Accueil » Culture » Faust à l’opéra de Clermont : vendre son âme au diable
Faust à l'opéra de Clermont/ Photo Choeur régional d'Auvergne
Photo Choeur régional d'Auvergne
Culture

Faust à l’opéra de Clermont : vendre son âme au diable

Vous n'aurez nul besoin de vendre votre âme au diable pour aller voir et écouter "Une histoire de Faust" interprété cette semaine à l'opéra de Clermont par Le Chœur régional d'Auvergne dirigé par Blaise Plumettaz.

Vous n’en aurez pas besoin, néophyte ou non, car Faust est devenu progressivement l’une des figures les plus célèbres de la culture européenne.
Il a existé, au milieu de la Renaissance, dans l’Allemagne luthérienne. Sa vie et sa mort ont alors donné naissance à une histoire aux multiples variantes et forgé le mythe que l’on connait, empreint d’une morale qui s’est adaptée aux époques, toujours moderne.
Il a nourri la littérature, le théâtre, la peinture, le cinéma. Il a pendant près d’un siècle inspiré les compositeurs.

Le tout prochain concert du Chœur régional d’Auvergne nous fera retrouver ce mythe, en mots et en musiques.
Son chef, Blaise Plumettaz, nous en donne les clés.

Éric Gauthey : Pourquoi ce choix du mythe de Faust ? Le rapport au sacré, sa modernité ?
Blaise Plumettaz : Je me suis d’abord intéressé à quelques musiques qui me semblaient intéressantes, comme chez Schumann ou Berlioz. Par ce fil que je commençais à dérouler est apparue la possibilité de monter ce projet, sachant que chaque compositeur, enfin beaucoup de compositeurs, n’ont en fait mis en musique que des parties du sujet.

Faust, une œuvre incomensurable

É.G : Comment choisir parmi ces dizaines de compositeurs qui, en un siècle, ont appréhendé ce thème ?
Il n’y a pas une œuvre qui contient l’ensemble de l’histoire sauf, éventuellement, l’opéra de Gounod. Pour Berlioz, ce sont des scènes de Faust, c’est la Damnation, ce n’est pas l’entièreté de l’histoire (…). Liszt a fait une symphonie avec la fin du récit … Finalement, chacun a touché un peu au sujet et il n’y avait pas vraiment d’œuvre que je pouvais prendre d’un bout à l’autre. Ou alors il faut un gros orchestre et, même si on joue les scènes de Faust de Schumann, on ne raconte rien de l’histoire. Ce sont des petites scènes. Soit il faut raconter l’histoire entière, mais c’est compliqué à intégrer, soit on interprète la musique et on se laisse porter. Goethe lui-même disait que c’était une œuvre incomensurable. Si on fait tout ce qu’il a écrit sur Faust, ça dure 10 heures. Ce n’est jamais donné en entier. D’ailleurs les compositeurs du 19ème se sont un peu heurtés à ce gigantisme.
J’ai donc poursuivi mes recherches, convaincu qu’il y avait là un bon sujet, que l’on pouvait y arriver (…). On est obligé d’aller picorer en fait. C’est un peu ce que j’ai fait finalement. Telle pièce peut marcher, telle autre va moins bien s’intégrer. J’ai reconstitué, assemblé. C’est pour cela que ça s’appelle « Une histoire de Faust ».

É.G : Vous avez privilégié la cohérence musicale ou celle du récit ?
B.P : Plutôt celle du déroulement qui raconte principalement le 1er Faust de Goethe, le plus connu : le pacte avec le diable, la faute avec Marguerite, le remord de Marguerite. Le 1er Faust se termine (…) sur une interrogation : elle meurt dans la déchéance, Faust est perdu. C’est après que la rédemption arrive (…). Sans se lancer dans le deuxième Faust (…) donc.
C’est aussi un choix un peu dicté par les musiques retenues qui fonctionnaient bien pour le chœur et les solistes.

Blaise Plumettaz/ Photo Choeur régional
Blaise Plumettaz/ Photo Choeur régional

É.G : Les premières compositions étaient contemporaines de Goethe. A-t-il pu les entendre ?
B.P : Il connaissait un certain nombre de textes. Pas sûr qu’il connaissait le premier, de 1587. Le mythe de Faust est passé plutôt par le théâtre, par des versions anglaises revenues en Allemagne, des théâtres de marionnettes … Faust, c’est aussi un foisonnement.

É.G : Oui, sur le plan littéraire mais, sur le plan musical, il y a eu des compositions de son vivant.
B.P : Il y a Louis Spohr qui a écrit quelque chose. Goethe s’intéressait à ce que quelqu’un mette en musique son Faust, mais il ne savait pas qui. Il a sollicité un ou deux compositeurs. C’était difficile. Il aurait voulu que Giacomo Mayerbeer fasse quelque chose. Finalement ce sont d’autres qui s’y sont mis : Berlioz, Schumann en premier lieu et puis ensuite Gounod pour les plus connus, mais bien d’autres encore jusqu’au début du 20ème siècle.

Le choeur, chambre d’écho

É.G : Vous dirigez depuis 25 ans le cœur régional d’Auvergne. Quels sont la place et le rôle du chœur dans ces compositions ?
B.P : C’est assez essentiel en fait. Bien sûr, Faust est avant tout une histoire individuelle mais très vite la morale collective intervient. Du coup la place du chœur est très importante, comme une chambre d’écho de ce mythe (…). Le programme est un parcours un peu inhabituel avec une pièce contemporaine et une pièce ancienne, pour ouvrir les horizons, avant de revenir au 19ème, le creuset des créations musicales sur le mythe (…).

É.G : Le public profane est majoritaire, en littérature comme en musique classique. Comment l’attirer pour venir écouter Faust le 25 Janvier ?
B.P : Est-ce que les gens ont envie de vendre leur âme au diable ? Sont-ils près à prendre un risque ? Moi je crois beaucoup à l’audace, à faire des choses hors des sentiers battus. C’est le cas de notre programme. Il faut oser se lancer, avec l’aide de l’alternance des textes et de la musique.

É.G : Il y a un récitant dans ce programme ?
B.P : Oui, il ponctue le programme avec de courtes lectures de textes de Goethe. Il rythme les pièces. Un choix qui s’est facilement imposé (…) pour des lectures sur scène qui font le lien, éclairent l’histoire.
Le récitant lit des extraits du Faust de Goethe, en jouant plusieurs personnages. Il ne commente pas l’action mais participe au puzzle. C’est un puzzle complet.

Chœur Régional d’Auvergne – Une histoire de Faust
Œuvres musicales de Berlioz, Gounod, Mendelssohn, Schumann, Schubert
Texte de Goethe
Samedi 25 Janvier – 20 h 30 – Opéra Théatre de Clermont-Ferrand

Renseignements et billetterie sur le site du choeur :

 

Partager :

À propos de l'auteur

Eric Gauthey

Né avec la crise des missiles de Cuba, son enfance, ses études et ses premières années de la vie d’adulte furent nomades.
Au début des années 90, il émigre à Clermont-Ferrand pour se sédentariser. Son métier, non moins sédentaire, l’engage dans le service au public (transports publics de l’agglomération clermontoise).
Le voyage reste sa passion, pour ses vacances mais pas seulement. Cofondateur d’Il Faut Aller Voir et du RV du Carnet de Voyage, il pousse jusqu’à publier deux ouvrages : « Cher Bouthan » – 2011 et « Buna Tatu » - 2017 (sur l’Ethiopie).

Commenter

Cliquez ici pour commenter

Sponsorisé

Les infos dans votre boite

Sponsorisé