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Les chaussettes / Image TF1
Les chaussettes / Image TF1
Chroniques

Détours en Ovalie

Sachons dédaigner les faits ‘’d’hiver’’ rugbystiques qui n’honorent ni leurs auteurs ni les quelques médias qui en font leurs choux gras. L’ovalie nous réserve d’autres histoires, petites ou grandes, qui valent bien un petit détour. Des rugbywomen en fauteuil devenant Bleues de France en toute discrétion à des allers-retours parfois légendaires entre Auvergne et Catalogne, en passant par une ubuesque affaire de chaussettes.

A première vue, rien ne saute aux yeux sur la photo qui fait la une de cette chronique. Mais regardez bien les chaussettes des Blacks et des Bleus s’apprêtant au fameux affrontement de novembre dernier. Ben quoi…qu’est-ce qu’il faut voir ? Horribilis ! il n’y a pas deux paires de chevilles identiques ! Vous me direz, à juste titre, qu’on s’en fiche éperdument. D’ailleurs, ni World Rugby ni l’EPCR qui gère la coupe d’Europe n’ont légiféré à ce propos. Sauf qu’en Ovalie française, où les mouches ont de plus en plus de mal à protéger leur intégrité, il en va autrement avec les affaires internes.

Les chaussettes du Père Ubu

Le rugby pro étant l’une de ces affaires, sachez, pour être au jus, que les chaussettes peuvent se révéler d’un mauvais goût. Au-delà des dossiers ordinaires que sont le contrôle du salary cap, les commotions, la santé des joueurs ou l’usage des produits stupéfiants, ce sont les chaussettes qui préoccupent hautement la commission de discipline de la Ligue Nationale de Rugby.
Depuis le début de saison, ce tribunal des flagrants délires n’en finit pas de convoquer un paquet de clubs, parmi lesquels l’ASM Clermont, pour ‘’port illégal de chaussettes’’, une grave infraction qui mérite explication. Les randonneurs connaissent le problème : pour être bien dans ses pompes, il faut absolument que le pied fasse corps (et non cor !) avec la chaussette et celle-ci avec la chaussure.
Partant de là, les joueurs de rugby portent bien des chaussettes antidérapantes du commerce mais pas assorties aux couleurs du club. Alors, ni une ni deux, ils coupent la chaussette du club à hauteur de la cheville et l’enfilent sur le mollet par-dessus l’autre. Pensez donc, ce n’est pas beau du tout à la télé ! Même motif et même punition pour la couleur des casques : La LNR ne veut voir qu’une seule tête !
Alfred Jarry a quitté ce monde depuis longtemps mais Ubu est toujours roi dans notre France qui, autrefois, fut pourtant si douce. Si plusieurs clubs, déjà, ont dû s’acquitter d’une amende, l’ASM a eu droit au sursis.
Au fait, Michelin a bien trouvé la chaussette qui donne du Grip à ses pneus sur la neige. Alors, qu’attendent les ingénieurs du côté de Ladoux pour s’occuper des pieds ?

Les chaussettes de Décathlon et de Michelin
Les chaussettes de Décathlon et de Michelin

Clermont-Perpignan : le flux et le reflux

Plus sérieusement, entre bilan et perspectives le président de l’ASM Clermont et le patron sportif avaient annoncé en fin de saison dernière le recrutement prioritaire d’un n°10 de top niveau, ce sera donc le néo zélandais Harry Plummer. Dont acte.
Dans la foulée de cette heureuse confirmation, le départ de Peceli Yato pour l’USAP après bientôt 12 années en jaune et bleu était officialisé. Les autoroutes A75 et A9 créeraient-elles un appel d’air entre Clermont et Perpignan ? On pourrait le croire tant les flux nord-sud ont été nourris au fil des dernières années avec les Mc Intyre, Veradamu, Barraque, Naqualevu, Van Tonder ou Beria…Comme si, d’un siècle à l’autre, le vent avait tourné.
Car, figurez-vous qu’avant-même les Comet, Iché, Oms, Planella ou…Romeu, l’ASM s’en était allé faire son marché en terre catalane dès 1921, les dénommés Bailles et Rey se voyant proposer un emploi stable chez Michelin. Proposition alléchante en ces temps difficiles de
l’après-guerre.
Rebelote la saison suivante avec Alabert et Marmayou qui abandonnaient l’USP (le A de l’USAP viendra plus tard) tandis qu’en même temps l’AS Michelin, qui muait en AS Montferrand, embauchait les internationaux toulousains Nougal et Puech. Ces quatre-là seront de la montée historique de 1925. Sauf que la boulimie montferrandaise avait tellement agacé le pays cathare qu’on y demandait de dresser un bûcher pour les pillards venus du nord. Les sanctions des fédéraux parisiens allaient ainsi tomber comme à Gravelotte sur le club auvergnat, accusé de ‘’faits de professionnalisme’’.
Le directeur Antoine Vazeille fut exclu de la FFR et l’ASM suspendue pour les épreuves officielles de la saison 1922-1923. Privés de championnat, les ‘’jaune et bleu’’, qui jouaient alors en blanc, allaient se contenter de matchs-exhibitions. Autre temps, autres mœurs.

Ceux de 1925 / Photo Archives de l'ASM
Ceux de 1925 / Photo Archives de l’ASM

Les Bleues dans un fauteuil

Loin des feux de la rampe, elles étaient deux parmi la soixantaine d’athlètes qui ont animé la 4e édition de la Women’s Cup Internationale de Rugby-fauteuil organisée par l’association CAP SAAA du 4 au 7 décembre dernier à Paris. Deux sociétaires de l’ASM qui opèrent d’ordinaire en division N3 aux côtés des internationaux Adrien Chalmin et Nicolas Valentim dans un championnat de France où la mixité est de mise.
Pour l’expérimentée Orane Brouillet ce fut le quatrième rendez-vous avec cette compétition instaurée en 2015 mais une découverte du niveau international pour sa coéquipière Pauline Sauvignet. Les deux auvergnates se sont trouvées réunies dans la toute première sélection nationale exclusivement féminine.
Réunissant 18 nations, l’objectif assumé de la Women’s Cup est d’offrir de la visibilité et une médiatisation au Rugby-fauteuil féminin (il y a encore du boulot !) et, concernant la France, de structurer et développer une équipe nationale en vue de la Coupe du monde féminine de
Rugby-fauteuil 2025 en Angleterre.


Si les clameurs de la Halle Georges-Carpentier furent plus feutrées que celles des affrontements masculins Paralympiques, le tournoi parisien apporta à nos deux asémistes et aux tricolores la satisfaction d’une qualification dans le dernier carré avec une demi-finale explosive perdue de peu (46-44) face à une forte sélection de Grande Bretagne. Le haut du podium revenant à la Team Energie qui fédérait des joueuses de plusieurs nationalités.

Pauline et le coach / Photo CAP SAAA L. Bagnis & Orane en lutte / Photo CAP SAAA F. Van Zon
Pauline et le coach / Photo CAP SAAA L. Bagnis & Orane en lutte / Photo CAP SAAA F. Van Zon


Vous n’en aviez probablement pas ou peu entendu parler ? C’est que la route sera sûrement un peu longue avant de voir les Bleues en fauteuil toucher à la notoriété et bousculer les hiérarchies médiatiques. Ce serait renversant non ?

Renversant / Photo CAP SAAA Laurent Bagnis
Renversant / Photo CAP SAAA Laurent Bagnis

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À propos de l'auteur

Yves Meunier

Bourbonnais originaire de Gannat où il s’est essayé au rugby sous le maillot de l’ASG pendant une douzaine d’années. Diplômé d’Etudes Supérieures en Sciences Economiques à l’Université de Clermont. Journaliste à France3 Région de 1972 à 2007. Aujourd’hui impliqué avec des amis dans une aventure viticole du côté de Saint-Emilion et toujours en prise avec le sport auvergnat au sein de l’Union des Journalistes de Sports en France.

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