Accueil » Santé » Frédéric Deslandes est non-voyant : « on entend les chuchotements et les murmures, c’est blessant »
Frédéric Deslandes et Lohé dans la rue Photo W. L
Frédéric Deslandes et Lohé dans la rue Photo W. L
Santé Vie publique

Frédéric Deslandes est non-voyant : « on entend les chuchotements et les murmures, c’est blessant »

Non-voyant depuis l'âge de 22 ans, Frédéric Deslandes a appris à vivre avec son handicap. Il raconte.

Cela fait maintenant plus de 28 ans que Frédéric Deslandes a perdu la vue. « J’avais des problèmes de vue depuis que j’étais tout petit », se souvient-il. En cause, un glaucome héréditaire, une maladie oculaire « associée à la destruction progressive du nerf optique », explique l’Institut national de la santé et de la recherche médical (INSERM). Ces glaucomes peuvent avoir des conséquences très graves, comme la cécité. L’INSERM précise d’ailleurs que c’en est la deuxième cause dans les pays développés.

Accepter d’être non-voyant

Dans le cas de Frédéric, une solution existait : l’opération. Mais elle s’est mal passée. « C’était une opération laser, et il y a eu une hémorragie interne, ce qui m’a fait perdre la vue », se rappelle celui qui n’avait alors que 22 ans. Il faut maintenant pour lui se reconstruire, sans voir ce qui l’entoure, mais en sentant le poids du regard des autres.

Ce qui l’a dans un premier temps empêché de se servir des fameuses cannes blanches, utilisées par les personnes non et malvoyantes pour se déplacer. « Il y a ce sentiment de honte de ne pas être comme tout le monde, commence Frédéric Deslandes avant de continuer. Avec la canne les gens nous voient, et on entend les chuchotements, les murmures, c’est blessant et gênant. »

Être non-voyant et vivre au quotidien

Petit à petit, Frédéric parvient à aller de l’avant. « Je suis un battant », lance-t-il. Au point même de réussir à rire de son handicap, comme lorsqu’il se rappelle de cette ex-compagne, dont la grand-mère était persuadée qu’il se cognait partout et qui lui répondait : « mais non ne t’inquiètes pas, il a mis de la mousse partout ! »

Une blague qui peut faire sourire, mais qui a le mérite de soulever un point important : la vie quotidienne pour les personnes malvoyantes, ressemble à quoi ? « Ce qu’il faut comprendre, ce que dès qu’on fait quelque chose, il y a des étapes en plus. » Par exemple, quand Frédéric va faire ses courses, cela peut lui prendre jusqu’à trois heures, plutôt que les trente minutes requises pour les personnes valides. « Le plus difficile, c’est clairement de se repérer. »

Dans la rue déjà, pour éviter de se perdre mais aussi et surtout dans les magasins. « Après, ça dépend de tout le monde. Il y a des non-voyants qui parviennent très bien à se repérer, alors que des personnes qui ont dix sur dix à chaque œil non », rigole-t-il.

Des outils pour s’adapter

Au fur et à mesure, Frédéric Deslandes parvient à s’habituer pour mieux vivre son handicap. Déjà, il a fini par sauter le grand pas et prendre une canne. « Sans, c’est dangereux », souffle-t-il. Puis il prend même un chien-guide. « Là, c’est Lohé. C’est mon deuxième chien guide, et c’est clairement plus facile, je suis plus détendu qu’avec une canne », explique Frédéric.

Même si au début, c’était un peu déstabilisant. « Être dans le noir et se faire guider par un chien… En plus, il faut savoir le gérer. » Et puis même s’il peut être d’une grande aide dans certaines situations, ce n’est pas lui qui décide s’il faut ou non, par exemple, traverser au passage piéton.

Ça, c’est pour les outils les plus connus. Mais il en existe d’autres, qui permettent aux personnes malvoyantes de vivre plus facilement. « Par exemple, il y a des boîtiers qu’on peut garder sur nous qui vous nous dire où on est, nous permettre de savoir si les feux sont rouges, les stations de tramway et de bus sont annoncées, les ascenseurs parlent… » , énumère Frédéric.

Sur ce genre de dispositifs, la ville de Clermont est d’ailleurs plutôt bien fournie. Sans doute parce qu’on y trouve le CRDV, Centre de Réadaptation pour déficients visuels. Cet établissement peut accueillir une vingtaine d’adultes afin de les aider à compenser leur handicap, pour s’insérer professionnellement et socialement. « Quand j’ai perdu la vue, j’y suis allé. Ils m’ont permis notamment d’apprendre à lire le braille », se souvient Frédéric.

En plus de ces outils et de cette aide bien pratique, les personnes malvoyantes peuvent aussi compter sur le corps humain pour compenser leur cécité, qu’elle soit totale partielle. Ce n’est pas un mythe, « les autres sens se développent. » Pour Frédéric, en tant qu’amoureux de la musique, c’est avant tout son ouïe qui est montée en gamme. Mais il est également capable, et c’est particulièrement impressionnant, de ‘’ressentir les masses’’. « Là, je sais que vous êtes assis dos à un mur », me glisse-t-il en souriant.

Aider les autres

Quand Frédéric Deslandes a perdu la vue, il en a « tellement souffert », qu’il s’est senti très isolé. Ce fan de théâtre et créateur de one man show ne trouve pas de structure où il peut s’épanouir. « Il y a une peur du handicap visuel, et les encadrants ne savent pas vraiment s’y prendre », regrette-t-il. Des amis lui donnent une idée : monter sa propre structure, et ne refuser personne.

C’est comme ça que naît Option Arts Medias, en 2000. « C’est aussi fait pour créer du lien social, pour inciter les gens à aller vers l’extérieur », lance-t-il avec un grand sourire. Le tout en proposant divers ateliers artistiques comme du théâtre, du chant… « Parce que s’exprimer au-delà de l’inconnu, de la peur de l’autre, voire du handicape pour aboutir à un projet en commun. »

À propos de l'auteur

Wilhem Lelandais

Diplômé d’une licence professionnelle option web à Lannion en 2017, Wilhem Lelandais a multiplié les expériences dans le journalisme, aussi bien en presse locale à Actu.fr que dans des médias plus spécialisés (HandAction ou Basketinfos). Est actuellement en Master Histoire, Civilisation et Patrimoine à Clermont-Ferrand.

Commenter

Cliquez ici pour commenter

Sponsorisé

Les infos dans votre boite

Sponsorisé