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Gabriel Soucheyre devant l’affiche (en réalité augmentée) du festival international d’arts numériques clermontois © Emmanuel Thérond.
Événement Interview

Gabriel Soucheyre: “tous les grands artistes sont passés par Vidéoformes”

Du 12 au 15 mars, Clermont accueille Videoformes, un des plus grands festivals d’arts numériques au monde. Les expositions, elles, se prolongent jusqu’au 29 mars. Le directeur de l'événement a répondu aux questions de 7 Jours à Clermont.

7 JOURS A CLERMONT : Quelle est l’histoire du festival ?

GABRIEL SOUCHEYRE : Videoformes a commencé dans les années 80 ; à l’époque où l’art vidéo commençait à être connu du grand public. Très vite, nous sommes devenus un acteur repéré sur la scène internationale. D’abord parce que nous avions cette volonté. Ensuite, parce que nous n’étions pas nombreux à nous intéresser à ce sujet. Le premier festival date de 1986. L’idée, c’était de montrer que la vidéo pouvait apporter des possibilités formelles bien plus importantes que le cinéma. Entre les mains des plasticiens, la vidéo devient tout à fait autre chose : une matière, des formes, des sculptures. Elle s’utilise dans des performances. Dans le premier festival, il y avait tout ça. A l’époque, cette matière n’était que très peu montrée, voire pas respectée du tout. Je me rappelle de quelques réflexions ici à Clermont-Ferrand sur cette espèce de “bouillie” qu’était la vidéo. “Bouillie” qu’on essaie aujourd’hui de réinventer avec de nouveaux logiciels…

7JC : Sur l’échiquier culturel, quelle place occupe l’art numérique ?

G.S : Il est un peu au centre car il touche à tout : au spectacle vivant, aux arts plastiques, à la musique… Et tout ça se mélange allègrement. La vidéo, c’est aussi une manière de voir le monde. Plutôt que de représenter des histoires véridiques ou proches de la réalité, comme c’est parfois le cas dans le documentaire ou la fiction, il s’agit de s’évader dans le rêve et la poésie.

7JC: Aujourd’hui, Videoformes présente sa 35ème édition… Comment le festival a-t-il évolué ?

G.S : Clermont-Ferrand est une ville de taille modeste. Mais sur l’année, nous touchons tout de même près de 10.000 personnes. C’est très bien. Au niveau du nombre d’œuvres, nous sommes limités par le nombre d’espaces, mais aussi par le temps de mobilisation possible des spectateurs. En tout cas, de plus en plus de monde s’intéresse à nos expositions. La fréquentation est stable, mais le public se régénère et se mélange. Le festival est transgénérationnel. Cette année, nous avons trois fois plus de demandes de bénévoles que d’habitude.

7JC : Quelques mots sur le programme du cru 2020

G.S : La nouveauté, c’est que nous faisons évoluer la forme avec trois jours de rencontres : nous avons déplacé le festival sur le week-end, afin de toucher plus de Clermontois. Nous avons également mené un gros effort d’exploration sur ce qu’est la réalité virtuelle. Tout le monde s’y intéresse, mais sans vraiment savoir ce qu’elle est. Si Videoformes est ouvert à tous, nous avons rassemblé sur une journée (le vendredi 13 mars, NDLR) tout ce qui cible les professionnels. Il y aura également deux soirées de performances. La plus marquante sera peut être celle de NSDOS, le vendredi soir à la Maison de la Culture. Cet artiste issu de la danse et de la chorégraphie, reconnu sur la scène internationale, porte sur lui des capteurs reliés à des machines. Par ses mouvements, il déclenche des images et des sons. Dans foulée, on pourra découvrir “L’Âge D’Or” et son Orage Magnétique ; et le lendemain, Coexistences de Rocio Berenguer : il s’agit d’une performance participative, puisque le public est invité à voter avec des smartphones. Ce projet pose la question de l’interactivité, de la consommation, de l’addiction. Enfin, sur les huit œuvres exposées jusqu’au 29 mars, il y aura sept premières mondiales et quatre coproductions. C’est extrêmement rare. Ces œuvres vont ensuite voyager dans d’autres festivals.

“L’attractivité de Vidéoformes n’est pas toujours bien mesurée par les pouvoirs publics”

7JC : Quel est le poids économique de l’évènement ? 

G.S : Bien sûr, pendant le festival, il y a des retombées économiques. Nous réservons des nuitées, des repas… Mais l’attractivité de Videoformes n’est pas toujours bien mesurée par les pouvoirs publics. Pourtant, dans son domaine, cette manifestation est connue dans le monde entier. Un de nos objectifs, c’est aussi d’attirer des artistes du numérique à Clermont. Bref, le festival touche beaucoup de personnes, y compris le jeune public, avec un festival dédié au Centre Camille-Claudel et des interventions en milieu scolaire. Cela peut susciter des vocations. Les artistes, eux, sont soutenus par les pouvoirs publics, parce qu’ils font un travail de recherche. Un jour, ce travail sera visible par le plus grand nombre, comme ce fut le cas pour le mapping. Mais si Videoformes coûte 0,50 centimes aux Clermontois qui paient des impôts, c’est bien le maximum !

7JC : Quelle place aimeriez-vous que Videoformes occupe dans la candidature de Clermont-Ferrand au titre de Capitale européenne de la culture ?

G.S : Nous avons déjà travaillé pour des Capitales européennes de la culture. Pour Mons, en Belgique, par exemple. Nous sommes également sollicités pour Kaunas en Lituanie en 2022. Sur le projet clermontois, nous attendons. Nous aimerions être sollicités. Nous avons fait des propositions. En tout cas, lors des audits des états généraux de la culture, il a été dit que Videoformes était un atout pour cette candidature.

7JC : Cette candidature est-elle une bonne idée ?

G.S : Si c’est bien mené, que ça marche ou pas, c’est quelque chose de fédérateur. Ce projet peut donner de la fierté à toute une ville et valoriser ses atouts, à condition de dépasser la trilogie des mastodontes… (Il parle de la Coopérative de Mai, du Festival international du court métrage et de la Comédie de Clermont, NDLR.)

7JC : Certaines œuvres vous ont-elles changé ?

G.S : Le principe de toute oeuvre, c’est de vous affecter, de vous changer. En 35 ans, j’en ai vu un paquet. C’est difficile de choisir… Certaines me viennent à l’esprit mais ce serait réducteur et dur pour les autres (silence). Nam June Paik, le créateur de l’art vidéo, fait partie de ceux qui m’ont marqué. Il était le fils spirituel de John Cage. C’était quelqu’un d’éminemment sympathique, qui nous a beaucoup aidés au début en nous prêtant des œuvres et en nous faisant rencontrer des gens. Mais tous les grands artistes sont passés par Clermont. Et ils sont toujours fidèles.

“Un ensemble construit comme un plateau de théâtre”

7JC : Quel rendez-vous conseilleriez-vous à celles et ceux qui ne sont jamais venus à Videoformes ?

G.S : Il peuvent venir à la Maison de la Culture pour faire des rencontres. Les expos, aussi, sont très populaires. Celle de la Chapelle de l’Oratoire devrait déclencher beaucoup de réactions positives. Dans l’ancien Hôpital-Général, il y aura aussi une sculpture monstrueuse…  Mais je ne peux pas tout dissocier. C’est un ensemble construit comme un plateau de théâtre. Le spectateur a toute la liberté de créer son fil rouge et de comprendre ce qui se dit. Il faut surtout être curieux et un minimum ouvert. Mais le plus simple, c’est encore de venir au festival. Les nouveaux spectateurs sont toujours surpris. Tout est en accès libre, sauf les performances. Bien sûr, on peut ne pas être sensible à tout ce qui est proposé. C’est un rapport personnel entre une oeuvre et soi. Soit vous ressentez quelque chose, soit vous ne ressentez rien…

7JC : Avez-vous des rêves particuliers pour le festival ? 

G.S : Oui. Nous sommes en train de faire évoluer la structure. Nous travaillons sur un projet d’avenir pour renforcer les missions et le travail de l’équipe, notamment au niveau national et international. Nous allons participer à la construction d’une association qui fédère les acteurs en régions. Nous gérons aussi des résidences d’artistes. En ce moment, la plupart de nos rêves se réalisent. C’est bien !

À propos de l'auteur

Emmanuel Thérond

Emmanuel Thérond

Titulaire d'un Master en Littératures Modernes et Contemporaines, Emmanuel Thérond est journaliste en Auvergne depuis 2004. Il a commencé sa carrière à La Montagne, avant de rejoindre la rédaction d'Info Magazine, où il a travaillé durant 15 ans. Il écrit également pour la presse professionnelle, en particulier Le Moniteur du BTP, dont il assure la correspondance locale. Depuis 2019, il signe dans Le Parisien - Aujourd'hui en France.

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