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En circulant devant le numéro 178 de la rue Sous-les-Vignes, il est bien difficile d’imaginer que l’on passe devant un élément essentiel de la culture clermontoise et de son histoire. Le cinéma Le Rio est actuellement l’ombre de lui même. L’enseigne, les portes affiches, la typique façade en bardage métallique… tout a disparu. Seules deux vieilles portes battantes rouges et les traces du mot “cinéma” sur la façade subsistent, renvoyant vers le monde d’avant. À l’intérieur, il ne reste plus grand chose non plus, mis à part la scène-estrade qui a d’ailleurs été réduite. L’accueil, les sanitaires, les fauteuils, l’habillage mural, l’écran… ont été déposés. Le Rio est revenu à son état primitif, une coquille vide, un grand parallélépipède avec une ossature en béton et des murs en parpaings, ceux que Nick Kechichian, tailleur de métier, mais passionné de cinéma, avait payé avec ses propres deniers au début des années 1960.
La première phase du curage achevée
En partenariat avec l’Agence de Développement Régionale du Cinéma, une réflexion sur la modernisation du Rio a été lancée en 2021. Un premier diagnostic a mis en évidence deux éléments essentiels à la pérennité de l’établissement : sa mise aux normes pour les personnes à mobilité réduite et sa rénovation globale de manière à accueillir les publics dans de bonnes conditions. Rappelons qu’avec son mono-écran, ce sont plus de 30 000 spectateurs, dont de nombreux scolaires, qui sont venus assister à des projections en 2024. Il était donc temps que ce “monument” du cinéma clermontois soit remis à niveau y compris pour ses zones d’accueil. Fermé au début de l’année, il a déjà subit sa phase de curage, pour le débarrasser des éléments “non constructifs” et préparer la reconstruction selon le projet imaginé par Clémence Boyer Lagier, en collaboration avec l’agence lyonnaise Fab Architectes fondée par Pauline Bourgade et Salvador Figueras.
Au quotidien, Frédoline Gardette de BCA, Bureau de Coordination Arverne basé à Clermont, assure le suivi de chantier “On repart du brut pour aller vers quelque chose de nouveau en conservant l’état d’esprit d’un cinéma à l’ancienne, sauf la partie extension qui est une partie neuve qui aura les locaux sanitaires. Les fondations sont faites mais on a eu quelques difficultés avec les températures” En effet, le récent épisode caniculaire a empêché tout coulage du béton qui séchant trop vite, perd de sa résistance. Cette extension est le point charnière de la date de livraison qui reste, pour l’instant,fixée à fin novembre 2025.

“La modernité sera là, sans être trop visible”
“Un gros travail sur l’accessibilité PMR a été réalisé, de manière à ce que tout le monde puisse profiter du nouveau Rio” explique Frédoline Gardette qui rappelle que la jauge est passée de 159 places à 149 de manière à pouvoir accueillir les personnes à mobilité réduite avec leurs accompagnants. Mais le handicap ne se limite pas à la mobilité. Le nouvel établissement sera aussi équipé d’une boucle magnétique pour les malentendants.
Mais que veut dire cinéma à l’ancienne en 2025 ? “La modernité sera là, sans être trop visible” répond la coordinatrice. “J’avoue que j’ai eu un vrai coup de cœur pour le projet des architectes qui me fait vraiment penser à la chanson La dernière séance d’Eddy Mitchell. Il y a eu la dernière séance et nous, nous écrivons la deuxième partie de l’histoire en gardant le côté j’y allais avec mon père ou le mercredi avec mes copains. Il y a eu un gros gros travail sur le rendu, sur le côté confort, on aura envie d’aller se blottir dans les sièges et de ne jamais en ressortir”.

Le Rio, un interlocuteur privilégié du milieu éducatif
La nouvelle version du Rio devra permettre à l’équipe qui fonctionne avec des bénévoles et des salariés, selon un mode collégial, de maintenir l’esprit du cinéma authentique et engagé tout en assurant un rôle d’acteur culturel et social. Interlocuteur privilégié du milieu éducatif son rôle reste primordial mais il se retrouve parfois en concurrence avec des salles de projection de Pathé et CGR qui possèdent, elles aussi, la classification Art & Essai. La nouvelle configuration qui facilitera un programme de médiation complémentaires aux séances va donc prendre tout son sens
L’ensemble de la rénovation estimée à près de 800 000 euros HT, est possible grâce à un peu d’autofinancement et à un tour de table financier auquel participe le CNC, Centre national du Cinéma et de l’Image animée, la Ville et la Métropole de Clermont, la Région AuRA, le Département du Puy-de-Dôme, une banque et le CSE Michelin propriétaire des murs, mis à disposition dans le cadre d’un commodat, un prêt gratuit en échange de la prise en charge des frais d’utilisation, d’exploitation et de transformation.














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