architecture, de l’intimité en permettant à la vie de s’y nicher. Tout cela peut se résumer parfois en quelques caractères et très peu de choses.
O.P : Finalement tout cela n’est pas de la poésie tout simplement ?
L.S : Si en quelque sorte. Il y a une forme de douceur, de surréalisme, de promenade dans un imaginaire assez doux.
Une exploration très intérieure
Olivier Perrot : Expliquez-nous la démarche qui se cache derrière les dessins actuellement exposés à la Galerie Louis Gendre & Ko
Le Sonneur : Ces dessins sont de grandes traversées dans des paysages imaginaires, des paysages intérieurs. C’est d’ailleurs amusant le dialogue qui s’ouvre avec l’exposition d’Olivier (Morel). Il est dans une exploration géographique et je suis dans une exploration géographique très intérieure. Ca peut ressembler à des paysages oniriques, mais finalement ce sont des paysages intimes.
O.P : Ce fil omniprésent dans ces œuvres, c’est votre fil d’Ariane ? Vous ne semblez pourtant pas être quelqu’un qui a peur de s’égarer…
L.S : L’inspiration de cette série de dessins, part de la légende japonaise du fil rouge qui raconte qu’un dieu facétieux, sort la nuit pour attacher un petit fil, aux chevilles des inconnus. Et d’un bout à l’autre du monde, ces inconnus sont voués à se rencontrer un jour ou l’autre. Cette légende douce et heureuse est assez inspirante et j’ai étiré ce fil en fait. J’en ai fait un fil blanc qui parcourt une série de 80 dessins. On en a sélectionné quelques uns avec Mariko et Louis* pour cette exposition et c’est un fil qui nous promène dans ces paysages imaginaires, que l’on suit et que l’on déroule. Ce fil se noue, ce fil se tend, ce fil fait de nombreux nœuds, mais nous mène toujours à sa poursuite… cela parle peut-être du paysage de l’humain.
O.P : L’humain justement, vous le sollicitez un peu. On peut pas rester uniquement contemplatif face à vos œuvres, il faut s’y projeter et les comprendre.
L.S : Dans mon travail, il y a cette dimension d’ouverture. On peut prendre Umberto Eco en référence avec L’œuvre ouverte et cette exploration de l’histoire de la création sous le spectre du concept de l’œuvre ouverte. C’est la capacité qu’il décrit à laisser une part de désordre ou de « non encore organisé », dans une œuvre, comme dans le cas de Boulez dans une partition musicale, pour laisser à l’interprète, la capacité à interpréter ce désordre à sa façon. Dans mes dessins, mes installations, comme dans mes ouvrages, je n’ai pas tant la sensation des créer des objets artistiques ou des œuvres, mais plutôt de créer des conditions possibles à l’existence d’un objet artistique. C’est comme si je retenais à un moment l’expressivité des choses, pour ne pas trop conditionner. Cela se traduit dans beaucoup de mes travaux par des gestes qui sont assez minimaux, assez épurés. J’essaie d’aller à l’os des choses mais d’y laisser encore un peu de chair pour que la croissance des cellules puissent se faire

« Je ne change pas de médium comme un défi »
O.P : Vos moyens d’expressions sont multiples… vous aimez changer de médium ?
L.S : La prochaine expo sera des dessins et de la sculpture. Je ne change pas de médium comme un défi, mais à chaque fois, je pars d’une idée, d’un projet qui me traverse et avec lequel je vais vivre pendant deux ans. Durant ces deux ans je vais faire énormément de tests et d’essais et à un moment il y a un gagnant ou plusieurs. Pour la série Vous êtes ici, les premiers dessins étaient à l’aquarelle, ensuite à la bombe, ensuite à l’acrylique et finalement, j’ai choisi le print unique avec dessin sur Ipad.
O.P : Vous préparez déjà une autre exposition, ici à la Galerie Louis Gendre. Qu’allez-vous présenter ?
L.S : Pour cette prochaine exposition, ce sera de la sculpture. Les sculptures seront l’héritage d’un travail en dessin issu d’un autre travail qui s’appelle Maisonneuve qui a duré deux ans et demi pour sa première phase. Il y a environ 400 dessins, qui sont aussi dans un recueil. Certains dessins seront là mais à un moment, ils vont devenir de la sculpture.
O.P : On a l’impression que vous avez du mal à mettre un point final à un projet
L. S : C’est quelque chose qui est assez fréquent dans plusieurs de mes projets. Mon médium de prédilection est le dessin ou la peinture, les deux dimensions et j’essaie de prolonger cette quête vers la troisième dimension. À partir d’une série de dessins avec lesquels je vie tous les jours, à un moment, quand le projet m’abandonne, il y a un peu de frustration, je me sens un peu bête. Des fois j’ai, envie de revoir ce projet avec l’envie de prolonger.
Le Sonneur Vous êtes ici + Oliver Morel : L’Emprunte des vagues : double exposition jusqu’au 10 janvier 2026, Galerie Louis Gendre, 7 rue Charles Fournier, Chamalières
*Mariko Kuroda et Louis Gendre dirigeants de la galerie












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