L'Essentiel
Guillaume Piéchaud, sculpteur formé à l'École Boulle, a évolué d'une carrière en joaillerie vers des œuvres sculpturales en métal, explorant des thèmes oniriques et fantastiques.
L'artiste exprime une grande satisfaction face à cette exposition, qu'il considère comme un moment marquant pour lui et sa famille, mettant en avant l'importance du travail manuel et de l'émotion dans ses créations.
À Riom, le musée Mandet vient d’ouvrir une nouvelle exposition temporaire, rétrospective du travail du créateur français Guillaume Piéchaud. Intitulée Le mobilier bijou, cette exposition invite à une plongée dans 30 années de créations, procurant à la fois une émotion folle et un réel étonnement face à l’audace et au petit grain de folie qui anime cet artiste né en 1968 et formé à la très prestigieuse École Boulle.
Diplômé en gravure sur métaux précieux et volume, Guillaume Piéchaud travaille, huit ans durant, pour les plus grands noms de la joaillerie de luxe, créant de nombreuses collections de bijoux. Fasciné par les œuvres de son père graveur, il continue néanmoins de se perfectionner à la gravure et décide en 1995 d’embrasser une carrière plus artistique. Il choisit rapidement d’explorer le métal, qui devient son matériau de prédilection car il tisse le lien entre l’orfèvrerie, la gravure et de la sculpture. Si les œuvres les plus anciennes, créées en métal de récupération, renvoient vers un univers proche de la littérature d’anticipation du XIXe siècle, les plus récentes témoignent d’un univers personnel plus onirique, parfois fantastique. Face à chaque pièce, on ne peut être que fasciné par l’extrême soin apporté à la réalisation 100% manuelle dans la plus pure tradition de la joaillerie mais avec des métaux comme l’inox poli ou le laiton et à une échelle bien plus importante.
« il faut des terrains vierges pour s’exprimer »
7 Jours à Clermont : Quel a été votre cheminement personnel pour changer radicalement d’échelle ?
Guillaume Piéchaud : Il faut commencer par un début. C’est vrai que ma formation à l’École Boulle, était dans l’infiniment petit, après on a transposé à la taille… je suis un grand personnage, je fais pratiquement 2 mètres. Je suis resté surement très bridé pendant durant le début et puis il y a eu cette ouverture vers l’infiniment grand avec possibilité de travailler pour l’extérieur, cela compte beaucoup.
7JàC : Comment avez vous basculé vers des formes de plus en plus épurées ?
G.P : Je faisais de la joaillerie et le soir, j’avais besoin de m’exprimer, cela a été en opposition tout simplement, et l’opposition s’est retournée de mon côté. Après j’ai complètement nettoyé mon travail et à un moment je me suis dit qu’il était temps de rajouter des choses, de rajouter mon savoir faire. Il a fallu que je m’émancipe de beaucoup de choses, il faut des terrains vierges pour s’exprimer, sinon cela ne sert à rien.
« c’est plus un travail de sculpteur »
7JàC : Finalement vous êtes resté un artisan d’art…
G.P : Oui c’est ça, je réalise mes pièces mais il n’y a que cette possibilité pour cela existe. Mon travail a en fait évolué avec mon savoir faire, beaucoup même. Là 30, 40 ans après, c’est sûr que j’ai appris beaucoup de choses, aujourd’hui on peut sortir le travail et faire de sublimes expos comme celle-ci.
7JàC : On vous présente comme un designer-sculpteur : lequel de ces deux termes vous convient le mieux ?
G.P : Sculpteur… c’est plus un travail de sculpteur. Designer c’est un mot fourre-tout. Du design de papier cul au design du n’importe quoi, du bonbon. Tout le monde s’appelle designer. Donc en fait je suis plus un sculpteur, un créateur-sculpteur c’est vraiment l’esprit.
7JàC : Cependant vos créations ont une fonction
G.P : Oui oui, elles sont intégrées dans la vie de tous les jours, c’est une volonté indispensable pour moi.

7JàC : Des dessins d’étude sont présent dans cette exposition, pourtant dans votre atelier, vous êtes dans l’improvisation des formes.
G.P : Oh oui, complètement, souvent les dessins sont fais après. On a des croquis et des ébauches de début, mais cela reste quand même très évolutif. Toutes les portes sont ouvertes.
7JàC : On reste stupéfé face à la finition de vos œuvres récentes, en particulier celles en inox poli miroir. Cette finition doit vous prendre des heures et des heures d’atelier.
G.P : Ben oui mais quand on se lance la dedans, il faut aller jusqu’au bout. C’est toujours pareil, si on s’arrête au milieu et qu’on a un truc… bon voilà, j’ai l’habitude d’aller jusqu’au bout et puis après on n’en parle plus, on passe à autre chose.
7JàC : Qui sont les gens qui font l’acquisition de vos œuvres ?
G.P : Des privés, que des privés, des collectionneurs. Je commence maintenant avec des institutions, j’ai travaillé pour des hôpitaux, j’ai fait des grandes sculptures, et je commence à travailler pour des musées, mais c’est un second temps. De toute façon, les institutions il ne faut pas aller les chercher, il faut qu’elles viennent nous chercher. Donc c’est une partie du chemin qui s’annonce. Après c’est vrai que j’ai tout le temps gagné ma vie avec des privés, avec des collectionneurs, en développant des pièces pour eux, en étant près d’eux et en étant quelqu’un de fiable, c’est très important.
7JàC : Quelle effet cela fait d’être présent au vernissage de sa propre rétrospective ?
G.P : C’est assez jouissif et puis 30 ans de travail dans un musée c’est quand même un bel instant d’arrêt pour regarder un peu ce qui a été fait, c’est top, franchement je suis très heureux de cette exposition, elle est très belle, elle me convient. Malika Vinot (commissaire de l’exposition) m’a épaulé d’une façon extraordinaire, il y avait une très bonne équipe, cela c’est fait dans la douceur et c’est en place pour une petite année. On est sur 150 pièces, c’est beaucoup, c’est complètement émouvant et puis il y a toute la famille, tout le monde redécouvre en fait personne n’avais jamais vu cela. Même moi, je n’avais pas vu tout ça en entier, c’est un très bel instant.
Le mobilier bijou, première grande rétrospective du travail de Guillaume Piéchaud dans un musée de France,du 5 juin 2025 au 1er mars 2026 au Musée Mandet, rue de l’Hôtel de Ville à Riom.












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