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Yves Meunier bien à l'abri entre Bernard Chevallier alias"Dada" (à gauche) et Olivier Merle dit "La Merluche"- photo Thierry Zoccolan.
Chroniques

Adieu l’ami!

Quel pied en ce 15 juillet quand la bande à Deschamps décroche la seconde étoile du foot tricolore ! Quel plaisir que cette communion avec le grand public installée si spontanément par l’épatant Julian Alaphilippe égayant un Tour autrement voué à l’ennui ! En attendant que le Clermont Foot, déjà en action, confirme sa dernière saison et que l’ASM entame sa rédemption le 25 août contre Agen avec une pensée pour le monument historique dont elle est désormais orpheline. Une grosse larme parmi les joies de l’été.

Comme à toute légende l’éternité semblait pourtant promise à cette figure historique qu’était Bernard Chevallier, Creusois d’origine révélé au ballon ovale à Moulins et passé de la boulangerie à la SNCF lorsqu’il fut recruté par l’ASM pour un bail de quinze ans entre 1950 et 1965. Carrière couronnée de 26 sélections en seconde ligne dans le pack du XV de France avec, à la clé, deux victoires dans le Tournoi des V Nations et le premier succès de l’histoire contre les Blacks en 54.

L’amitié au cœur

Trop petit mon ami!

Sa notoriété, Dada la devait aussi à une énorme gentillesse et la formidable humilité d’un homme de terroir. Rugby, travail, famille, jardin, chasse et culte des amis avec le sourire…jusqu’aux oreilles. Autre temps, autres mœurs.

Bien sûr, dans ma jeunesse, assis sur les bancs de bois de la vieille tribune d’honneur du Michelin, je l’avais vu à l’œuvre sous le maillot jaune et bleu. Bien sûr j’avais eu de multiples occasions de le côtoyer plus tard dans le cadre de mon boulot. Mais c’est un jour d’hiver d’il y a bien trente ans que le hasard avait forgé entre nous un certain affectif.

Ce matin là comme chaque dimanche Dada s’en revenait d’un casse-croûte forcément convivial chez un vieux pote de l’ASM qui tenait comptoir à Durtol.

Entre Nohanent et Blanzat, une méchante plaque de verglas eut raison de la trajectoire de la Dyane Citroën pilotée par notre homme. Sortie de route, tonneaux et voilà le ‘’Cheval’’ (autre sobriquet en usage) et sa monture gisant sur le flanc dans un verger.

Mémoire de cheval                            

Premier arrivé sur les lieux je me précipite vers la Dyane en craignant le pire mais un peu soulagé par les « Ah ben… bon Dieu de bon Dieu ! » qui sortent de l’habitacle.

-« Dada ! ça va Dada ? 

– Hummm…ouééé ! 

– Tu peux bouger ? 

– Hummm…ouééé…ah ben bon Dieu…faudrait m’aider à sortir ! »

Alors que je l’aide avec précaution à extraire son quintal indemne du bolide en vrac, il lève la tête et me reconnait:

-« Ah ben ça mon petit, qu’est-ce que tu fais là ? 

-Elle est bien bonne celle-là, j’allais justement te poser la question ! »

Des automobilistes trop bien intentionnés proposent d’alerter la Gendarmerie. Dada fait non de la tête et des oreilles et je convaincs les autres qu’il est inutile de déranger les gendarmes à l’heure de l’apéro. Autre temps, autres mœurs.

On fait venir dare-dare le garagiste du coin pour évacuer la Dyane et on raccompagne Dada dans sa villa au pied de Chanturgue où il reçoit de son épouse Janette l’accueil qui lui est dû.

Reconnaissance éternelle du gaillard si bien qu’à chacune de nos rencontres j’ai droit au refrain : « Ah ben toi mon petit, tu m’en as sorti d’une belle… ! »

La suite, ce seront au fil des années quelques savoureux échanges autour d’un inévitable flacon de Muscat de Frontignan sur la toile cirée de sa cuisine. Sachant que le plus grand regret de Dada restait de ne jamais avoir disputé de finale et qu’il aurait tant voulu conquérir un Bouclier, il n’était pas forcément insensible au chant des sirènes…fussent-elles celles de la rade.

Le sourire jusqu’aux oreilles.

L’enlèvement (manqué) au sérail

En septembre 1955, alors que le seconde ligne est en pleine gloire internationale, le patron sportif de l’ASM André Francquenelle apprend que Dada vient de signer une demande de mutation pour Toulon. Honte et scandale lorsqu’on apprend que le démarcheur n’est autre qu’un ex Montferrandais, installé médecin à Toulon. Les Varois avaient monté une vraie opération commando (précisons que Mourad Boudjellal n’était pas encore né…) :

« Pour être sûrs de m’attirer à Mayol, ils n’avaient pas hésité à jouer avec mes sentiments » rigole Dada tandis que Janette enchaine « on n’était même pas encore fiancés et ils sont venu carrément pour m’enlever chez moi alors que j’étais en chemise de nuit, persuadés que Dada me suivrait là-bas. » Mais le coup de force va échouer et alors que le RCT annonce déjà sa venue, ‘’ Cheval’’, devenu rétif, décide de rester à l’ASM.

Ce n’était qu’un morceau choisi dans mes souvenirs. Autre temps, autres mœurs.

Adieu Dada, tu vas nous manquer.

 

 

À propos de l'auteur

Yves Meunier

Yves Meunier

Bourbonnais originaire de Gannat où il s’est essayé au rugby sous le maillot de l’ASG pendant une douzaine d’années. Diplômé d’Etudes Supérieures en Sciences Economiques à l’Université de Clermont. Journaliste à France3 Région de 1972 à 2007. Aujourd’hui impliqué avec des amis dans une aventure viticole du côté de Saint-Emilion et toujours en prise avec le sport auvergnat au sein de l’Union des Journalistes de Sports en France.

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