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"Depuis ma fenêtre, j'observe l'inaccessible puy de Dôme" - photo Patrick Bossin.
Vie publique

Un abécédaire du confiné

Comme le temps est prodigieusement long, pourquoi ne pas se consacrer à l'exercice un peu fastidieux de l'abécédaire ? Thème de circonstance, évidemment, celui du confinement, qui marque l'existence actuelle d'une grande partie de la planète.

A comme Attestation : c’est le laisser-passer, le sésame synonyme de bouffée d’air. Une clef de sortie qu’il vaut mieux avoir en poche sous peine de le regretter amèrement. A défaut d’être imprimé, le document peut-être rempli à la main. Mais pour pouvoir le recopier, encore faut-il ne pas être en panne d’Internet. On le sait, en effet, les ennuis se produisent généralement en série.

B comme Bucolique : bien-sûr, le confinement n’est pas le même selon que l’on soit un citadin, enfermé entre quatre murs, ou un « chanceux » entouré d’arbres, de champs et de petits oiseaux. Entre ces deux extrêmités, il existe toutefois des variantes. Disposer, en ville, d’un balcon ou d’un petit jardin constitue tout de même un sacré privilège en ces temps difficiles.

C comme Courses : jamais, on avait tant apprécier d’aller faire les courses alimentaires ou de promener son chien. Ce sont des moments attendus, la petite lueur quotidienne dans l’obscurité. Qu’importe le prix de la baguette ou du journal, en réalité ils valent de l’or en cette période. Ah, prendre son cabas, son porte-monnaie et filer sur le trottoir, quel bonheur pour un confiné ordinaire…

Comme Conseil scientifique : il est aux manettes. Autour du Président de la République, qui en a nommé les membres, il détermine l’ensemble des mesures qui, des appartements jusqu’aux établissements sanitaires, en passant par la rue et les locaux professionnels, régissent aujourd’hui la vie des Français. Et cela « jusqu’à nouvel ordre », selon l’expression désormais consacrée.

D comme Demain : c’est bien le problème. Demain sera comme aujourd’hui, précisément. Une si forte ressemblance que l’on en perd la notion des jours de la semaine et, même parfois, de futur. On a bien assez à faire avec maintenant.

E comme Evasion : l’évasion, c’est peut-être la fenêtre, le petit bout de ciel que l’on aperçoit, malgré tout, derrière les carreaux. Cela nous rappelle qu’il y a une vie derrière d’autres fenêtres et, aussi, au-delà des murs la ville. L’évasion, c’est tout ce qui, par la vison ou la pensée, nous permet d’échapper (un peu) au confinement.

Ces nuages que l’on aperçoit derrière les carreaux- photo D.R.

F comme Fin : La fin, ce sera le bout du tunnel. Mais, pour le moment, impossible de prévoir une date pour ce qui ressemblera tout de même à une sorte de libération. Compte tenu de la progression de l’épidémie, la situation actuelle risque de durer quelques semaines encore. Ça va être long…

G comme Guerre : le mot employé par le chef de l’état pour qualifier la nécessaire lutte contre l’épidémie. En l’occurrence, le terme est sans doute impropre et il peut même se révéler préjudiciable. C’est tout au moins l’avis du sociologue français Michel Wieviorka qui qualifie cette rhétorique de « pure construction politique et sociale » et en redoute des effets désastreux.

Photo D.R.

H comme Heure : le changement d’heure, intervenu le week-end dernier, est passé quasiment inaperçu en ces temps où les jours se ressemblent à s’y méprendre. Heure d’été? Heure d’hiver? Au fond quelle importance, quand c’est l’heure du confinement…

I comme Information : Ecoutez-vous les informations ou regardez-vous la télévision durant cette crise sanitaire ? Vous avez sans doute raison de vous informer des dernières nouvelles concernant l’épidémie.  Mais, tout de même, un abus peut rapidement tourner à l’indigestion voire à l’overdose. Pour ma part, je tourne le plus possible le dos aux nouvelles en cette période actuelle. Un comble pour un journaliste…

J comme Joggers : Se sont-ils multipliés à l’infini ? Ou bien est-ce le vide qui les met ainsi en valeur ? En tous cas, les joggers n’ont jamais paru aussi nombreux sur les trottoirs de la ville. L’attestation en poche, ils effectuent leur training quotidien sans contrevenir aux règles fixées par le gouvernement (ou par le conseil scientifique ?) Et ils profitent ainsi de l’absence de circulation automobile et cycliste, d’un air purifié et de rues désencombrées.

K comme kilomètre : le périmètre fixé à ne pas dépasser par les fameuses directives pour vos sorties quotidiennes. En cas de contrôle, la distance doit sans doute rester aléatoire. On imagine mal, en effet, les autorités mesurer avec précision la distance qui sépare de votre habitation.

L comme Liberté : Que reste-t-il de la liberté en période de confinement ? Une question d’ordre philosophique à laquelle nous vous laissons le soin de réfléchir. En tous cas, en ce qui concerne la liberté d’aller et venir, il est sûr qu’elle est sérieusement restreinte…

M comme Masques : ils sont ô combien précieux, en particulier pour le personnel médical mis à contribution  durant cette épisode épidémique. Et, malheureusement, ils manquent cruellement. D’où une polémique qui enfle et des mesures urgentes décidées par les responsables publics… Cette pénurie a aussi provoqué des comportements délictueux. De nombreux vols ont été commis, notamment pour alimenter un véritable trafic.

Photo D.R.

O comme Oxygène : Le confinement, c’est bon pour la planète. L’actuelle baisse de l’activité humaine, industrielle, de la circulation, aurait quelques conséquences heureuses sur l’air que nous respirons. Ou tout au moins que nous devrions respirer… Car la pollution interne (celle des appartements et des maisons) est jusqu’à dix fois plus nocive que celle rencontrée à l’extérieur (y compris en ville). Bref, une fois le confinement terminé, il sera urgent de retourner dehors.

Les bourgeons du printemps- photo Patrick Bossin.

P comme Printemps : on l’attend avec impatience tout au long de l’automne et de l’hiver. D’autant plus à Clermont où le climat est rude. Mais, cette année, le début du printemps nous est volé. Que restera-t-il de la belle saison lorsque nous ouvrirons de nouveau les portes ?

Q comme Questions : Jusqu’à quand ? Et après ? Les questions, à propos du confinement- et de l’épidémie en général- ne manquent pas. Pour la plupart, elles ne trouvent pas aujourd’hui de réponse. Dans cette période si particulière, le mieux est, peut-être- de vivre au jour le jour, sans trop s’interroger sur la suite des événements…

R comme retombées : elles seront nécessairement conséquentes. Et ce sont des secteurs entiers de l’économie qui risquent de se retrouver sur le flanc. La crise, qui pourrait suivre le coronavirus, sera nécessairement mondiale puisque l’ensemble de la planète est aujourd’hui affecté.

S comme Stationnement : vous utilisez peu (ou pas) votre voiture en cette période. Dommage, c’est le moment choisi par nos responsables pour instaurer un stationnement gratuit dans la plupart des villes. Dans la métropole clermontoise, le transport collectif (réduit) est également gratuit, jusqu’à nouvel ordre. Mais les rames de tram, et autres bus, sont presque vides. C’est tant mieux, ils auraient pu constituer des foyers de contamination incontrôlables.

T comme Travail : personnel de santé, employés des magasins alimentaires, responsables publics : ils sont évidemment au travail en cette période.  Mais pour le reste, c’est un peu l’imbroglio. L’Etat demande à tous de ne pas sortir et en appelle en même temps au maximum de travail. Qui fait quoi ? Et comment ? Certains continuent une activité par télé-travail interposé mais il s’agit essentiellement des cadres. Pour le reste, une seule certitude : la France est au ralenti pour ne pas dire à l’arrêt…

Téléphone comme Téléphone: souvent synonyme de tracas ou d’appels intempestifs, le téléphone est redevenu un précieux appendice. Les amis, les rares, les quelques, les vrais, se manifestent, rompant, pour un temps, la solitude.

V comme Victimes : la mort demeure, pour beaucoup, une abstraction. Jusqu’au moment où elle nous touche. Certains ont, hélas, perdu un proche. Pour d’autres, il s’agit seulement de visages aperçus sur les petits écrans. Le décès de Patrick Devedjian donne une incarnation mortelle à cette crise sanitaire. Il nous rappelle que nul n’est à l’abri du virus.

U comme Universités : portes closes à la fac, comme dans les écoles. Examens repoussés… Là aussi, beaucoup d’interrogations se font jour sur la suite du calendrier universitaire et scolaire. D’autant que les grandes (les vraies) vacances arriveront rapidement après la levée du confinement. Des solutions urgentes et exceptionnelles vont devoir être trouvées.

W comme Week-end : « Que faîtes-vous le week-end prochain ? » La réponse est toute trouvée : « je serai chez moi, confiné ». Et vous ?

Z comme Zygomatique : sourire, quand même, à défaut de rire vraiment… Les temps sont difficiles mais inutile d’en rajouter. Sourire aux autres, dans la rue  ou les magasins. Sourire, aussi, pour relativiser. Et sourire parce qu’un jour, il y aura l’été…

Jaude à l’heure du confinement – photo Patrick Bossin.

 

À propos de l'auteur

Marc François

Marc François

A débuté le métier de journaliste parallèlement sur une radio libre et en presse écrite dans les années 80. Correspondant de plusieurs médias nationaux, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Info Magazine (Clermont, Limoges, Allier) pendant 9 ans, il a présidé le Club de la Presse Clermont-Auvergne entre 2009 et 2013. Il est l’initiateur de 7 Jours à Clermont.

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