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Joël Mathurin dresse son bilan Photo 7 Jours à Clermont
Joël Mathurin / Photo 7 Jours à Clermont
Vie publique

Joël Mathurin, préfet : le Puy-de-Dôme est un département attachant que je vais quitter avec regrets

Arrivé en septembre 2023, le préfet Joël Mathurin, nommé directeur de l'ANTAI sera remplacé dès lundi par l'ancienne préfète de la Creuse, Anne Frackoviak-Jacobs. Avant de partir, il a souhaité dresser un bilan de son travail, avec la presse locale, rappelant l'importance de donner du sens dans la proximité.

Nommé à la direction de l’ANTAI, l’Agence nationale de traitement automatisé des infractions, Joël Mathurin s’apprête à quitter son bureau de préfet du Puy-de-Dôme pour le laisser à Anne Frackoviak-Jacobs, préfète de la Creuse. Dès lundi 12 janvier, il partagera son temps de travail entre un bureau à Paris et le Centre de traitement national situé à Rennes avec la mission de mettre en place la modernisation des systèmes de contrôle et de verbalisation sur l’ensemble du territoire français.
Avant de partir, il a tenu à rencontrer la presse, pour dresser le bilan de ses 2 ans et 3 mois passés en Auvergne. (lire aussi notre article du 26 septembre 2023 : Rencontre avec Joël Mathurin, nouveau préfet du Puy-de-Dôme).

« La lutte contre la narcotrafic m’a beaucoup occupé »

Quels points positifs allez-vous garder de votre passage en Auvergne ?
J’ai d’abord trouvé des acteurs engagés, une mobilisation des acteurs du monde économique, des élus et des partenaires sociaux. Nous avons pu construire des actions pour consolider un modèle économique qui va bien, avec un taux de chômage stable dans le département. Nous avons accompagné les entreprises dans l’innovation. Par exemple, France 2030 a été un outil fortement mobilisé avec plus de 260 Millions d’Euros. Je suis très satisfait du travail du service public de l’emploi pour que les personnes les plus éloignées de l’emploi puissent aller chercher des solutions dans les entreprises. Le facteur limitant de la croissance reste l’emploi et la disponibilité en main d’œuvre.

Qu’avez vous constaté en arrivant sur le sujet sécurité ?
Le Puy-de-Dôme était un département où il y avait une activité nécessaire de sécurité et d’ordre public. C’est la première des libertés, partout, pour tous et il y a nécessité d’apporter des réponses sur les cambriolages, nous l’avons fait en apportant des réponses sur l’atteinte aux biens et l’intégrité physique des personnes avec des résultats probant. En revanche, il y a encore des préoccupations : les violences intra familiales encore trop nombreuses en particulier en zones rurales, il va falloir poursuivre l’effort pour accompagner les femmes victimes de violence.

On vous a beaucoup vu et entendu sur la question de la drogue…
La lutte contre la narcotrafic m’a beaucoup occupé, parce que nous avons voulu aller chercher les délinquants et les criminels et surtout bloquer leur volonté de contrôle des flux dans les quartiers, dans l’espace public, mais aussi de contrôle social. Nous avons mené une lutte acharnée avec l’engagement fort de faire disparaître des points de deal dans le département et c’est la cas. Il y a une forte diminution des points de deal permanents même s’il y a encore des points de vigilance, je pense notamment à la Gauthière et Croix-Neyrat. Je veux dire aux habitants qu’ils n’ont pas été oubliés et que l’action publique va se poursuivre.

Laissez-vous des consignes à la nouvelle préfète dans ce domaine ?
Sur le narcotrafic nous avons une stratégie validée par les plus hautes autorités de l’État avec le démantèlement des points de deal permanents, du contrôle des  flux et de l’installation permanente des dealers qui souhaitent faire la loi par la force. Ça c’est non, le démantèlement va se poursuivre avec l’autorité judiciaire car c’est un travail en binôme avec la justice et avec les maires. Le travail va se poursuivre à Clermont avec la démarche Ville de sécurité renforcée, mais aussi en zone rurale et les moyennes communes. Partout et pour tous, la lutte va se poursuivre, avec évidemment un message sur les consommateurs. Le travail de répression va se poursuivre aussi, pour la sécurité routière et les amendes forfaitaires délictuelles qui ont progressé de 34% cette année. Nous avons suspendu 864 permis de conduire. Ce travail va se poursuivre car les consommateurs doivent comprendre qu’il n’y a pas de fumette récréative.

« L’action publique est toujours une action inachevée »

Joël Mathurin Photo 7 Jours à Clermont
Photo 7 Jours à Clermont

Avez-vous le sentiment de quitter le Puy-de-Dôme avec des dossiers inachevés ?
L’action publique est toujours une action inachevée. Sur l’eau j’aurais aimé aller encore plus loin. Nous avons agi, travaillé sur une conférence départementale de l’eau pour mobiliser l’ensemble des acteurs. Le département était considéré comme le château d’eau de la France, avec le dérèglement climatique ce n’est plus le cas. Face à cela, il faut une stratégie concertée, de tous les acteurs : les industriels, les agriculteurs, les consommateurs et les élus.  On a mis en place des actions probantes en matière de sobriété avec par exemple des réduction d’autorisation de prélèvement pour un certain nombre d’industriels, nous avons pris des mesures en matière d’innovation, mais pour la gestion concertée de l’eau, il y a encore trop d’acteurs. Il faut vraiment que l’on arrive à une gestion de l’eau concertée et ce n’est pas encore la cas.

On a l’impression que vous avez renforcé les contrôles sanitaires dans les commerces
Oui c’est la cas et s’était nécessaire. D’abord c’est une orientation nationale suite au drame d’il y a deux ans à Bordeaux avec un enfant qui va au restaurant avec sa famille et qui malheureusement est décédé. On a mis des moyens à notre disposition pour que nous puissions renforcer des contrôles et j’ai pleinement utilisé ces moyens. Nous arrivons à la fin de 2025 avec près de 800 contrôles hygiène et sécurité. Le constat est que globalement le travail est bien fait, même très bien, mais dans un certain nombres de situations, à peu près 10% des contrôles, j’ai du prendre des mesures de fermetures administratives, jamais pour des questions de paperasse, mais parce qu’il y avait parfois des pertes de maîtrise. 95 fermetures cette année c’est une réponse forte. Mais il y a aussi des mesures d’accompagnement. Par exemple j’ai fermé une boulangerie dans un village, parce que cela n’allait pas du tout. Ensuite, j’ai demandé au maire que nous  puissions tous nous mettre autour de la table afin de faire repartir une activité de boulangerie qui soit sécurisée. Et ma satisfaction c’est que nous avons réussi, d’ailleurs avec le même partenaire.

Quels dossiers laissez-vous ouverts pour la préfète qui arrive ?
Certains dont je ne parlerai pas car il y a la question de la confidentialité de l’action. Mais il y a la question de la sécurité publique, la sécurité routière, les enjeux économiques et à très court terme, la question des élections pour que nous puissions réussir ce temps démocratique. C’est un moment toujours très fort pour le personnel d’une préfecture, pour accompagner les élus, les secrétaires de mairie, afin que les élections qui arrivent en mars soit une pleine réussite. Il y a eu des réformes pour le scrutin de liste sur les communes de moins de 1 000 habitants, il va falloir se mobiliser pour que tout se passe très bien.

2 ans et 3 mois s’est suffisant pour une mission de préfet ? 
Dans notre métier de préfet, quand on arrive, il faut tout de suite, s’installer et agir. C’est ce que j’ai fait dès le premier soir. J’ai déposé la gerbe et j’étais toute la nuit avec la BAC, sur le terrain à courir après les narcotrafiquants. Le lendemain je suis parti sur la sécurité routière avec les gendarmes et le surlendemain j’étais avec les pompiers dans l’action opérationnelle. Une fois que vous êtes dans l’action, vous agissez le temps nécessaire. Donc 28 mois, c’est ni trop court, ni pas assez mais, cela m’a permis d’apporter ma pierre, et puis il y a une continuité de l’État. Le préfet Chopin avait mis en place des actions que j’ai poursuivi, certaines ont été amplifiées, d’autres infléchies et madame Frackoviak-Jacobs prendra la suite dans une logique de continuité de l’État.

L’ASM a converti Joël Mathurin au rugby

À titre personnel que garderez-vous en mémoire du territoire, qu’est ce qui vous manquera dans le Puy-de-Dôme ?
Le puy de Dôme… Je ne suis pas un grand sportif mais j’ai aimé les marches au sommet du puy de Dôme, agréables en famille, des moment de partage qui laissent des souvenir très agréables. Et puis le rugby…. au départ j’étais plutôt un footeux, je suis originaire de Saint-Anne en Guadeloupe, commune de Marius Trésor, mon idole quand j’étais jeune, mais j’ai été converti au rugby grâce à l’ambiance de l’ASM qui est formidable. J’y ai passé des moments intenses, plus ou moins heureux, mais souvent heureux car j’ai des statistiques plutôt bonnes… ils gagnent souvent quand je suis là. Ça, je vais le regretter mais peut-être que je reviendrai à titre privé dans quelques temps, si la préfète m’y autorise. Le Puy-de-Dôme est un département attachant que je vais quitter avec regrets parce que j’y étais bien installé mais il faut que je puisse partir vers d’autres responsabilités qui m’ont été confiées au niveau national.

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À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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