Fouchtra ! version occitanisée de fichtre est une interjection, populaire exprimant la surprise ou l’irritation, généralement attribuée aux Auvergnats. Ce mot figure en gros sur la couverture de la toute nouvelle revue que Pierre Moulier, professeur de philosophie et spécialiste de l’histoire et du patrimoine de l’Auvergne, vient de publier et dans laquelle il retrace comment on a inventé le mythe de l’Auvergnat dans le Paris du XIXe siècle. L’auteur prend soin de préciser, en reprenant les conclusions d’Albert Dauzat que fouchtra est d’ailleurs du faux auvergnat. La figure tutélaire de l’Auvergnat serait donc un concept parisien apparu fin XVIIIe siècle, au moment où la France post révolutionnaire se cherche des icônes et érige cet expatrié du Massif central en modèle, car il est “régénéré et proche de la nature”. C’est au même moment qu’apparaît le mythe du Bon Sauvage souligne l’écrivain du Cantal, Pierre Jourde, dans la préface. Pierre Moulier parle quant à lui de personnage “exotique” aux yeux des Parisiens.
De l’homme authentique au bouffon
Une fois la période révolutionnaire passée et alors que se forme la communauté des Auvergnats de Paris qui fait main basse sur le commerce du charbon, après la chaudronnerie et le portage de l’eau, le mythe de l’Auvergnat authentique se transforme peu à peu en devenant un bouffon, cible de moqueries récurrentes. Pour illustrer ce phénomène, Pierre Moulier a plongé profondément dans la culture française auscultant avec précision la littérature, le théâtre, le vaudeville, la caricature. C’est ainsi qu’il a croisé Labiche, Verlaine, Balzac, Offenbach, Daumier et tant d’autres qui ne se sont pas privés d’utiliser le pauvre Auvergnat chuintant pour égratigner la société, quitte à le faire passer pour un imbécile heureux à la manière de Guignol ou plus tard de certains personnages de Fernand Raynaud. L’auteur reconstitue ainsi l’histoire, non pas celle des Auvergnats de Paris migrants venus faire fortune, tout a déjà été dit sur ce sujet, mais celle du XIXe siècle, de Paris, de la France, de la littérature et de la presse.
Fouchtra ! ou la vision alternative de l’Auvergnat à Paris
Avec Fouchtra ! l’invention de l’Auvergnat au XIXe siècle à Paris, Pierre Moulier prouve que le Bougnat à finalement été une véritable star de la capitale jusqu’au début du XXe siècle, atteignant une popularité bien supérieure à celle dont jouissaient le Breton, le Gascon ou le Savoyard avec qui il étaient parfois confondu.
À travers une iconographie fournie, des textes choisis et une analyse très fine, l’auteur offre enfin une alternative à la sempiternelle manière de raconter l’histoires des Auvergnats de Paris, celle qui zoome exclusivement sur les tenanciers de cafés-charbon en proie au mal du pays malgré un bas de laine bien fourni. Il s’agit bien là de s’intéresser à l’histoire de l’Auvergnat à Paris et non de Paris.
Revue Patrimoine en haute-Auvergne, n°37 Fouchtra ! l’invention de l’Auvergnat au XIXe siècle à Paris,
de Pierre Moulier, préface de Pierre Jourde, 112 pages au format 21 x 29,7.
Disponible sur le site web Cantal Patrimoine et en librairie encodiffusion avec les éditions de la Flandonnière.













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